«Il faut renforcer leurs statuts professionnels»

370 enfants sont aujourd’hui accueillis par les 38 accueillantes de l’AFJV en Veveyse.  | DR

Accueil de jour
L’Association d’accueil familial de jour du district de la Veveyse fête ses 35 ans. Sa directrice, Laeticia Gliottone, revient sur l’évolution du métier et ses défis.

Depuis 35 ans, l’Association d’accueil familial de jour du district de la Veveyse (AFJV) répond aux besoins des familles en proposant une solution de garde complémentaire aux crèches et structures extrascolaires. Aujourd’hui, 38 mamans de jour agréées prennent en charge 370 enfants issus de 260 familles, âgés de 3 mois à la fin de la 8H, directement à leur domicile.

Laeticia Gliottone, comment l’AFJV a-t-elle évolué en 35 ans?

– Créée en 1991 à l’initiative de parents et de mamans de jour, l’AFJV s’est progressivement professionnalisée. Les accueillantes suivent aujourd’hui une formation de base obligatoire de 65 heures, complétée par de la formation continue et un suivi régulier. Leur activité est également encadrée et surveillée par l’association sur mandat du Service de l’enfance et de la jeunesse.

Qui sont les accueillantes en milieu familial?

– En Veveyse, les 38 accueillantes sont actuellement toutes des femmes, même si le métier est ouvert aux hommes. Pour beaucoup, cette activité leur permet d’exercer une profession dans le domaine de l’enfance tout en ayant la possibilité de rester auprès de leurs propres enfants. Côté organisation, une accueillante peut garder jusqu’à quatre enfants d’âge préscolaire et quatre enfants scolarisés, ses propres enfants étant compris dans ce quota. De plus en plus d’accueillantes ont aussi une formation dans le domaine de la petite enfance, notamment comme éducatrices de l’enfance ou sociales.

À quels défis sont-elles confrontées?

– Le principal défi est de gérer au quotidien des enfants d’âges et aux besoins différents, souvent sans collègue ou relais à proximité. Cette charge peut parfois pousser certaines accueillantes à changer de métier ou à (re)découvrir le travail en crèche ou en accueil extrascolaire. Mais l’accueil familial offre aussi une grande autonomie, très appréciée.

Et la relation avec les parents?

– C’est une part importante du métier. Il faut créer un lien de confiance, les rassurer, notamment au début de l’accueil, et maintenir une bonne communication tout au long de la prise en charge. C’est un vrai défi, d’autant que les accueillantes sont seules au quotidien. Cette confiance doit être réciproque. Lorsqu’un parent confie son enfant le matin, il est important que l’accueillante sente elle aussi que le parent lui fait confiance. C’est un aspect auquel elles sont très sensibles.

L’AFJV accueille des enfants de 3 mois à la fin de la 8H. Comment s’adapter à leurs besoins?

– Les accueillantes proposent un cadre stimulant, adapté à l’âge de chaque enfant, en alternant activités accompagnées, jeux libres et sorties à l’extérieur. Dessin, bricolage ou jeux de société favorisent les apprentissages, tandis que le jeu libre développe l’autonomie, l’imagination et les interactions avec les autres. Les sorties permettent enfin de bouger, d’explorer et de se dépenser.

Aujourd’hui, l’AFJV accueille 370 enfants issus de 260 familles. Que révèlent ces chiffres sur les besoins des familles dans le district?

– La Veveyse connaît une forte dynamique démographique et attire de nombreux nouveaux habitants. Beaucoup de ces nouveaux arrivants n’ont pas de proches dans la région pour les aider au quotidien et dépendent donc des solutions de garde professionnelles pour pouvoir travailler. Selon une étude réalisée par Microgis en 2024, 85,5% des enfants en Veveyse ont un besoin d’accueil lié à la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle. Il s’agit de la proportion la plus élevée du canton, contre 83,7% en moyenne. La demande en solutions de garde est donc particulièrement forte dans le district.

Quels sont les enjeux pour l’avenir?

– L’un des enjeux majeurs sera de renforcer le statut professionnel de ce métier et les conditions salariales des accueillantes. Nous les considérons comme de véritables professionnelles de la petite enfance, mais leur statut reste encore fragile. Elles ne bénéficient notamment pas d’un salaire minimum garanti chaque mois.