
La nouvelle exposition de l’Alimentarium s’articule autour d’une grande chaîne de production. | DR
Quel est le coût réel d’un plat avant que l’on s’apprête à le manger? On ne parle pas ici uniquement du prix coûtant de chaque aliment utilisé pour sa préparation, mais bien de l’ensemble de la chaîne de valeur qui est essentielle à leur production, à leur distribution et à leur commercialisation.
Avec une section entièrement réaménagée au 1er étage, le musée veveysan veut sensibiliser les visiteurs «au vrai prix d’un repas bon marché». Cette pièce qui fait partie intégrante de «Systema Alimentarium» – l’exposition principale – voit son espace occupé par une grande chaîne de production comme l’on peut en trouver dans les industries alimentaires (voir photo).
«Elle est le fil rouge qui guide les visiteurs au travers des principales phases par lesquelles passe inévitablement un aliment», détaille Boris Wastiau, directeur et co-commissaire de ce parcours. Six étapes sont ainsi présentées: les intrants, la production agricole, le négoce, le stockage et la transformation, le commerce de détail et la préparation des repas.
Qui paie l’addition?
«On ne fait pas la morale, mais on incite vraiment chacun à pousser la réflexion un peu plus loin sur ce qu’il consomme, poursuit Boris Wastiau. Derrière le prix, il y a certes des valeurs ajoutées, mais aussi leurs pendants négatifs: les pertes et les coûts cachés.» À commencer par ce qui peut survenir avant même la production: gel, grêle, sécheresse, inondations, avalanches, ravageurs, autant de paramètres qui peuvent avoir des effets considérables sur les cultures.
Viennent ensuite les intrants – les éléments apportés aux parcelles agricoles, afin d’augmenter leurs rendements. «Certains sont nocifs et ont des conséquences sur la santé de ceux qui sont en contact avec ce type de produits. Les coûts des soins ne sont pas considérés dans la production, pourtant ils existent bien!» Et Boris Wastiau d’ajouter: «Dans les pays où leur usage est autorisé, certains animaux recoivent passablement d’hormones ou d’antibiotiques. De par leurs déjections, ces substances peuvent malheureusement se retrouver dans les eaux et peuvent affecter les populations.»
Au-delà des effets directs ou indirects sur la santé, la liste des coûts cachés s’allonge au fil des étapes. Ces derniers sont aussi supportés par d’autres personnes ou par les écosystèmes eux-mêmes: dépollution des eaux, perte de biodiversité, empreinte au sol des usines, disparition des petits commerces de proximité au profit de grands groupes, dépenses en énergie pour la climatisation, pertes en rayons avec nombre d’invendus, etc.
Un chemin à trouver
À chaque fois, l’exposition est pensée pour montrer également les valeurs ajoutées de chaque étape. Du côté de la production par exemple, on retrouve les salaires créés par l’agriculture. «Rien que dans les champs et les plantations, elle génère plus d’1,5 milliard d’emplois sur notre planète», note le directeur. Une réalité à observer avec nuance, comme dans ce cas, face à la précarité de certains métiers.
Ces contrastes saisissants prennent une forme physique au milieu de la pièce. Un vieux tracteur zurichois de 1955 fait face à un robot de cuisine chinois intelligent venu tout droit de Shenzhen. «Il y a peut-être un chemin à trouver au milieu, afin de nourrir plus de huit milliards de personnes tout en évitant l’uniformisation de nos assiettes», remarque Boris Wastiau, tout en perdant son regard dans une photographie accrochée au mur de personnes fabriquant des dumplings artisanaux. «À choisir, je préfère nettement ça!», conclut-il sur le ton de la boutade.
Plus d’infos:
www.alimentarium.org/fr/basic-page/quel-est-le-vrai-prix-dun-repas-bon-march

Depuis son arrivée en 2022, Boris Wastiau a eu pour mission de repenser et de redynamiser l’Alimentarium. «On passe petit à petit d’une muséographie lourde et fixe à des espaces beaucoup plus versatiles. À terme, l’idée est de pouvoir avoir des cycles d’exposition sur trois à quatre ans, ainsi que plusieurs expositions temporaires.» Dans ce cadre, une feuille de route a été élaborée pour la période 2026-2029. Le bâtiment, lui, évoluera également ces prochaines années. «Nous avons lancé un concours d’architecture pour la rénovation du complexe principal et ses annexes», révèle Boris Wastiau. Châssis, domotique, chauffage, verrière à remplacer… de nombreux travaux sont à effectuer a minima d’ici à 2027 selon le directeur. A maxima, il aspire à un réaménagement complet des sous-sols, afin d’y accueillir des espaces d’expositions.
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