À Vevey, Monthey remporte un épatant derby

Dès la reprise de la deuxième mi-temps, le scénario s’est inversé avec des jeunes Vaudois soudain dominateurs face aux Montheysans.  | A. Capel

Football
Les Chablaisiens se sont logiquement imposés au bout du suspense. Mais l’équipe de Vevey, très jeune, s’est battue jusqu’au bout.

Samedi, la tribune du stade de Copet était bien garnie pour le derby de 1re ligue entre Vevey et Monthey et les spectateurs n’ont pas regretté leur déplacement. On ne s’est pas ennuyé une seconde lors de ce match à rebondissements. Favoris, plus expérimentés, les visiteurs se sont logiquement imposés 3-2, mais en résistant difficilement à la poussée finale des jeunes Veveysans qui ont eu le mérite d’y croire jusqu’au bout.

Le match a connu deux visages totalement différents. En première mi-temps, c’est comme s’il n’y avait qu’une équipe sur le terrain, tant Monthey a survolé les débats et l’addition (3-0) aurait pu être plus lourde sans les arrêts miracles à répétition du gardien Ozan Sahingöz, comme monté sur ressorts. Dans une séquence surréaliste en début de match, l’homme volant en a enchaîné trois en quelques secondes, plus spectaculaires les uns que les autres. «Il y avait deux classes de différence en première mi-temps et on aurait dû en planter cinq ou six», regrettait après le match Cédric Strahm, l’entraîneur montheysan.

Remontada veveysanne

Dans les vestiaires, après cette entame ratée, Luca Sergi, son alter ego veveysan, a élevé la voix pour réveiller les siens. «Soit on continue comme ça en baissant les bras, soit on réagit.» Et le moins qu’on puisse dire est qu’il a été entendu, car dès la reprise, le scénario s’est inversé avec des jeunes Vaudois soudain dominateurs. Le match a même failli totalement basculer, lorsqu’à une demi-heure de la fin, Monthey s’est retrouvé à dix, à la suite de l’expulsion de Mersim Asslani, coupable d’avoir insulté l’arbitre.

À la 79e, Mahé Guaico, l’élégant numéro 10 veveysan, a fait renaître l’espoir grâce à un superbe tir des 20 mètres dans la lucarne, puis avec le 3-2 signé Ricos Nsimgi, six minutes plus tard, le miracle est devenu possible. Survolté sur la touche, Luca Sergi a alors harangué les siens à coups de «restez hauts, poussez, y a encore du temps», alors que la tribune s’embrasait. Un coup franc des 16 mètres, dans les dernières secondes, a fait passer, en vain, un ultime frisson. Un final haletant.

Jeunesse sur le terrain

Malgré cette belle réaction, l’entraîneur veveysan ne cachait pas sa frustration. «Au vu de cette fin de match, on méritait mieux. Mais aujourd’hui, je suis fier de mes gars qui ont tout donné.»

On le sait, faute d’être payés, tous les joueurs sous contrat avec le club vaudois ont quitté le navire et le Vevey d’aujourd’hui, avec une moyenne d’âge de 21 ans, est formé par des jeunes qui évoluaient la saison dernière en réserve ou avec les juniors B. «Ce qui nous manque en ce moment, ce sont un ou deux éléments d’expérience ayant déjà joué à ce niveau», poursuit Luca Sergi. Mais si, jeunesse oblige, l’équipe pêche par naïveté en défense notamment, elle dégage beaucoup d’allant, d’envie, de fraîcheur, d’enthousiasme. Ces gamins, comme les appelle le président Aldo Carro, osent, dribblent, prennent des risques.

L’équipe a récemment démontré son potentiel en allant s’imposer 4-0 à Chênois, l’une de ses deux victoires dans ce championnat. Et même si elle occupe actuellement la dernière place du classement avec 6 points, Luca Sergi reste résolument optimiste. «Je suis convaincu qu’on va s’en sortir.»

De son côté, Cédric Strahm était agacé par l’attitude de son équipe en fin de match. «Après l’expulsion, au lieu de rester calmes, on devient fébriles. Aujourd’hui, je ne retiendrai que les trois points et rien d’autre», fulminait-il. Et de souligner la poisse qui s’acharne sur son équipe depuis quelque temps. «Lors de nos deux derniers matches, on a tiré huit fois sur les poteaux, du jamais vu.»

Très ambitieux en début de saison, Monthey doit pour l’heure se contenter d’une 7e place, mais aux yeux de l’entraîneur, les objectifs n’ont pas changé. «On vise le plus haut possible. Le classement est très serré et le championnat est encore long.»

Un président optimiste malgré les dettes

Président du Vevey-Sports depuis juin dernier, Aldo Carro est contraint lors des matches à Copet de jouer les hommes à tout faire vu le manque de moyens du club. Samedi, en plus de son rôle de speaker dans la petite cabine située en haut de la tribune, il a dû lui-même aller préparer le thé des arbitres avant la mi-temps. Jeudi, lors de l’assemblée générale, lui et les cinq autres membres de son comité ont été réélus. Pour l’avenir du club, le président reste confiant, même si la situation financière est toujours aussi préoccupante. Selon le bilan présenté jeudi dernier par Grégory Stergiou, le commissaire judiciaire, le déficit du club a doublé en une année s’élevant à quelque 700’000 francs aujourd’hui. La faute en grande partie à la gestion calamiteuse de l’ancien comité. Aldo Carro, en collaboration avec Grégory Stergiou, met tout en œuvre pour éviter le pire. «De tous nos créanciers, la moitié ont renoncé à une partie, voire à la totalité de leur dû, relève-t-il. Mais soyons réalistes, une épée de Damoclès reste suspendue au-dessus de nos têtes.» Des prêts sans intérêt à hauteur de 130’000 francs octroyés par des privés ont permis d’inscrire toutes les équipes pour le championnat actuel. Et 30 entraîneurs et assistants sur 35 ont choisi de rester fidèle au club, même s’ils n’ont pas été payés durant toute la saison dernière. Fort d’un passé glorieux, toujours aussi populaire, le Vevey-Sports compte pas moins de 350 juniors. C’est dire que le combat en vaut la peine.

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