Edouard Curchod, l’œil de la région

David Bowie chez les Chaplin avec Oona, la femme de Charlie (deuxième à partir de la droite).  |  E. Curchod

Vevey
Le célèbre photographe veveysan sort une anthologie riche de plus de 400 clichés pris depuis six décennies. Portrait.

«Durant ma vie politique, j’ai eu l’occasion d’inaugurer de nombreux événements et de faire l’éloge de personnalités de notre ville qui avaient mérité. Je crois qu’Édouard Curchod est la personne qui a laissé la plus forte empreinte sur notre cité.» Ce laudatio a été prononcé la semaine dernière par Yves Christen, ancien syndic de Vevey.   

Cet hommage appuyé de l’ex-président du Conseil national a été rendu au Musée historique de Vevey lors du vernissage du premier livre du photographe, qui, durant 60 ans, a immortalisé les vedettes comme les anonymes de la région. Intitulé Argentique. Photos, reportages, collections, il «résume» en plus de 400 photos, toutes commentées par l’auteur, la carrière du Veveysan avant l’avènement du numérique, soit de 1966 à 2001. Un deuxième opus verra le jour en 2028 pour compléter son parcours. 

De photographe… 

Eh oui, cela fait 60 ans, depuis son apprentissage débuté à 15 ans chez Favez, place de la Gare, qu’Edouard déambule dans les rues de Vevey et bien plus loin alentour, flanqué d’appareils photo et d’imposants objectifs. Reconnaissable immédiatement par sa stature conjuguée à ses cheveux longs et sa barbe, telle la neige immaculée, le reporter est omniprésent dans la vie des gens.  

D’un flegme olympien, bonhomme, empathique, ce professionnel a toujours su se fondre dans le décor. Il a, sans distinction, pris en photo «des familles ayant tout perdu dans l’incendie de leur maison à la loge de Miles Davis, du mariage des enfants Chaplin au Manoir de Ban à une soirée des accordéonistes de L’Alouette». 

Né en 1951, Curchod rêvait de devenir archéologue, «égyptologue même». «Mes cahiers étaient couverts de dessins de hiéroglyphes.» Mais la réalité rattrape le jeune Vaudois sous la tutelle de son professeur de secondaire Claude Forney, qui lui transmet le virus de la photo. Son mentor créera à Vevey le Musée suisse de l’appareil photographique. Après une formation de photolithographie à Bienne, sa passion, sa technique sans faille, son sens de l’image et du reportage lui ouvrent les portes de L’Illustré. Il devient le premier chef photo de l’hebdomadaire. Un lustre plus tard, Curchod décide d’œuvrer en reporter de presse indépendant, ouvrant son premier studio dans la Ville d’Images.  

Il magnifie grâce à ses photos les pages, notamment sportives, de la Feuille d’Avis de Vevey. «C’est ainsi que j’avais des contacts avec tous les gens de la région.» Il mitraille à tout-va, omniprésent sur tous les rendez-vous à l’agenda de la région. Il officie plusieurs décennies comme indépendant pour 24heures, à qui il offre scoop sur scoop. Il a été le seul par exemple a immortalisé Prince après son premier concert à Montreux. 

Le festival de jazz fait d’ailleurs partie intégrante de la vie et l’œuvre d’Edouard. «J’ai adoré photographier les concerts. Le public était debout, dansait, chantait avec les artistes. Je pouvais prendre toutes les images au rythme de la musique, me déplacer pour avoir le bon angle et partager ces moments de bonheur avec les spectateurs.»  

… à archiviste

Edouard Curchod n’est pas qu’un grand photographe, ce serait trop banal. Dès son passage à L’Illustré, le Veveysan a compris l’intérêt majeur de conserver et archiver les images et le matériel photographique. Son fonds d’images, de calotypes, de plaques sur verre, journaux, documents, photos confiées par des particuliers et des institutions dépassent le million d’unités! Comme beaucoup le définissent, il est la «mémoire de la région». 

Époux, père de deux garçons et grand-père comblé de deux fillettes, Edouard Curchod porte un regard éclairé sur son métier. «Je l’ai toujours fait en restant moi-même, avec le même respect pour les personnes rencontrées et le désir de réussir l’image qui les inscrit durablement dans leur Histoire. Ce livre reflète et témoigne d’une époque, tout en laissant à l’avenir le soin de mesurer l’importance de chaque image.» 

Argentique. Photos, reportages, collections Édouard Curchod. Editions Call me Edouard. 376 pages, 49 francs. En vente chez l’éditeur et l’auteur, à la Villa «Le Lac» Le Corbusier, au Musée historique de Vevey, en librairie.

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