Chez les Perroud, la désalpe rassemble les amis

Un air de fête résonne devant la maison des Perroud avec la fanfare L’Edelweiss de Semsales.  |  J. Collet

Semsales
Chaque année, Véronique et Fabrice Perroud réunissent leurs proches autour d’une soupe de chalet. Reportage au cœur de cette tradition familiale, en marge des festivités officielles.

Il y a de la fébrilité dans l’air frais de ce samedi matin de début octobre. «Cela sent la soupe de choux», glisse une maman à son fils à la sortie du train. À Semsales, mieux vaut d’ailleurs privilégier les transports publics en cette journée de désalpe. Pour cette 43e édition, la foule est une nouvelle fois au rendez-vous. Sur la place de l’église, Charles Pittet, sculpteur sur bois, active avec précision sa tronçonneuse pour donner forme à une tête de vache. «C’est impressionnant, tu n’as pas droit à l’erreur», souffle une passante. 

Selon les bars, l’heure est au café ou à la bière. Il n’est pas encore 11h et déjà, il faut slalomer entre les chemises à motifs d’edelweiss, les poussettes et les groupes qui se croisent et se saluent, au milieu des 55 stands installés près de l’ancien clocher. L’occasion aussi, pour les candidats au Grand Conseil de tous les partis, de serrer des mains. 

Le tintement des cloches de la Dent de Lys donne le signal du premier passage. La foule se presse contre les barrières. Après 1h45 de marche depuis l’alpage «Les Moillettes», la famille Richoz défile pour la 28e fois aux côtés de ses vaches parées de fleurs en papier jaune et rose. Sept troupeaux se succéderont ainsi tout au long de l’après-midi, au gré des applaudissements.

Une maison en ébullition

Midi approche. Sous la tente de la cantine officielle, les tables ne désemplissent pas. À quelques pas de là, chez les Perroud, les six tables disposées devant la maison familiale accueillent peu à peu les premiers convives. Installés à Semsales depuis vingt ans, Véronique et Fabrice ont pris l’habitude d’accueillir chaque année leurs amis et connaissances à l’occasion de la désalpe.

Au service, on retrouve Christophe, le frère de Fabrice, ainsi que Jade et Nora, les deux filles du couple. Au rez-de-chaussée, la cuisine de l’appartement de la mère de Fabrice est en pleine effervescence depuis la veille. Une grande partie du vendredi après-midi a été consacrée à éplucher et couper les légumes, entre amis, pour préparer la soupe de chalet. 

Véronique enchaîne les allers-retours, son plateau chargé de verres de vin, de cuchaule tartinée de moutarde de Bénichon ou de bols de soupe fumante, à la belle couleur crème. «Dès midi, ça ne s’arrête plus», lance-t-elle, sourire aux lèvres.

Le goût du partage

Toute cette agitation attire également son lot de curieux, qu’il faut rediriger vers les stands officiels de la manifestation. Car au fil des éditions, le cercle des amis et connaissances venus partager ce moment chez les Perroud s’est agrandi. «Aujourd’hui, nous accueillons une équipe de la Fondation Eben-Hézer, qui accompagne des personnes vivant avec un handicap ou en perte d’autonomie. Ma fille Nora y travaille, alors elle a proposé à ses collègues et aux pensionnaires de venir partager ce moment avec nous», raconte Fabrice Perroud, par ailleurs membre du Conseil communal de Semsales (exécutif).

La famille est passée d’une cinquantaine de soupes servies les premières années à environ 150 aujourd’hui. «On prépare deux grosses casseroles de 30 litres de soupe de légumes», précise notre hôte. Le lait, la crème, ainsi que les autres ingrédients sont ajoutés à la dernière minute. 

Certains s’arrêtent simplement pour trinquer, d’autres passent prendre un café et un bricelet. En une journée, près de 200 amis et connaissances font ainsi halte rue de la Cotze. Pour Fabrice Perroud, l’essentiel est de pouvoir donner sans rien attendre en retour. «Surtout pas que les gens nous paient!», précise-t-il. 

Sur le coup de 15h, la fanfare L’Edelweiss s’arrête devant les invités pour jouer quelques morceaux. Le devant de la maison prend alors des airs de place de village. Cette tradition familiale contribue à créer de nouveaux liens et à renforcer ceux qui existent déjà. À l’image de la désalpe, qui a rassemblé 8’000 personnes le temps d’une journée. 

GALERIE