Investir dans le photovoltaïque vaut-il encore la peine ?

Selon Jean-Michel Frei, directeur associé d’Evosun à Massongex, l’amortissement moyen d’une installation résidentielle est autour de dix à douze ans.  | Adobe Stock

Énergies
Baisse des tarifs de reprise, recul des subventions: après l’euphorie de la crise énergétique, les propriétaires peuvent hésitent à passer au solaire. En Chablais, certains ont malgré tout choisi d’investir dans cette technologie, alors que les professionnels valorisent l’autoconsommation.

«Le solaire résidentiel reste aujourd’hui un investissement très intéressant, même s’il peut évidemment y avoir des exceptions lorsque le bâtiment ne s’y prête pas vraiment», explique Jean-Michel Frei, directeur associé d’Evosun à Massongex. 

Après le boom provoqué par la guerre en Ukraine et l’explosion du prix de l’énergie, le marché s’est calmé. Les tarifs auxquels les réseaux reprennent le surplus ont baissé, tout comme certaines aides. Pour le spécialiste, il s’agit surtout d’un retour aux conditions d’avant crise. Il situe aujourd’hui l’amortissement moyen d’une installation résidentielle autour de dix à douze ans.

Chez Mérinat, à Vevey, Rudy Drevet, chef de projet photovoltaïque, et Sabrina Soudi, assistante du département photovoltaïque, observent actuellement une demande importante. La technologie est arrivée à maturité: les gains de rendement ralentissent et les prix des panneaux restent relativement bas, ce qui risque de ne pas durer. «Nous installons à 95% des panneaux garantis trente ans», souligne Rudy Drevet. Attendre une prochaine révolution technologique n’a donc plus de sens. 

L’investissement permet aussi de sécuriser une partie de sa facture: le coût de l’électricité autoproduite est connu pour toute la durée de vie de l’installation, contrairement au prix du réseau, soumis au marché et au contexte géopolitique. Avec l’électrification des usages – pompe à chaleur et voiture notamment – cette prévisibilité devient d’autant plus précieuse.

Le meilleur kWh est celui que l’on garde

Ce qui change surtout, c’est la manière de calculer la rentabilité. Vendre son surplus n’est plus l’objectif principal. Chaque kWh produit et consommé sur place évite d’acheter la même quantité au réseau. Plus une habitation possède d’équipements électriques – pompe à chaleur, chauffe-eau, voiture électrique – plus l’autoconsommation devient intéressante. D’où l’intérêt croissant des batteries. 

Dans un cas calculé par Mérinat pour une habitation équipée d’une pompe à chaleur et consommant environ 8’000 kWh par an, l’autoconsommation passe de 42% sans batterie à 75% avec stockage. Malgré quelque 7’500 francs supplémentaires, l’amortissement global pourrait, dans cette configuration favorable, passer en dessous des six ans. «Cela dépend vraiment du mode de consommation des gens», tempère Rudy Drevet. Mérinat estime généralement l’autoconsommation entre 30 et 45% sans batterie et 60 à 90% avec. Une pompe à chaleur peut aussi stocker de l’énergie sous forme thermique et une voiture électrique absorber la production durant la journée. Onduleur, batterie, chauffage et borne de recharge peuvent désormais communiquer et être pilotés selon la météo, la production attendue et les habitudes du ménage.

Des aides nationales et locales

Dès 2027, le prix de rachat du surplus deviendra dynamique et sera calculé par quart d’heure. Une installation équipée d’une batterie pourra ainsi stocker l’énergie lorsque le prix est au plus bas, ce qui réduira grandement son temps d’amortissement. La nouvelle loi vaudoise sur l’énergie renforcera aussi le recours au photovoltaïque dans les nouvelles constructions, mais aussi lors de rénovations importantes de toiture et de certaines surélévations, selon des modalités qui doivent encore être précisées. Les propriétaires peuvent par ailleurs bénéficier de la rétribution fédérale Pronovo et, selon les localités, d’aides supplémentaires.

Dans le Chablais, les conditions peuvent ainsi varier sensiblement d’une commune à l’autre. «Monthey est par exemple une très bon élève: une aide communale vient s’ajouter à la subvention fédérale. Dans une situation comme celle-là, je peux dire que c’est sûr à 300% que le photovoltaïque vaut la peine», lance Jean-Michel Frei.

Presque autonome en été

À Gryon, Pierre-Louis Haldi a déjà franchi le pas. Ses 35 panneaux sont associés à 10 kWh de batteries et à une voiture électrique: «Pour moi, en tout cas, ça vaut la peine. J’ai mis des batteries et je suis presque autonome l’été.» Retraité, il recharge sa voiture en journée, tandis que lave-linge et lave-vaisselle fonctionnent autant que possible lorsque le soleil brille. 

«Cet été, mon fournisseur d’électricité m’a même remboursé de l’argent», note-t-il. Mais Pierre-Louis Haldi regrette toutefois que les tarifs de reprise aient fortement baissé après que de nombreux particuliers ont investi. Il aimerait pouvoir pousser plus loin l’autoconsommation en utilisant la batterie de sa voiture pour alimenter sa maison. Cette recharge bidirectionnelle, dite «vehicle-to-home», existe techniquement, mais son déploiement reste soumis à des contraintes techniques et réglementaires. Pour Pierre-Louis Haldi, ces obstacles n’encouragent malheureusement pas les particuliers à changer de système.

Un autre exemple? À Attalens, Philippe Jacquier transpose cette logique à l’échelle collective. Dans sa PPE de neuf logements, la pompe à chaleur commune a généré plus de 10’000 francs de consommation électrique la première année. Les copropriétaires ont donc décidé d’équiper de panneaux les quelque 120 m² d’un couvert à voitures existant, pour environ 37’000 francs. L’installation devrait couvrir plus de 60% de la consommation des communs et, grâce au partage de l’électricité entre les habitants et à la recharge de plusieurs véhicules, atteindre environ 70% d’autoconsommation.

Alors, faut-il encore investir? Oui, à entendre ces deux propriétaires convaincus, mais les règles du jeu ont changé. À mesure que le courant injecté rapporte moins que celui acheté au réseau, la rentabilité se déplace vers l’autoconsommation. Dans le Chablais, le meilleur calcul consiste désormais moins à vendre son soleil qu’à éviter de racheter son propre courant.

"Produire nous-mêmes une grande partie de l’électricité nécessaire à notre pompe à chaleur nous a paru une évidence”

Philippe Jacquier
Copropriétaire à Attalens

"Pour moi, ça vaut la peine: avec les batteries, je suis presque autonome l’été”

Pierre-Louis Haldi
Propriétaire à Gryon