
Une cadence exigeante attend le groupe ELÆNA au Caveau des vignerons (de g. à dr.: Yoann Maeder, Natan Niddam, Damien Sigrand). | Luthor Photography
Se frayer un chemin dans les caveaux du Cully Jazz Festival relève presque du défi. Mais pour ceux qui parviennent à s’y glisser, l’expérience est saisissante. Les mélomanes affluent, les sonorités jaillissent de toutes parts, le tout dans une atmosphère intimiste. Le Caveau des vignerons, lieu incontournable du festival, cultive cette intensité. C’est là que le trio ELÆNA prendra ses quartiers.
Dès le 10 avril prochain, un véritable marathon les attend. Les jeunes musiciens joueront huit soirs de suite, presque non-stop, de 21h à 3h du matin. Une cadence exigeante, reflet d’une reconnaissance précieuse. Car ici, la place se mérite. Les groupes s’y installent souvent pour une décennie, à l’image du quartet Kuma. «Ils nous ont entendus jouer au caveau d’à côté et nous ont proposé de reprendre celui-ci. C’est un honneur», confie le guitariste Yoann Maeder.
Une émotion partagée par ses acolytes. «On est amoureux de cet endroit, c’est le nerf du festival. On espère y rester aussi dix ans», glisse Natan Niddam, claviériste et chanteur. Et l’ancrage local du trio renforce encore cette histoire. Yoann Maeder, notamment producteur, a grandi à quelques pas de là. «J’y venais avec ma famille depuis petit. C’était mon rêve de jouer ici.»
À ses côtés, Natan Niddam, originaire de Lutry, et le Montreusien Damien Sigrand à la batterie. Tous ont fait leurs armes et gammes à la Haute école de musique de Lausanne et ont fusionné en 2021 sous ELÆNA. Depuis, leur complicité musicale s’impose. «Pour nous, c’est un terrain créatif fou. Le festival nous donne carte blanche, c’est la preuve d’une confiance totale», se réjouit le groupe.
Singularité toute trouvée
Sur la scène du caveau, ELÆNA ouvre chaque soir avec leurs compositions – à la croisée du jazz et de la pop alternative – toujours agrémentées d’improvisation. Fort d’un premier EP «Meanings» (2021), suivi de «Birds Whispers Pt. 1» (2024), le trio revendique un univers hybride. «Des notes de Radiohead et une liberté à la Robert Glasper, mélangées à une évasion magique à la Jordan Rakei.» Passé minuit, le groupe ouvre la scène du caveau au public. «Ce que l’on souhaite défendre dans la culture de la jam session, c’est cette écoute musicale, une attention à chaque instrument», glisse le Culliéran. Cette année, les performances seront captées pour donner naissance à un album live.
L’ancrage local, l’aspect intimiste et l’exigence musicale, font, selon eux, la singularité du festival. «C’est unique en Europe comme opportunité. C’est rare qu’un concert d’improvisation jazz affiche complet tous les soirs», s’enthousiasme le guitariste. «Chaque soir, il y a des moments suspendus, presque de grâce!», ajoute Natan Niddam.
Malgré cette consécration, la réalité du métier reste fragile. «C’est précaire. On rêverait d’avoir un statut d’intermittent du spectacle en Suisse. Un jour, peut-être?», conclut le trio avant de retourner à leurs répétitions.
