Le Rhône contraint les Pontonniers à déménager

Les Pontonniers de Bex diront adieu à leur hangar actuel pour emménager dans un nouveau à l’horizon 2029.  | K. Di Matteo

Bex
Sur fond de 3e correction du fleuve, présentée jeudi dernier pour le secteur Chablais, la société de navigateurs disposera d’un nouveau local à l’horizon 2029.

Deux ministres de l’environnement, Vassilis Venizelos pour Vaud et Franz Ruppen pour le Valais, ont présenté jeudi dernier à Aigle la mise à l’enquête de «la Mesure prioritaire du Chablais» de la 3e correction du Rhône (R3), l’étape régionale de ce chantier du siècle à 7 milliards de francs, de Brigue au Léman (lire encadré).

Au milieu de cet enjeu maousse, les «petits» Pontonniers de Bex, mais à la très longue histoire (la société date de 1899), seront impactés, eux qui ont leurs habitudes au Domaine du Rhône, justement, à côté de la passerelle Bex-Massongex (VS). Doublement impactés même, puisqu’un autre chantier d’envergure se prépare à quelques coups de rames de là: le barrage hydroélectrique de Lavey.

Mais au fait, c’est quoi les pontonniers déjà? «Des sociétés sportives de navigation sur les fleuves, par équipe de deux personnes qui rament debout», explique la présidente, Tanya Dubois. Jadis, l’activité permettait de préparer les jeunes à la navigation avant l’école de recrues. «Aujourd’hui, c’est avant tout un sport-plaisir, avec quelques compétitions, surtout en Suisse allemande: le pays compte une quarantaine de sociétés, dont deux seulement en Suisse romande, Genève et la nôtre.» 

Hangar plus en amont

En quoi la R3 va-t-elle changer la vie des Pontonniers de Bex? Avec l’élargissement du fleuve d’une septantaine de mètres, le hangar actuel, où la quinzaine de membres actifs stocke le matériel et tient ses séances, n’existera plus. Un nouveau sera construit pour 2029 quelques centaines de mètres plus haut sur le fleuve, à l’embouchure de la rivière Avançon, renaturée pour le coup, où sera par ailleurs déplacée la passerelle piétonnière.

Au final, est-ce positif ou négatif? «Pour les vétérans, c’est beaucoup de nostalgie en prévision, mais le nouveau hangar sera plus moderne et plus pratique pour ranger nos cinq bateaux de plain-pied.» Et en termes de navigation? «C’est notre grande interrogation.» Qui sait, ce nouveau départ pourrait être l’occasion de recruter. Tanya Dubois l’espère: «La relève manque.»

Sécurité et biodiversité

La mesure prioritaire du Chablais est à l’enquête publique jusqu’au 2 novembre. Celle qui constitue «la plus grande mesure prioritaire bicantonale de Rhône 3», selon le communiqué du Canton de Vaud, s’inscrit dans le prolongement des mesures déjà réalisées ou engagées, à savoir celles des Îles des Clous (Yvorne-Vouvry), des Grandes Îles (Bex-Ollon) et du Delta des Grangettes. Elle est considérée comme prioritaire «en raison des risques d’inondation élevés». Elle prévoit des travaux d’élargissement du lit du Rhône, dont la largeur moyenne passera de 60 à 90 mètres, ainsi que le renforcement des ouvrages de protection. Leur achèvement est prévu à l’horizon 2040-2045. La plus-value sera aussi environnementale puisque «le Rhône pourra à nouveau remplir toutes ses fonctions écologiques». Son emprise sur les surfaces d’assolement a été contenue, 40% de moins que dans les planifications de 2016. À ce stade, les coûts de 368 millions de francs seront pris en charge par la Confédération (entre 47% et 57%), les Cantons du Valais et de Vaud (20% à 25 %) et les huit Communes concernées (2% pour les valaisannes, 3% pour les vaudoises).