
Philippe Gex a fondé un club de soutien à la conseillère d’État, Valérie Dittli, qui compte quelque 600 membres. | NB
La lumière, Philippe Gex l’apprécie lorsqu’elle irradie la vigne et en mûrit les grains. «Pour le reste, ajoute-t-il avec le regard droit et malicieux qui le caractérise, je ne recherche que l’ombre.»
Celle de son carnotzet en particulier, où l’ancien syndic PLR d’Yvorne, 68 ans, se plaît inlassablement à réunir une part de son immense réseau autour d’une bonne bouteille de Pierre Latine ou dans les volutes d’un cigare de qualité. «C’est une forme de thérapie.»
Dans une ambiance d’alcôve, des personnalités de tous bords y défilent, sans que le maître des lieux n’étale de noms, et encore moins les sujets de conversation. La discrétion au-dessus de tout, dans un mélange de convivialité et de réseautage de standing.
Sorti de ses gonds
Exception notoire, la colère a pris le pas sur son sacrosaint principe de réserve au printemps 2025, lors de la fameuse conférence de presse dite «des lunettes noires», en l’occurrence celles de Valérie Dittli. Devant les caméras, sur fond d’enquête externe et de critiques sur sa gestion, les Finances sont retirées à la ministre et la fracture avec le reste de l’Exécutif est apparue patente.
Devant sa télévision, Philippe Gex est outré. «Quand j’ai vu que le Canton se comportait comme ça, je n’y ai pas réfléchi une seconde. Je la connaissais peu ou pas, mais je l’ai appelée et lui ai dit que j’allais lui donner un coup de main.» Et ce libéral pure souche de jeter sa carte PLR dans la foulée.
Depuis, parmi ceux qui ont franchi la porte de son carnotzet, il en est plusieurs qui comptent parmi les 600 personnes qu’il a fédérées au sein d’un club de soutien à la conseillère d’État, jusqu’ici et plus encore lors de sa campagne de réélection à venir, elle qui a annoncé son programme ces derniers jours sous sa nouvelle bannière Mouvement libéral.
«Le vrai luxe?
Pouvoir dire non»
Malgré ce coup de tonnerre dans un ciel bleu, Philippe Gex ne déroge pas à sa ligne, celle de lever le pied progressivement, en continuant à parfaire sa définition personnelle du luxe: «Pouvoir dire non, c’est ça la vraie richesse, même si j’ai adoré tout ce que j’ai fait, précise le gouverneur de la Confrérie du Guillon jusqu’en 2012, syndic jusqu’en 2015, ancien président de Terravin ou encore juge délégué au Tribunal des mineurs. Aujourd’hui, j’avance pas à pas.»
À l’échelle de la société Tilleul SA, qu’il co-dirige depuis 2017 pour gérer le domaine Pierre Latine, cela équivaut à renouveler les baux de cinq ans en cinq ans. À ses côtés, son associé et ami de longue date André Hoffmann. Ni plus ni moins que le descendant des fondateurs du groupe pharmaceutique Roche, passionné de vin.
Jusqu’ici, le choix de devenir simple employé de l’entreprise le comble. «C’est vivant. Pouvoir échanger, convaincre de nouveaux clients, livrer à Chavornay, boire le café avec le patron… Même si le contexte de la viticulture est plus laborieux qu’autrefois, notre domaine s’en sort bien, mieux que l’an dernier paradoxalement. Mais si ça marche, c’est en partie parce que je suis vieux, que cela ne m’ennuie pas de livrer le week-end, que je bosse beaucoup. Mais quand on aime…»
Une vision
Avec André Hoffmann, il ne s’est pas moins lancé dans une nouvelle aventure en 2019. Baptisée Yvorne Grandeur Nature, la démarche, qui réunit près de 90% des surfaces viticoles de la commune, ambitionne de faire de l’appellation un modèle de viticulture durable. Car si le vin suisse veut sortir de la crise, il doit s’efforcer d’évoluer, selon le vigneron.
Pour ce dernier, il ne fait en outre pas un pli que le salut se jouera en partie sous d’autres latitudes. «Même si on ne parle que de quelques pourcents de notre production, il faudra réussir à l’exporter en plus grand nombre vers de grands pays, notamment en Asie.» Lui-même s’est adjoint les services d’un importateur à New York et exporte au Japon. «Et pourquoi pas un Chasselas vaudois de grande qualité avec le Matterhorn sur l’étiquette? Je suis sûr qu’au Japon, ça cartonnerait!»
Philippe Gex avoue même «être tenté de lancer un vin sans alcool, puisque les gens ne boivent plus, de surcroît les jeunes.» Et de suggérer à ces derniers: «Et s’ils revenaient à une bonne Syrah au carnotzet plutôt que d’enchaîner les Red Bull sur le trottoir?» Le carnotzet, encore et toujours.
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