À l’approche de la nouvelle loi, la ruée vers les chaudières bat son plein

À partir du 1er janvier 2027, un chauffage fossile qui tombera en panne devra être remplacé par une installation à énergie renouvelable. À quelques mois de cette date couperet, certains fournisseurs de gaz leur recommandent parfois d’installer un nouveau chauffage d’ici la fin de l’année. | Adobe Stock

Énergie
Dès 2027 dans le canton de Vaud, les installations fossiles qui tomberont en panne devront obligatoirement être remplacées par des sources d’énergie renouvelable. Pour limiter les risques et parce qu’ils n’ont pas toujours le choix, des propriétaires se hâtent d’acquérir une nouvelle chaudière.

«Si je veux continuer à me chauffer au gaz, je dois changer ma chaudière avant la fin de l’année…» Comme bon nombre de propriétaires, Violaine* a passablement été tracassée ces derniers temps. En cause? La nouvelle Loi cantonale sur l’énergie, qui entrera en vigueur l’an prochain. Parmi les grandes nouveautés, on trouve cette règle: à partir du 1er janvier 2027, un chauffage fossile qui tombera en panne devra être remplacé par une installation à énergie renouvelable (voir encadré).


Or, cette habitante de Corsier-sur-Vevey dit ne pas avoir le choix: le gaz reste sa seule option possible. «Ma maison date de 1954. J’ai fait tout ce qu’il fallait pour limiter les pertes de chaleur. Par contre, je n’ai pas pu refaire l’enveloppe. Une pompe à chaleur consommerait trop d’électricité. Et avec des pellets, c’est compliqué de chauffer toute une maison…»


À quelques mois de cette date couperet, certains fournisseurs de gaz informent activement leur clientèle de cette échéance. Et leur recommandent parfois d’installer un nouveau chauffage d’ici à la fin de l’année. L’espérance de vie d’une chaudière à gaz étant d’environ 20 ans, il s’agit pour ces particuliers de s’assurer deux décennies de «tranquillité».


Des vendeurs assidus
C’est le cas d’Alain*, dont la chaudière est âgée de 12 ans. «On a été approchés par l’entreprise, afin d’envisager son remplacement, explique ce Bellerin. On misait beaucoup sur l’arrivée du chauffage à distance de Satom, mais après avoir pris des informations, c’est encore une affaire d’années! Étant donné qu’on ne pourra pas remplacer notre chaudière au-delà du 31 décembre et qu’on serait dans l’impossibilité financière d’opter pour un autre système, on s’est résolus à accepter l’offre d’une nouvelle chaudière à gaz, même si la nôtre aurait probablement pu tenir encore une dizaine d’années.»


Et dans ce contexte, certaines enseignes prospectent visiblement avec ardeur. «Pour dire à quel point les vendeurs sont en chasse, un deuxième vendeur de la même entreprise nous a contactés, alors que nous avions déjà reçu leur devis!», s’étonne Alain.


Sur la Riviera, Violaine a pour sa part été sollicitée par Holdinova (ex-Holdigaz), dont elle est cliente. L’entreprise veveysanne lui a même fait une offre promotionnelle. Si elle change sa chaudière d’ici à la fin de l’année, elle se verra gratifiée d’une remise de 3’000 francs sur ses factures de gaz. On précisera que ce bonus concerne du biogaz. Fabriqué grâce à la méthanisation de déchets verts/alimentaires ou de boues issues des STEP, ce combustible a une empreinte carbone inférieure d’environ 80% par rapport au gaz dit «naturel», c’est-à-dire issu de gisements fossiles. Toutefois, son utilisation est pour l’heure anecdotique. En 2024, le biogaz représentait seulement 1,8% de la totalité du gaz consommé en Suisse.


«À l’encontre de l’objectif»
Des pratiques commerciales qui font tousser certains défenseurs de l’environnement. «Les gaziers vont à l’encontre de la volonté de la société et de l’État!», s’anime François Rittmeyer, élu des Verts à Corsier-sur-Vevey. «Ils poussent les gens à changer leur chaudière pour pouvoir continuer à vendre leur gaz. Quant au biogaz, il est certes plus propre, mais la production ne sera jamais suffisante pour couvrir les besoins», estime cet ancien expert en performances énergétiques des bâtiments.


Directrice énergie chez Holdinova, Emilie Simon explique: «La nouvelle loi a suscité des inquiétudes chez certains de nos clients et nous avons souhaité y répondre tout en faisant davantage connaître notre biogaz, une énergie renouvelable produite localement sur nos sites comme celui de Roche ou Collombey. Avec cette offre, notre objectif est d’accompagner nos clients dans la transition, en tenant compte de leurs besoins et de leurs capacités financières. Elle s’adresse notamment à ceux qui souhaitent conserver le même type d’installation, afin de pouvoir planifier, lorsque leurs moyens le permettent, une rénovation énergétique globale et cohérente de leur bâtiment.»


Que pense le Canton de ces différentes sollicitations? «Nous ne commentons pas les pratiques commerciales, répond Marco Danesi, porte-parole de la Direction générale de l’environnement. Nous rappelons toutefois que la date du 31 décembre 2026 ne correspond à aucune échéance légale de remplacement du système de chauffage. Il n’y a rien d’illégal à changer de manière anticipée une installation gaz ou mazout qui fonctionne pour une installation de même type, mais cela va à l’encontre de l’objectif de sortie des énergies fossiles fixé par le Conseil d’État et le Grand Conseil.»


Biogaz oui, mais même chaudière
Et à propos d’une offre en biogaz comme celle d’Holdinova? «Une telle offre ne change pas la nature de l’installation, souligne le communicant. Ce biogaz est fourni sous forme de certificats1: la chaudière reste alimentée physiquement par le gaz du réseau, en grande majorité fossile, et elle devra être remplacée à l’échéance fixée par la loi. Par ailleurs, la production de biogaz en Suisse est limitée et doit être réservée en priorité aux usages pour lesquels il n’existe pas d’alternative renouvelable.»


«Il est vrai que certaines politiques énergétiques cantonales tendent aujourd’hui à accorder une place plus limitée au biogaz, ce que nous regrettons, réagit Emilie Simon. Nous sommes convaincus que cette énergie renouvelable locale a un rôle à jouer dans la transition énergétique.»


«Un gaspillage absurde»
Après quelques semaines de stress et de devis en tous genres, Violaine a pris sa décision: elle achètera une nouvelle chaudière à gaz en acceptant l’offre d’Holdinova. «Même si mon installation actuelle a 15 ans et pourrait fonctionner encore 5 ou 6 ans, je préfère en racheter une neuve, comme ça je suis tranquille pour un bon moment…» Son nouveau chauffage devrait arriver ces jours-ci. «Ça n’a pas été facile, car les installateurs sont débordés», relève-t-elle. Si la septuagénaire se dit «soulagée», elle n’en déplore pas moins un «gaspillage de matériel absurde». Et de pointer le Canton du doigt: «Je n’ai pas beaucoup de compréhension pour cette mesure prise à si court terme…»


Cette ruée sur le chauffage n’est-elle pas la conséquence d’une loi et d’une application trop drastiques? Ce qui serait pour le moins paradoxal. «Non, répond Marco Danesi. La loi n’impose pas de remplacer une chaudière qui fonctionne. Les délais et possibilités de dérogation garantissent une application proportionnée de la loi.»
*Prénoms d’emprunt


1 Comme pour le marché de l’électricité, celui du biogaz repose sur des «garanties d’origine». Il s’agit de certificats électroniques officiels attestant qu’une quantité spécifique de biogaz a bien été produite et injectée dans le réseau.

Les jeunes sur la touche ?

À partir du 1er janvier prochain, le remplacement d’une chaudière fossile par une installation de même type sera encore possible, mais sera soumis à autorisation. La demande devra être déposée avant le 1er juillet 2027. «Une dérogation reste possible en cas d’obstacle technique, de coûts disproportionnés ou en présence d’intérêt prépondérant», précise la Direction générale de l’environnement. En cas d’installation illégale, les propriétaires, architectes, ingénieurs ou entrepreneurs s’exposent à une amende pouvant aller jusqu’à 200’000 francs. La loi prévoit que toutes les chaudières fossiles devront être désactivées en 2042 (pour les installations mises en service avant le 1er janvier 2020) et en 2047 (pour celles mises en service après cette date).

Plus d’infos sur: vd.ch/energie