Le puzzle « Leysin », entre ambitions et obstacles

Quelle Leysin pour demain? La station amorce une révolution en termes de mobilité, mais pas seulement. D’importants projets, comme le prolongement du train, suscitent des interrogations, de même que la santé financière de la société de remontées mécaniques.  | DR/TPC

Alpes vaudoises
Oppositions au funiculaire du Feydey levées, abandon du projet de canons à neige aux Mosses, remontées mécaniques dans le rouge: en station, les deux dernières semaines ont été intenses.

Sacrée quinzaine du côté de Leysin. Tout a commencé avec le communiqué du Canton du 18 septembre sur le redimensionnement du projet d’enneigement mécanique de Télé Leysin-Les Mosses-La Lécherette (TLML), en d’autres termes, l’abandon de canons aux Mosses et le recentrage sur Leysin (lire ci-contre). 

Deuxième épisode jeudi dernier: le Conseil communal accepte de lever les oppositions au funiculaire du Feydey, première pièce du puzzle «Leysin 365», vaste planification de la mobilité douce en station. Le lendemain, cette dernière, qui prévoit un prolongement du train jusqu’au départ de la télécabine avec arrêts au cœur du village à l’horizon 2034, a fait l’objet d’une présentation publique où les questions n’ont pas manqué. 

Enfin, samedi, l’assemblée générale de TLML a confirmé les difficultés financières de la société de remontées mécaniques, alors que deux immenses défis sont dans les tuyaux. On tente de décrypter tout ça.

Funiculaire du Feydey

Prévu à l’horizon 2029, il sera connecté à la gare «Centre» (à venir plus tard) et doit permettre de raccorder en 2-3 minutes, de 5h du matin à 1h le lendemain, le centre du village au quartier du Feydey, où se trouvent notamment les écoles internationales, car cette portion du village ne sera plus desservie sur le futur tracé.

Jeudi, le Conseil communal, non sans quelques voix contraires, a pour sa part levé les 12 oppositions restantes au plan d’affectation de l’installation, mise à l’enquête en juin. Celles-ci contestaient, entre autres, l’abattage d’arbres, la suppression de trois gares (Versmont, Feydey et Grand Hôtel), et, bien sûr, le coût global de l’installation et son impact sur la Commune.

Cette dernière interrogation a trouvé sa réponse par le biais de Michel Paccaud, «M. Mobilité» à Leysin, qui est intervenu en début de Conseil: en termes d’investissement, la Commune n’aura pas à participer aux 17,2 millions de francs de la construction, qui incomberont aux Transports Publics du Chablais (TPC), via un emprunt garanti par le Canton. Leysin assumera 50% des intérêts et des amortissements, ainsi qu’à 87,5% des frais d’exploitation. Sa facture annuelle totale sera de 625’000 francs par an, moins les 144’000 de recettes de l’installation que la Commune percevra en totalité. Soit, au final, une note moins élevée que les 600’000 francs du réseau de bus actuel, selon Michel Paccaud, un message à l’adresse de ceux qui interrogent le réel intérêt d’un funiculaire. 

La levée des oppositions, moyennant le retour définitif du Canton en fin d’année, ouvre ainsi la voie à la mise à l’enquête du funiculaire en tant que tel, espéré pour début 2027. Un référendum n’est toutefois pas à exclure, à entendre certains détracteurs.

«Leysin 365» questionnée

Vendredi, des représentants du Canton, des TPC, de la Commune et de la Confédération ont répondu de manière synthétique à la cinquantaine de questions adressées aux organisateurs en amont de la séance. Ceux-ci ont présenté «Leysin 365» comme un projet plus moderne – «un M2 de Leysin», en référence au métro lausannois –, plus en phase avec les besoins actuels des usagers. Et pas seulement ceux des touristes, une critique récurrente, mais aussi des habitants, grâce à un temps de parcours diminué et des cadences augmentées. 

Certains résidents des quartiers de Feydey et Versmont ont dit en douter et critiqué des choix qui font d’eux «les oubliés de Leysin». Sur l’estrade, on a mis dans la balance un réseau de bus complémentaires et des avantages garantis «pour la très grande majorité».

Côté chiffres, la partie ferroviaire (dont un deuxième funiculaire pour accéder à Versmont) est estimée à 160,4 millions de francs, soit 30 de plus que lors du lancement du projet, la faute à l’inflation (20 millions) et à des surprises géologiques (10 millions). Même demande: quelle part pour la Commune? Zéro, ont insisté les porteurs du projet. 156,8 millions de francs seront à la charge de la Confédération, 3,6 millions à celle du Canton. 

Plusieurs détracteurs s’offusquent qu’un projet d’une telle importance n’ait pas fait l’objet d’un vote populaire et accusent la Municipalité d’avoir fait cavalier seul. Laurence Habegger s’est inscrite en faux: «Chaque étape a été validée par le Conseil communal.»

TLML dans les chiffres rouges

Troisième acte samedi, dans un cadre réservé aux actionnaires de TLML, acteur majeur en station. Le licenciement en avril dernier de cinq collaborateurs, dont deux cadres, avait été un signe avant-coureur des difficultés. Le bilan de la dernière année confirme: «Nous bouclons sur un recul du chiffre d’affaires de près d’un million – de 13,7 à 12,8 millions entre 2024/25 et 2025/26 – dont 800’000 francs sur les seules Mosses, pour un déficit total de 1,265 million», explique Maxime Cottet, directeur de TLML. Le couperet aurait même pu tomber dès l’exercice précédent, avoue-t-il, si la Commune n’avait pas accepté en 2024 de reprendre à TLML le parking de la place Large pour 2,4 millions, celui-là même qui servira de «hub multimodal» aux bus et à la mobilité douce. Pas l’idéal au moment où l’enneigement mécanique et une nouvelle télécabine de la Berneuse vont appeler à un effort conséquent.

La Commune au secours?

De son côté, Laurence Habegger assure que la Commune fera son possible pour soutenir une société qui constitue «la colonne vertébrale de la station»: «Notre économie repose sur le tourisme, et si on ne met pas tout en œuvre pour TLML, des projets de notre transition vers le <quatre saisons> vont tomber.»

Certains s’interrogent toutefois: jusqu’où Leysin pourrait-elle aller si TLML appelait à l’aide? Sans revenir sur le hub multimodal à réaliser sur un parking aux structures vétustes, plusieurs dizaines de millions sont inscrits au plan d’investissements de la Commune (rénovation des centres sportifs, stand de tir, routes, réseau d’eau, etc.). L’endettement communal est quant à lui de 48 millions, là où le plafond consenti est de 60, soit pas très loin à l’échelle d’une Commune. Des discussions sur cette limite, et son éventuel relèvement, «seront au menu du Conseil communal de décembre», conclut la syndique.

Pas d’enneigement artificiel aux Mosses: « On ne veut pas être mis de côté »

«L’enneigement mécanique aux Mosses, c’était maintenant ou jamais. Or, avec la législation fédérale sur les sites marécageux, nous étions assurés de partir pour des années de procédure avec les opposants, jusqu’au Tribunal fédéral. La stratégie a donc été d’abandonner.» À l’instar de son directeur Maxime Cottet, TLML a tiré la prise du projet de canons à neige qui auraient garanti un nombre de jours suffisants pour être rentable sur la station. Or, Les Mosses sont devenus une charge trop lourde à porter pour la société de remontées mécaniques, en difficulté (lire ci-dessus). Dès lors, la priorité sera mise sur Leysin, qui plus est sur un axe prioritaire Aï-Les Fers-Choulet, avec «entre 30 et 60 enneigeurs, ajoute Maxime Cottet, tout dépendra de l’enveloppe à disposition». Exit, par contre, le secteur de Solepraz. Le directeur vise une mise à l’enquête du projet en version réduite pour la fin de cette année. Par conséquent, les installations des Mosses ne seront désormais ouvertes qu’en cas de neige naturelle suffisante, et sans préparatifs majeurs d’avant-saison. Les jours fermés, les employés des Mosses travailleront sur les pistes de Leysin. Du côté des Mosses, «on s’y attendait, on avait senti le vent tourner», avoue le syndic d’Ormont-Dessous, Rémy Fischer, résumant l’avis de nombreux déçus. «Cela doit nous encourager à accélérer la transition quatre saisons, surtout quand on voit le monde fou qui monte les beaux jours!» L’élu assure TLML du soutien de la Commune, mais jusqu’à un certain point toutefois: «Nous ne voulons pas être mis de côté. Nous les suivrons, mais nous ne pourrons pas contribuer au-delà d’une certaine limite.»

Photo: DR/TLML

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