«Je mets deux fois plus de temps pour faire mes courses»

Stéphane Krebs, à Blonay dans le jardin de son enfance, période durant laquelle il a développé un lien fort avec la nature.   | R. Brousoz

Apprentis syndics
Le nouvel édile à la tête de Blonay-Saint-Légier met un point d’honneur à laisser ses oreilles à portée de ses concitoyens. Pour ce quatrième et dernier épisode de notre série, rencontre avec un curieux de tout, habitué aux changements de costume.

On a pu l’apercevoir sur la place Saint-Pierre de Rome, en uniforme de Cent-Suisse serrant la main du pape François. Ou dans l’émission «Les Beaux Parleurs» pour présenter son dernier ouvrage intitulé «L’arbre, modèle de civilisation». Au micro, il avait notamment témoigné de la «plénitude» qu’il ressent lorsqu’il étreint un tronc d’arbre. Et dans un registre plus feutré, on pourrait aussi le croiser dans les bureaux du Centre Patronal, qu’il préside depuis cinq ans.

Mais pour le coup, c’est au quartier général de son entreprise de paysagisme qu’on a rencontré Stéphane Krebs, tout frais syndic de Blonay-Saint-Légier. Sur la terrasse de ce qui a été sa maison d’enfance, à Blonay, il nous accueille à l’heure du café, vêtu d’une chemise à fleurs. Un atour coloré devenu presque indissociable du personnage, également admirateur des orchidées sauvages. «À certaines occasions, il faut porter une chemise blanche. Alors je me rattrape avec la cravate!», sourit ce père de deux grands enfants, qui a aussi revêtu le camouflage militaire jusqu’au grade de colonel. 

Et depuis un mois donc, ce caméléon curieux de tout et qui «n’aime pas s’ennuyer» endosse la syndicature de cette commune de plus de 12’000 habitants, fusionnée en 2022. Malgré qu’elle soit assez peuplée pour mériter ce qualificatif, n’allez surtout pas lui parler de «ville». «Il s’agit d’un double village et de ses hameaux», recadre-t-il, soucieux de préserver les différents ADN qui la composent.

Le pari du sans-parti   

Cette fonction de syndic? On ne va pas dire qu’il y pensait en se rasant, pour reprendre la célèbre formule de Nicolas Sarkozy. «Je ne me suis jamais projeté, même pour le poste de municipal», confie le Blonaysan de 54 ans qui a été conseiller communal durant 18 ans. «Mais on m’a toujours sollicité pour que je me lance.» Un pas qu’il a franchi en mars. Avec succès, puisqu’il est arrivé en tête du premier tour.

Particularité: c’est en «candidat autonome» que Stéphane Krebs a fait la course. «C’était un peu audacieux, mais finalement je crois que ça a répondu à des attentes. Certaines personnes engagées dans la commune m’ont d’ailleurs confié que c’était cool parce que je ne devrais rien à personne. On me l’a presque dit sur un ton d’espoir.» Les partis politiques, il n’est pas contre. «Mais je refuse d’y adhérer. Il y a de bonnes idées partout.»

À l’écoute du trottoir

Depuis son élection, les idées, il tient à les cueillir directement dans la rue. «J’aime bien me rendre à pied à la Maison de Commune, dit-il. Les gens m’arrêtent, me font des remarques, me parlent de tel ou tel problème.» Un contact essentiel à ses yeux. «Même si je mets deux fois plus de temps pour faire mes courses!» De ces échanges, le syndic retire des possibilités «d’améliorations» pour sa commune. Et à voir les nombreuses suggestions déjà listées sur son natel, il y aura de quoi faire.    

Son credo? Mettre tout le monde autour de la table, écouter et chercher à concilier les intérêts. «Je pense que les décisions qui en résultent sont plus justes. Les échecs sont souvent liés à un manque d’information.»

Et pour s’aérer l’esprit, le quinquagénaire peut toujours compter sur une balade dans la nature, avec laquelle il dit avoir une «connexion importante». «Même une simple randonnée aux Pléiades est une sorte de voyage, s’enthousiasme-t-il. On peut y découvrir des arbres incroyables, des souches immortelles.» Et depuis peu, des syndics à chemise fleurie.