Ali Kabacalman, un capitaine plus qu’heureux

Le numéro 88 du FC Sion est un élément central de l’équipe du coach Didier Tholot.  | A. Beysard – FC Sion

Football
À 31 ans, le milieu de terrain porte le brassard d’un FC Sion en pleine bourre cette saison en Super League. À l’adolescence, il avait pourtant failli arrêter le foot quand le FC Monthey l’a relancé. Retour sur un parcours semé d’embûches.

Avant d’arriver au plus haut niveau, l’histoire d’Ali Kabacalman a bien failli s’arrêter en cours de route. À 18 ans, il se brise la malléole, alors qu’il jouait avec le Team Vaud, les espoirs du Lausanne-Sport. «Ma cheville s’est retournée à 45 degrés, se remémore celui qui est aujourd’hui le capitaine du FC Sion. J’ai dû tout recommencer à zéro, réapprendre à marcher. Comme le coach ne comptait plus sur moi, j’avais décidé d’arrêter le foot.» Quelques mois plus tard, Metin Karagülle, le directeur sportif du FC Monthey, l’appelle pour lui proposer de rejoindre l’équipe fanion en 1re ligue. «J’ai dit oui, juste pour le plaisir de rejouer. J’y suis allé avec Ghazi, mon meilleur copain!»

Outre cette grave blessure à l’adolescence, Ali Kabacalman a dû surmonter d’autres coups durs, avant d’arriver là où il en est aujourd’hui. Après deux promotions en Super League avec  Lausanne-Sport en 2020, puis Yverdon en 2023, son contrat n’a, à chaque fois, pas été renouvelé. «Au LS, je m’y attendais car je n’avais joué que 3-4 fois depuis mon arrivée, mais à Yverdon, ça a été une grosse déception… J’avais fait une belle saison, ne ratant aucun match. Malheureusement, les nouveaux propriétaires avaient décidé de ne conserver aucun joueur en fin de contrat.» Le milieu de terrain se retrouve sans club, à 28 ans. Un coup d’arrêt, au pire moment, jusqu’à ce que Pablo Iglesias (membre de la direction du FC Sion) l’appelle. «J’ai vu ensuite deux fois Barthélémy Constantin et ça s’est fait.»

Le vent tourne

Grâce à ce transfert, Ali Kabacalman dispute son premier match en Super League, sur le tard, en juillet 2024. Un face à face contre le champion en titre Young Boys, remporté 2-1 au Wankdorf. «C’est un moment inoubliable, témoigne le joueur. Ça a été d’autant plus beau que Sion n’avait plus gagné à Berne depuis plus de 20 ans.» Puis il a enchaîné lors du match suivant en signant son premier but à ce niveau contre le LS, son ancien club.

Auparavant, sa trajectoire atypique l’a aussi vu évoluer loin des projecteurs, avec Azzurri Lausanne, Chiasso ou Rapperswil, tout en travaillant à côté. «J’ai été par exemple facteur à la poste de Ropraz, employé de commerce, et j’ai aussi travaillé dans un EMS, ainsi que dans la restauration».

Le capitanat, un aboutissement

Après une carrière ponctuée de hauts et de bas, Ali Kabacalman tutoie aujourd’hui les sommets au niveau national. À 31 ans, il est l’un des maîtres à jouer d’une équipe sédunoise qui a retrouvé ses valeurs. Les protégés de Constantin sont actuellement 3e de Super League après neuf journées. «Depuis quatre ans, le club travaille dans la continuité et on sent que le public valaisan est à fond avec nous. C’est très important», souligne le numéro 88.

Après un entraînement intense sur le terrain de Riddes, Didier Tholot, l’entraîneur, nous explique pourquoi il a choisi son milieu de terrain défensif comme capitaine en mars 2025: «Avec son humilité naturelle et sa simplicité, Ali correspond totalement à l’image du FC Sion d’aujourd’hui. Au cœur de notre animation, c’est un leader dans le jeu. Il le fluidifie et voit vite, avec intelligence.» Ce brassard, le joueur le considère comme une forme d’aboutissement. «C’est une grande fierté, jamais je n’aurais imaginé cela il y a quelques années. Sur le terrain, dans la colonne vertébrale de l’équipe, je parle, je dirige et j’encourage surtout mes coéquipiers.» Convaincu par les qualités de son joueur, le FC Sion vient de prolonger son contrat jusqu’en 2028.

Et au-delà du foot, ce qui importe surtout à Ali Kabacalman, c’est la famille. Ses parents, kurdes de Turquie – une minorité souvent discriminée – sont arrivés en Suisse comme immigrés. «Je garde de la famille là-bas et j’écoute souvent de la musique kurde, mais aussi turque», raconte le milieu de terrain né à Lausanne. Aujourd’hui, en plus de son succès sur le terrain, il est papa de deux enfants, un garçon de 2 ans et une fille de 4 mois. «Leurs naissances ont été les plus beaux moments de ma vie, et de loin!», conclut-il dans un sourire lumineux.

Quelles ambitions pour le FC Sion ?

Au vu de leur début de saison fructueux, est-ce que les joueurs de Tholot rêvent déjà de décrocher un 3e titre de champion après ceux de 92 et 97? Ali Kabacalman garde les pieds sur terre. «Nous n’avons joué que neuf matches et il nous reste une rencontre importante contre Servette avant la pause d’octobre. Derrière, on enchaînera avec Lausanne. Il s’agira de gagner ces derbies romands. Après le maintien et la 4e place de la saison dernière, nous voulons faire encore mieux!»

Les autres atouts sédunois

Aux yeux du capitaine, Didier Tholot, fort de sa rigueur proverbiale et avec sa détermination sans faille, est pour beaucoup dans la réussite actuelle de l’équipe. «Il a son caractère, son ego, mais il est toujours à l’écoute de ses joueurs. Avec son tempérament, il veut toujours gagner, même les matches amicaux. Et au moindre relâchement à l’entraînement, il réagit de manière très directe, croyez-moi!» Autre élément clé des Valaisans: le jeune avant-centre Winsley Botelli (20 ans). Auteur de six buts et de nombreuses passes décisives, il vient de faire ses débuts avec la Nati samedi contre la Macédoine. «C’est beau ce qui lui arrive à son âge et on est tous très fiers d’y contribuer. Les 16 mètres, c’est son royaume, il y a ses repères, le bon timing, il sent où est le gardien. C’est encore un gamin qui doit apprendre, mais il a un grand avenir.»