«La lecture m’a sauvé la vie!»

La marraine de cette troisième édition de Portalivres est Martina Chyba, qui veut défendre la lecture et les livres à l’ère de l’intelligence artificielle.  | Philippe Christin

Attalens
Des rencontres avec 25 auteurs et autrices de Suisse romande et une conférence sur la résistance à l’IA: la journée littéraire Portalivres revient le 8 novembre. Entretien avec la marraine de cette troisième édition, la journaliste et écrivaine Martina Chyba.

Il y a encore quelques mois, Martina Chyba ne connaissait pas les Portalivres. Invitée par les organisateurs en tant qu’autrice à la suite de la sortie de son livre Un rendez-vous particulier, elle s’est renseignée, a trouvé le concept «chouette», leur a dit oui. Et s’est finalement retrouvée marraine de cette édition 2026.

Quel est votre rôle en tant que marraine?

– De donner de la visibilité à une manifestation comme celle-ci. C’est un rôle que je prends volontiers, comme je suis une grande défenseuse du livre et de la lecture. On a besoin d’événements littéraires, un acte de résistance contre l’IA! C’est d’ailleurs le thème de cette année, car être marraine, c’est aussi porter un discours…

Ce discours, ce sera?

– L’IA m’inquiète beaucoup. Je ne dis pas qu’il faut revenir en arrière, mais juste laisser ces machines à leur place d’outils, et garder notre souveraineté intellectuelle et mentale. À part ça, en tant que marraine, j’ai aussi envie de mettre une bonne ambiance en cette période de novembre assez fatigante.

Vous participerez à un débat sur l’IA, animé par la Radio NRV du Cycle d’orientation de Châtel-Saint-Denis. Pourquoi est-ce
important pour vous?

– Je trouve très important qu’on échange entre générations, parce que nos regards sont forcément différents. Quand j’ai commencé en 1989 à la RTS, il n’y avait pas d’ordinateurs, c’était crayon et papier, et on tapait à la machine… On a dû faire un chemin gigantesque, alors que les jeunes n’ont connu que le numérique.

En tant que «vieille», vous avez encore des choses à leur transmettre?

– Plus sur mon métier tel qu’il était, mais j’ai donné par exemple beaucoup de cours d’antenne, pour apprendre à gérer le stress, le trac, à être soi-même, ou à faire passer des émotions. Des notions dont les jeunes sont très demandeurs. On a donc plein de choses à leur transmettre, mais il y a un ajustement à faire, et il faut veiller à ne pas se recroqueviller dans la position du vieux con un peu technophobe!

Quel est votre rapport à la lecture?

– La lecture m’a sauvé la vie! Quand j’avais 14 ans, j’étais une ado assez torturée, et j’ai découvert Zola. Ça m’a procuré un tel plaisir, de telles émotions que je me suis dit: je vais peut-être devenir prof de lettres, étudier la littérature, en tout cas lire et lire encore. Aujourd’hui, à l’âge de la retraite, la lecture redevient centrale pour moi. Je ne suis ni médecin ni neuropsy, mais je pense que cela active quelque chose d’essentiel dans le cerveau. Pour autant que les livres soient écrits avec le cœur, les tripes et les couilles, et tout ce qui fait la pâte humaine!

Quels sont vos projets pour votre pré-retraite?

– Continuer les chroniques pour différents journaux, car j’adore ça. Mon précédent ouvrage, Rendez-vous, va être porté à l’écran par Point Prod. En parallèle je travaille à son adaptation théâtrale, et j’ai également en projet un troisième et dernier «rendez-vous», un chouette défi pour 2027. Dans l’immédiat, je vais vernir aux Portalivres le conte Un Noël en chocolat. Et je compte bien amener les brownies du livre pour les faire déguster!