
Niché au cœur de sa vieille ville, Pully possède avec son Musée d’art un bel écrin pour la promotion des arts graphiques. Actuellement, son équipe consacre une exposition au virtuose soleurois Cuno Amiet (1868-1961) – figure majeure de l’art suisse du tournant du XXe siècle – en explorant son œuvre de paysagiste au prisme des quatre saisons.
«Cela faisait plus d’un quart de siècle qu’Amiet n’avait pas bénéficié d’une grande rétrospective en Suisse romande. Nous avons ressenti le besoin de le remettre en lumière dans cette partie du pays. Beaucoup de collectionneurs y ont adhéré et nous ont prêté leurs tableaux. Nous constatons qu’il y avait bel et bien un besoin pour le public, car l’exposition marche très bien», détaille la conservatrice Anne-Sophie Poirot.
Aux cimaises de l’institution, une soixantaine de peintures et de nombreuses œuvres sur papier – notamment issues de la collection du musée – retracent la richesse de son corpus. La sélection retenue est bien exposée dans des petites salles parfaitement éclairées. On circule aisément au cœur de cette belle ancienne maison vigneronne de la fin du XVIIIe siècle.
Amiet, peintre, mais aussi graveur et sculpteur, a eu une longévité artistique exceptionnelle, à l’instar de Picasso ou Chagall. Tout au long de ces sept décennies de création, la diversité des formes et des couleurs de la nature a été pour l’ami de Hodler, symboliste comme lui, une source inépuisable d’inspiration et le lieu d’expérimentations audacieuses.
Ce qui frappe, c’est l’universalité de la palette du virtuose. On ne peut le rattacher à un mouvement pictural en particulier. D’emblée, l’exposition interpelle à la faveur de ses tableaux post-impressionnistes; à la manière de Gauguin. Du reste, à l’âge de 24 ans seulement, après ses études à Munich et Paris, Amiet se rend à Pont-Aven (Bretagne) sur les traces du précurseur français. Il y découvre la peinture de Van Gogh. L’exposition montre son attachement au génie absolu hollandais.
Sa propre partition
Avant la trentaine, le Soleurois est connu et reconnu. Il expose notamment en 1905 à Dresde et fait la connaissance des jeunes peintres avant-gardistes qui créent l’expressionnisme au cœur du groupe artistique Die Brücke. Il est invité à l’intégrer, ce qu’il accepte. Le collectif emmené par Kirchner, qui favorisait plus le contenu que la forme, a révolutionné la représentation picturale.
Mais Amiet n’est pas un imitateur ou un suiveur, il crée sa propre partition. Sans fausse note. Au cœur de la rétrospective «Les Quatre saisons», qu’il peigne la floraison, les moissons ou la neige, il saisit les métamorphoses de la nature avec une liberté réinventée. La nature, qu’il observe et transpose presque quotidiennement depuis son jardin à Oschwand (BE), devient chez lui un langage aussi intime qu’universel.
Cuno Amiet a développé, en parallèle de son activité picturale, une pratique riche des arts graphiques. La déambulation au sein de l’exposition invite à découvrir deux cabinets consacrés à ses œuvres sur papier. Un ensemble de lithographies et d’aquarelles révèle la manière dont Amiet explore, sur le papier, les richesses chromatiques des saisons.
Plus d’infos: Cuno Amiet – Les Quatre saisons, jusqu’au 10 janvier 2027.
museedartdepully.ch/fr/accueil/
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