
Selon la direction de la chaîne, le chiffre d’affaires s’érode depuis la pandémie. |R. Brousoz
C’est un lieu bien connu des habitants de La Tour-de-Peilz, voire de plus loin. Après avoir hébergé la fameuse boulangerie Augnet jusqu’en 2014, puis la très fugace pâtisserie chocolaterie Alexandre, la boutique qui fait l’angle de la Grand-Rue et de la rue des Terreaux sera bientôt vide. Installée depuis dix ans, l’enseigne Fleur de Pains fermera son point de vente et le tea-room qui l’accompagne à la fin de l’année.
«C’est devenu difficile, nous avons enregistré une baisse du chiffre d’affaires depuis le Covid», explique Stéphane Simon, directeur de cette chaîne basée à Écublens, qui exploite 28 points de vente en terres vaudoises et fribourgeoises. Une érosion des recettes de 1 à 2% par année, qui s’expliquerait selon lui par des «habitudes de consommation qui changent», mais aussi par «une baisse du pouvoir d’achat». La proximité des grandes surfaces sur la même rue serait également à prendre en compte. Sans oublier que la ville de 13’000 habitants dénombre trois autres boulangeries-pâtisseries.
Un sous-sol inexploité
«Avec ce niveau de loyer, ce n’est plus possible de tenir», poursuit le responsable. Et de fait, la location s’élève à 7’500 francs par mois. «Le propriétaire reste ferme. Ce que, dans un sens, nous pouvons comprendre. Un tel montant est aussi lié au fait qu’il y a une grande surface au sous-sol.» On parle ici de l’ancien laboratoire de production, que Fleur de Pains n’utilise pas, tout étant livré depuis sa centrale de l’Ouest lausannois.
«Nous avons essayé de remettre le magasin, mais sans succès.» Pas d’autre choix donc pour l’enseigne que de résilier le bail. La succursale boélande emploie trois personnes. «Nous allons leur proposer des postes dans la région», affirme Stéphane Simon.
Un loyer trop cher? Le propriétaire de l’immeuble Jean Dionisotti réagit: «Le coût n’a pas changé depuis dix ans. Et du temps d’Augnet, il était au-dessus de 8’000 francs. Pour le sous-sol, on a essayé de trouver des solutions, mais finalement Fleur de Pains a préféré se retirer.» Et l’entrepreneur agaunois de poursuivre: «Un loyer, on peut toujours le discuter, nous ne sommes pas fermés. Mais en face, il faut aussi faire le job. Leur chiffre d’affaires a baissé, cependant il n’y a pas eu de réaction afin d’être plus attractifs. Nous avons l’impression que ça ronronne un peu. Leur modèle d’affaires n’est peut-être pas adapté à un tel emplacement.»
«Des bureaux, ce serait dommage»
À présent, la question qui brûle toutes les lèvres est bien sûr celle de l’après. Au sein de la population, on sent une certaine appréhension. «C’est dommage de fermer un lieu de rencontres sympa», écrit une habitante sur la page Facebook «La Boèlée», où la nouvelle a suscité de nombreuses réactions. «J’apprécie l’espace où l’on peut s’asseoir sans être trop serré. Il y a assez de journaux, ainsi que quelques jouets pour les enfants. En été, il y a une petite terrasse en arrière, loin du bruit de la Grand-Rue.»
Alors, à quoi faut-il s’attendre? «L’idée, ce n’est pas d’aller y mettre une agence immobilière ou des bureaux, ce serait vraiment dommage, rassure Jean Dionisotti. Nous souhaitons maintenir un commerce de bouche, qui a tout à fait sa place ici.» Si à ce stade, le futur locataire n’est pas connu, plusieurs pistes sont à l’étude. «Nous avons eu des contacts avec un boucher, un confiseur ou encore un boulanger. Ce sont des gens qui ont des enseignes ailleurs, il faut voir si c’est compatible.»
Ouverture pas avant mi-2027
Le Chablaisien l’annonce: le loyer devrait baisser à quelque 6’900 francs. «Nous allons transformer une partie du sous-sol en caves pour les locataires du bâtiment.» Le temps de trouver la perle rare et de réaliser quelques travaux de rafraîchissement, la boutique ne devrait pas rouvrir avant l’été 2027. «Autant perdre un peu de temps et de loyers pour trouver le bon artisan», conclut le propriétaire.
Pour l’heure, la gérante de ce qui est encore une succursale Fleur de Pains ne cache pas un petit pincement au cœur. «Je suis ici depuis une décennie, c’est moi qui l’avais ouverte pour les Rois», se souvient Teresa Chinappi Genovese. Et d’évoquer la dimension sociale du lieu. «On s’attache aux gens, ça va me manquer…»
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