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Cent kilomètres pour tourner la page

Même s’il excelle en trampoline, l’Aiglon Simon Progin a vécu une forme de renaissance grâce à la course à pied.  | J. Dewarrat

Martigny-Nyon
Le trampoliniste aiglon Simon Progin a vaincu ses démons grâce à la course à pied. Son défi de 100 km est devenu le film «Sans bornes», réalisé par son ami chablaisien Julien Dewarrat.

«Sans bornes», c’est l’histoire d’une quête de légèreté. Dans la foulée de la course. Dans la tête. Sur la balance aussi, mais pas dans le sens que l’on imagine.

Car Simon Progin a tout sauf du poids à perdre, lui qui figure depuis de nombreuses années, et encore à 34 ans, dans l’élite du trampoline suisse, auréolé de plusieurs titres de champion national et de quelques bons résultats internationaux. Et pourtant…

Il y a une quinzaine d’années, une remarque inappropriée sur son poids de forme et son apparence fait déborder le vase après de longs mois compliqués. La machine se dérègle. Il commence à se détester, bascule dans l’anorexie. Il court déjà beaucoup, mais pas pour les bonnes raisons. «J’ai fini par toucher le fond, j’ai eu de mauvaises pensées…, raconte-t-il. J’ai alors décidé de faire de la course une force, démontrer de quoi j’étais capable mentalement et physiquement dans des moments durs de ma vie.»

De simple idée à nécessité

Peu à peu, la résurrection du natif de Madagascar, qui vit désormais à Aigle où il a retrouvé le goût du trampoline, prend les contours d’un défi: courir de Martigny à Nyon, les deux villes où il a grandi. Soit 100 kilomètres au poids symbolique bien plus important encore que la distance.

Le projet reste d’abord une vague idée. Puis les chagrins s’accumulent: les non-qualifications à de grands tournois, le Covid, une déception sentimentale, le décès de ses parents à quelques mois d’écart… «J’étais dépité, j’ai fini à l’hôpital deux semaines. C’est là que je me suis vraiment lancé le défi.»

Un défi qui devient l’aventure d’une équipe. Pour le médical et le ravitaillement, Simon fait appel à Gabriel Zeller, son pote de toujours. Pour immortaliser le tout, il pense à Julien Dewarrat, l’ami qu’il a connu au club de trampoline, réalisateur indépendant, adepte comme lui de ski freestyle.

«Simon m’a appelé un mois avant le départ, se souvient le Chablaisien de Muraz, 29 ans. J’ai entendu son besoin de se lancer un défi et c’en est finalement devenu un pour les deux. De simples images, on a imaginé un vidéoclip de 5-10 minutes. Et c’est finalement devenu un film de 36 minutes. Mon premier, mon bébé. Entre les séquences de course, on explique le pourquoi de ce challenge.»

15 heures de course

Ce fameux samedi, le 15 octobre 2022, à 4h du matin, le ciel est dégagé, avec des étoiles par millions. «Je me souviens du silence», ajoute Julien, qui a suivi Simon à vélo, en jonglant avec ses deux caméras. «J’avais prévu un dispositif pour en accrocher une au porte-bagages, mais vu le délai, j’ai fini un peu à la der, ça n’a pas fonctionné et j’ai dû l’abandonner à Aigle.»

Simon, lui, commence à se demander s’il y arrivera. «Au début, j’avais cette question, que je me pose du reste souvent: <Qu’est-ce que je fous là?> On était les trois dans la nuit, moi avec ma cagoule, on aurait dit trois braqueurs de banque! Arrivés à Villeneuve, je n’avais plus aucun doute. J’ai retrouvé le lac, j’avais mentalement Nyon en ligne de mire.» Quinze heures après le départ, l’aventure se terminera bien, même si ailleurs que prévu…

Authentique

«Sans bornes» n’est pas encore visible pour le public, hormis pour les invités des deux avant-premières privées prévues prochainement à Nyon et Aigle. «On espère d’abord le faire projeter dans des festivals, reprend Julien Dewarrat. Il sera visible gratuitement sur Internet dans le courant de cette année.»

Son film ne vire jamais au documentaire sportif, ni même au clip de sensibilisation aux dangers de l’anorexie. «Le résultat se veut juste fidèle à ce que je suis, c’est un film authentique», résume Simon. «C’est juste l’histoire d’un gars qui s’est évadé, enchaîne Julien, qui se laisse porter par le courant. Une obsession qui devient un sport bénéfique. Une quête de rédemption.»

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