
Gilles Meystre, président de GastroVaud: «Ici, c’est ceinture, bretelles et triple airbag». | GastroVaud
Pendant des années, les normes existaient, mais les contrôles étaient rares ou confiés à des employés communaux sans réelles compétences en matière de protection incendie. Puis Crans-Montana est arrivé. Et soudain, branle-bas de combat: les administrations semblent découvrir ce qu’elles auraient dû appliquer depuis longtemps. «On se demande ce qu’elles ont fichu durant tout ce temps-là», lâche Gilles Meystre. Avec ce sentiment d’injustice: les exploitants sont aujourd’hui placés devant leurs responsabilités, alors que les Communes et les autorités n’ont pas assumé les leurs durant de longues années.
Depuis, certaines Communes semblent avoir sorti l’artillerie lourde. À Vevey, le Service de l’urbanisme mettrait ainsi une pression maximale – «un quasi abus de pouvoir», dénonce un restaurateur. Dans ce cas, «c’est ceinture, bretelles et triple airbag», déplore Gilles Meystre. Ailleurs, les Communes mandatent des ingénieurs en protection incendie ou font appel à l’ECA. Les pratiques varient: «Toutes ne sont pas sur les dents. Mais chacune veut éviter d’avoir, demain, les fesses qui chauffent», poursuit-il.
La sécurité du public doit évidemment primer. Le président de GastroVaud ne la discute pas. En revanche, il refuse que chaque bistrot soit traité comme un sous-sol festif bondé. «Une discothèque, un bar clos et un restaurant disposant de sorties accessibles n’ont ni la même vocation, ni la même clientèle, ni la même configuration. Pourtant, tous passent à la même moulinette. C’est à rebours du bon sens!»
Pris entre le marteau et l’enclume, les exploitants reçoivent les injonctions avec des délais ultra courts, mais dépendent souvent du propriétaire pour financer et autoriser les travaux exigés. Si celui-ci refuse ou tarde, qui paie l’addition? «Le restaurateur, sommé de réduire sa jauge, voire de fermer, répond Gilles Meystre. Des places disparaissent du jour au lendemain, alors que les charges structurelles, elles, ne bougent pas.»
Ces contraintes frappent une branche déjà passablement impactée. Covid, aides à rembourser, recul de la fréquentation, hausse des salaires, des marchandises et de l’énergie: le millefeuille est indigeste. «Avec ces exigences actuelles, on les conduit à l’échafaud, tonne le représentant des restaurateurs. Le secteur est sous extrême tension, en mode survie. Derrière chaque jauge amputée, il y a du chiffre d’affaires perdu, des emplois menacés et parfois la clé sous la porte.»
«Pousser une gueulante»
Le plus irritant? Les professionnels de la restauration sont formés à la protection incendie par l’ECA. GastroVaud a rappelé ces cours à ses membres en janvier, et les sessions ont vite affiché complet. «S’ils sont insuffisants, c’est à l’ECA de les renforcer, assène le président de la faîtière. Face au zèle administratif, la marge de manœuvre de GastroVaud reste pourtant limitée, admet-il. «Certaines Communes font de l’excès, tandis que d’autres adoptent peut-être une attitude différente. C’est surtout aux autorités qu’il faut demander ce qu’elles font. Nous, à part former, conseiller… et pousser une gueulante, notre pouvoir reste relativement restreint.» Concrètement, la faîtière a interpellé le Département de l’économie et l’ECA en demandant de freiner la démesure et d’harmoniser les pratiques. Un groupe technique devrait bientôt réunir Canton et Communes, mais sans inviter GastroVaud autour de la table, déplore Gilles Meystre.
Nouvelles prescriptions
en 2027?
De plus, une autre menace se profile: de nouvelles prescriptions suisses anti-incendie pourraient entrer en vigueur à l’automne 2027 déjà. Dès lors faudra-t-il investir aujourd’hui pour tout recommencer demain? «Ce serait dramatique. Ce dossier est suivi par GastroSuisse avec vigilance.» Après des années de contrôles lacunaires, imposer des travaux coûteux avant de changer les règles relèverait de l’absurde.
Et Gilles Meystre de s’interroger: «Je me demande aujourd’hui si les autorités et leurs fonctionnaires ne cherchent pas davantage à se protéger eux-mêmes plutôt qu’à protéger la population.»
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