La chaleur de Satom peut franchir le Rhône

En présence de nombreux officiels, la fin du percement du tunnel sous le Rhône prévu pour les canalisations du chauffage à distance de Satom a été inauguré.  | Bylucadevita-Satom

Monthey-Ollon
Une pièce maîtresse du dispositif, soit le passage sous le fleuve, a été inaugurée pour que l’énergie produite par l’usine de valorisation de déchets se déverse dans les ménages du Chablais. Mais quand?

L’«épine dorsale» du chauffage à distance de Satom a été inaugurée jeudi dernier en présence de nombreux officiels et élus communaux et cantonaux. Ce tunnel de 215 mètres, creusé à 6-8 mètres sous le Rhône entre Illarsaz et Saint-Triphon, sera une pièce maîtresse du réseau de chauffage à distance en voie d’être développé par la société SatoCAD à travers le Chablais ces prochaines années. Celui-ci permettrait de contribuer à décarboner la région en proposant une source d’énergie non fossile.

Défi technique

Le «tunnelier», comme on dit dans le jargon, 1,6 mètre de diamètre, accueillera les tubes qui conduiront la chaleur produite par l’usine de valorisation des déchets de Monthey vers des habitations, comme c’est déjà le cas, progressivement depuis 2011, pour 630 bâtiments de Collombey-Muraz et Monthey. La galerie verra également passer des infrastructures destinées à l’approvisionnement électrique de Romande Energie et une conduite de réserve d’eau potable.

Le chantier sous le Rhône, entamé il y a une année, a amené «Solène» – le prénom attribué au foreur d’Implenia – à grignoter la roche sous le fleuve à raison de 7-8 mètres par jour le printemps dernier, en évitant les nappes phréatiques et autres obstacles. «D’un point de vue technique, c’était la partie la plus complexe du dispositif du CAD, explique Daniel Baillifard, directeur de Satom. La préparation du chantier a été bien plus longue que le forage. Il a fallu en outre prévoir une longueur suffisante pour être hors emprise de la troisième correction du Rhône, et éviter ainsi de devoir suspendre le futur chauffage à distance quand la R3 sera effectuée dans le secteur.»

Le forage en tant que tel a pour sa part duré «30 jours et 30 nuits non-stop entre avril et mai», précise Fabien Kuchler, directeur chez SatoCAD.

Déploiement en trois phases

Trois phases de développement sont en cours ou prévues dans le Chablais valdo-valaisan ces prochaines années, où le potentiel a été confirmé par une étude de 2020-21: 86% des ménages s’y chauffent à l’énergie fossile.

La première étape est en bonne voie à Aigle, où les travaux au centre-ville ont été effectués. «Il nous reste quand même encore 2 à 3 ans de travail pour finir le raccordement, entre Monthey et Illarsaz et, côté Vaud, le segment STEP intercommunale-route d’Evian», reprend Daniel Baillifard. Un système provisoire permet toutefois déjà d’alimenter l’Hôtel de Ville.

Deuxième phase, direction Ollon. «Ollon est dans le viseur, mais le dossier reste lié au data center planifié dans la carrière des Andonces, à Saint-Triphon (lire également en page 13). S’il se concrétise, nous effectuerons une boucle par Saint-Triphon. La synthèse et la validation des services de l’État nous sont revenues, nous attendons maintenant que la Commune lève les oppositions au data center et délivre un permis de construire.»

Troisième phase: Bex-Massongex-Saint-Maurice. «La mise à l’enquête du tracé est prévue pour la fin de l’année. Nous travaillons sur le financement. Pour l’entier du Chablais, on parle tout de même de 200 à 300 millions d’investissements.»

Dès lors, face à l’urgence climatique et l’impatience des ménages, à quelle échéance le directeur imagine-t-il un raccordement complet du Chablais? «Si j’écoute les souhaits des politiques et des particuliers, dans 2 à 3 ans… Pour ma part, si tout est raccordé d’ici à 10-12 ans, on pourra parler de succès.»

À terme, Satom, dont l’actionnariat est 100% public (40 Communes valaisannes et vaudoises), prévoit de distribuer jusqu’à 300 GWh de chaleur exempte de CO2 par an à plus de 2’000 bâtiments.

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