
Marc David cisèle les almanachs du Messager boiteux depuis sa ferme de Chavannes-le-Veyron (VD) depuis 2015. Il nourrit chaque édition d’une bonne vingtaine de reportages de terrain. | L. Grabet
«Le Message boiteux parle de ce qui d’hier dure encore aujourd’hui…», résumait Michel Zangger, un de ses anciens rédacteurs en chef. La remarque tient toujours. Cette publication parue sans interruption depuis 1707 et dont la 320e édition vient de sortir, est historiquement liée à Vevey. C’est le plus vieil almanach du pays.
Son véritable nom complet et à rallonge demeure d’ailleurs: «Le véritable almanach du Messager boiteux de Berne et de Vevey». Depuis 1974, il est aussi lié à Châtel-Saint-Denis, puisqu’il reste la propriété de Säuberlin & Pfeiffer SA, entreprise locale à succès de 150 employés, spécialisée dans les packagings et propriété du groupe français Autajon.
Un Messager disparaît, l’autre reste
Notons au passage que le chef-lieu de la Veveyse a perdu à regret voici bientôt un an Le Messager. Il s’agissait de son hebdo microlocal, fondé en 1916. «À l’heure de la crise de la Presse, du tout numérique, de la dernière étude Pisa pointant les lacunes de nos jeunes en lecture, notre publication est plus anachronique que jamais, relève son rédacteur en chef, Marc David. Mais c’est voulu et nous continuons à en écouler environ 20’000 exemplaires par année principalement sur Vaud, Fribourg et en Valais.» On peut d’ores et déjà se procurer l’édition 2027 en kiosque ou sur le site officiel (www.messagerboiteux.ch).
La volonté de rester fidèle à l’esprit du journal est pour beaucoup dans son succès durable. Le monde bouge et le Messager boiteux l’observe avec recul. Certaines rubriques tiennent d’ailleurs depuis le début à l’instar du mythique agenda lunaire et des bluffantes prévisions météo, lesquelles avaient prévu la canicule de 2003, une année et demie à l’avance. L’almanach comporte aussi des horoscopes, un calendrier des foires et des Saints, un résumé chronologique des faits marquants des douze mois précédents, des portraits, des recettes gastronomiques ou de grands-mères, des reportages mettant en valeur la beauté et la diversité des traditions romandes et tant d’autres choses.
«Notre almanach se veut areligieux, apolitique et à l’écart des modes furtives, assène Marc David. Les deux pieds solidement enracinés dans le terroir romand, son bon sens et son savoir populaire sont aiguisés, à l’aune de la réalité au fil des siècles.»
De Lindbergh à Nicoulin
Dans son livre «Messager boiteux, trois siècles d’histoire au travers des terroirs» (Éditions Cabédita, 2000), l’historienne Liliane Desponds soulignait d’ailleurs que «l’acquisition de l’almanach, à l’automne revenu, fait partie des rites de saison (…) Qu’il le sache ou non, l’acheteur d’un almanach commet un geste symbolique qui le relie à un passé fort reculé».
Cette année, Marc David et son équipe ont eu un immense plaisir en racontant notamment l’histoire de l’aviateur Charles Lindbergh, qui est passé discrètement par les Monts-de-Corsier, celle de Michaël Ottenwaelter d’Ollon qui excelle dans la technique ancestrale de la lombriculture ou encore celle de Martin Nicoulin, l’historien qui a redonné des racines aux immigrés veveysans des Amériques.
Il y est aussi question des cadrans solaires, avec un sujet mêlant artisanat, histoire, philosophie et rapport au temps, d’un autre sur les pommes de terre, d’un reportage sur les chauves-souris réalisé dans une grotte tenue secrète avec un botaniste ou encore d’une présentation artistique du dessinateur Géa Augsbourg, en passant par un texte sur la «Grange sublime» du Théâtre du Jorat. Bref, le Messager 2027 reste un incontournable. Percé d’un trou dans le coin gauche par ses fidèles lecteurs pour y glisser une ficelle, il est souvent bien en vue et à portée de main dans le salon ou les WC.
Marc David
Rédacteur en chef du Messager boiteux
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