La bonne fée des nichoirs du cimetière Saint-Martin

Grâce à Charlotte Huwiler, de nombreux abris accueillent chaque printemps de nouvelles familles d’oiseaux cavernicoles.  | R. Brousoz

Vevey
Depuis une décennie, Charlotte Huwiler assure le nettoyage et l’entretien annuel de la vingtaine d’abris répartis sur le site. Une concierge passionnée et infatigable sur laquelle mésanges et sittelles peuvent compter.

«Ah, vous entendez? C’est un verdier.» Charlotte Huwiler fait partie de ces gens qui cartonnent au blind-test des chants d’oiseaux. «C’est toujours un plaisir de chercher et d’apercevoir l’espèce à laquelle on pensait», sourit cette passionnée d’ornithologie. Et quand on se promène avec elle au cimetière de Saint-Martin, il y a de quoi écouter. 

La Veveysanne de 66 ans contribue activement à ce que ce havre de verdure de 30’000 m2 soit fréquenté par le plus de volatiles possible. C’est en effet elle qui veille sur les 18 nichoirs disséminés sur les nombreux arbres de la nécropole. Des abris qui ont été installés il y a 10 ans par le Cercle de Sciences naturelles de Vevey-Montreux (voir encadré), dont fait partie Charlotte.

Une décennie plus tard, le bilan de la démarche est positif. Sur les nichoirs en place, 40% ont été occupés au moins une fois. «Principalement par des mésanges bleues et charbonnières, ainsi que des sittelles torchepots», indique la gardienne de ces minuscules cabanons de bois numérotés. «Le torcol fourmilier et le gobemouche noir visitent le cimetière, mais sans y avoir encore élu domicile. Un jour peut-être?», espère cette laborantine de formation, qui a pris goût à l’ornithologie en observant ce petit monde ailé au bord de l’eau avec ses enfants. 

«Étant donné que les oiseaux trouvent de moins en moins d’arbres avec des cavités, nous essayons de leur offrir des endroits pour nicher entre mars et mai.» Un coup de pouce immobilier qui induit également une grande responsabilité: celle de contrôler, nettoyer, réparer annuellement chaque nichoir. Une tâche dont s’acquitte Charlotte Huwiler chaque année, une fois l’automne venu.

Merci les cerises!

Et pour cette mission, il faut certains talents acrobatiques. «Les employés du cimetière me prêtent une échelle et je grimpe», explique-t-elle en désignant quelques nichoirs alentour, dont certains sont perchés à plusieurs mètres. «Étant issue d’une famille paysanne, j’ai toujours eu l’habitude des échelles pour aller cueillir les cerises!»

Parmi les opérations de routine, la Veveysanne retire les anciens nids. «C’est à ce moment que je découvre quelle espèce a niché!» Un coup de balai qui consiste aussi à retirer les œufs non éclos, les cadavres d’oisillons, ainsi que les parasites. «C’est mieux de nettoyer assez tard dans la saison, quand les parasites ne sont plus en activité, sinon c’est sur moi qu’ils viennent et… ça gratte!»

Du métal contre les pics    

Il y a aussi parfois de jolies surprises, comme ces rayons de miel abandonnés par une colonie d’abeilles sauvages. Ou toutes ces fleurs retrouvées sèches, que des étourneaux avaient cueillies pour bâtir leur nid. «Une fois, j’ai même aperçu un lézard des murailles qui guignait par le trou, je l’ai laissé tranquille.» Des portes d’entrée circulaires qui doivent d’ailleurs être parfois renforcées par une plaque métallique. «C’est pour décourager les pics épeiches, qui sont friands d’œufs et de poussins.» Au chapitre architecture, on notera d’ailleurs que la sittelle maçonne elle-même le tour de l’orifice avec de l’argile, d’où son surnom de «torchepot».    

D’après ses observations, la Veveysanne estime qu’un tiers des nichées mène à un envol réussi. De quoi la motiver encore, ces prochains automnes, à promener son échelle dans les allées de Saint-Martin.

Le « Cercle », une passion 100% nature

Fondé en 1936, le Cercle de Sciences naturelles de Vevey-Montreux compte à ce jour un peu plus de 300 membres. Un effectif qui s’effrite gentiment. «Nous sommes à la recherche de jeunes», souligne Annelise Dutoit, membre du comité. Quels sont les buts de l’entité? «D’une part, notre rôle est de soutenir des actions de protection de la nature», répond la Jongnyssoise, elle-même mordue de botanique. En 2025, le Cercle a ainsi aidé financièrement un projet de revitalisation au lac de Bret, la réalisation d’un film sur les sternes et les mouettes du Léman, ainsi que l’Association Narcisses Riviera. «L’autre volet est de promouvoir la nature en proposant des activités qui permettent de mieux la connaître.» Des excursions et des conférences sont organisées au fil de l’année. À noter encore que l’association basée à Vevey dispose de son propre bulletin semestriel baptisé «Le Grèbe».

Informations: csnvm.nexgate.ch

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