
Grâce aux membres de la Jeune Chambre Internationale de la Riviera (JCI), le rêve de Frédérique pourrait se concrétiser dès l’été prochain. (De g. à dr.: Nadine Cuany, Frédérique, Karin Subert Hagemann et Pauline Aebischer) | L. Menétrey
«J’aime l’eau. C’est la vie. Je suis une sirène, j’ai juste dû retirer ma queue.» Sous un soleil de plomb, à la plage de la Maladaire, Frédérique lance la formule avec l’humour qui la caractérise. Derrière le sourire se cache pourtant un combat de longue haleine. Victime d’un accident de la route il y a 22 ans qui l’a rendue paraplégique, la résidente de la Riviera a toujours été une grande adepte des baignades. Mais elle se heurte depuis à un obstacle de taille: accéder au lac. «Quand on voit un paysage comme celui-ci, on ne peut pas s’empêcher de vouloir plonger. Ce n’est pas humain de ne pas pouvoir se baigner sous 37 degrés», souffle-t-elle en contemplant l’eau. Alors lorsque l’occasion se présente, l’émotion est immense. «Quand je suis dans l’eau, je pleure de joie, s’émeut la quinquagénaire. Je pense à toutes ces personnes qui m’ont permis de vivre ce moment-là.» L’espace d’un instant, elle oublie son fauteuil. «Ça fait tellement de bien de sentir mon corps bouger librement.» Depuis plus de dix ans, Frédérique interpelle les Communes de la région pour rendre les plages accessibles. Sans succès. «Un élu m’a une fois recommandé la piscine de la Maladaire. Alors oui, c’est super, elle est bien adaptée. Mais ce n’est pas la même expérience. Il y a une telle liberté dans le lac. Et puis, c’est gratuit!», souffle-t-elle.
Son combat est désormais devenu celui de la Jeune Chambre Internationale de la Riviera (JCI), qui en a fait son projet phare de l’année 2026, nommé “Lac’cessible”. «Toutes les personnes à mobilité réduite disent la même chose: <C’est le parcours du combattant pour se baigner!>», résume Nadine Cuany, membre de la JCI et chargée du projet. L’idée est née d’un travail de recherche mené par sa sœur, physiothérapeute. «Toute la réflexion existait déjà. Nous avons voulu passer de la théorie à l’action», explique-t-elle. Depuis janvier, l’organisme se mouille et multiplie les démarches. «Grâce à eux, tout s’est accéléré. C’est extraordinaire!», se réjouit Frédérique. «C’est la force de la JCI de concrétiser des projets pour sa région», réplique Nadine Cuany.
Un dispositif autonome
Le projet repose sur le dispositif Seatrac-Mover, un siège motorisé sur rail et submersible alimenté à l’énergie solaire, déjà installé à Vidy et sur plus de 250 plages en Europe. Démontable et saisonnière, cette infrastructure ne nécessite aucuns gros travaux. Une fois assis dans le fauteuil, l’utilisateur descend progressivement dans l’eau en autonomie grâce à une télécommande, jusqu’à environ 80 centimètres de profondeur. En fonction de sa mobilité, il peut ensuite quitter le siège pour flotter ou nager. Après avoir testé le Seatrac à Vidy, Frédérique l’a adopté.
Selon les fonds récoltés, Lac’cessible espère disposer d’une infrastructure complète. «Il s’agirait d’avoir des WC, douche, lavabo et une banquette pour se changer. On espère aussi proposer des équipements adaptés, comme des gilets», précise Pauline Aebischer, membre de la JCI et architecte.
Pour les porteurs du projet, cette infrastructure répond à un besoin qui dépasse largement le handicap. «Avec le vieillissement de la population, on est tous concernés. Il est essentiel d’anticiper et de permettre un accès autonome au lac pour chacun», rappelle Nadine Cuany. Pour Karin Subert Hagemann, membre de la JCI, l’accessibilité à la baignade n’est pas un luxe, mais un droit fondamental.
Le soutien politique, la clé
Nadine Cuany insiste sur la nécessité du soutien des autorités. Bonne nouvelle: la Municipalité de La Tour-de-Peilz s’est récemment dite favorable au projet. Grâce aux récents aménagements de la plage de la Maladaire, dont la faible pente facilite l’accès au lac, le site réunit désormais les conditions nécessaires pour accueillir le dispositif. Un accord de principe a déjà été donné, sous réserve des conclusions des études techniques détaillées. Côté financement, la JCI entend acquérir le dispositif et installer un parcours d’accessibilité complet, estimé à 85’000 francs, grâce à une campagne de recherche de fonds en cours. La Commune assurerait ensuite son entretien.
Si le projet voit le jour, La Tour-de-Peilz pourrait devenir la première commune de la Riviera à offrir un accès autonome au Léman aux personnes à mobilité réduite. Pour Frédérique et des milliers de personnes, ce serait la promesse de retrouver une liberté longtemps inaccessible.
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