La Veveyse, terre de médecins

Le soleil brille sur le RSSV et son directeur Renaud Gauderon. Leur stratégie a fonctionné pour attirer les spécialistes.  | B. Fellay

Santé
Le Réseau santé et social de la Veveyse (RSSV) a su convaincre de nombreux spécialistes de pratiquer dans le district. Le fruit d’une volonté politique, depuis la disparition de l’hôpital de Châtel-Saint-Denis.

«Cette fois, nos locaux sont pleins de chez pleins!», sourit Renaud Gauderon, directeur général du RSSV. Depuis le 1er janvier, la doctoresse Patricia Gilet a pris ses quartiers dans la structure de Châtel-Saint-Denis. Car y ouvrir son cabinet est devenu attractif.

Pour preuve, c’est l’endocrino-diabétologue elle-même qui s’est manifestée pour la rejoindre. «Ici, je suis proche de chez moi et je peux pratiquer l’entièreté de ma spécialisation, ce qui n’est pas toujours le cas à l’hôpital», explique celle qui s’est installée à Attalens avec sa famille. Elle rejoint ainsi les six généralistes et la vingtaine de spécialistes actifs au sein du réseau.

Le luxe de choisir ses spécialistes

Avant l’arrivée de la doctoresse, les locaux à louer étaient déjà tous occupés. Mais le RSSV est parvenu à lui trouver une place en réorganisant les espaces à disposition. «L’intérêt d’avoir une endocrino-diabétologue dans la région était prépondérant, explique Renaud Gauderon, qui est justement en train de finaliser un rapport sur les futurs besoins du district en termes d’offre médicale. On sait que les problèmes de diabète vont être en augmentation avec le vieillissement de la population.» Or, pour l’heure, très peu de diabétologues sont installés dans le canton et tous se trouvent en ville de Fribourg.

Ces projections sont précieuses, surtout quand la place est devenue limitée et que l’on ne peut pas promettre de cabinets aux spécialistes qui le souhaiteraient. Un processus de sélection a donc été mis en place. Le comité directeur du RSSV, composé d’élus des neuf Communes du district, chapeaute les décisions.

Quant à la gestion des locaux, une commission «immeubles» travaille de concert avec la commission santé, chargée d’identifier les besoins prioritaires. À moyen terme, la Veveyse serait par exemple très enthousiaste à trouver un cardiologue et un dermatologue. Les synergies possibles sont également analysées entre spécialistes et généralistes, afin d’optimiser les transports de patients. Et puis certaines arrivées laissent envisager d’autres développements au sein du district. Dernier exemple en date: celle de la doctoresse Gilet qui a attiré l’Association Diabètefribourg à Châtel-Saint-Denis.

Région médicalement attractive

Aujourd’hui, le directeur général du réseau est satisfait. La structure parvient, à son échelle, à contrebalancer les fuites de prestations vers le canton de Vaud voisin. «Il est important que notre population ait accès à ces soins proches de chez elle, surtout les personnes à mobilité réduite.» Et de souligner le rôle prépondérant des Communes, qui investissent dans les soins.

Car il y a peu, le RSSV devait encore convaincre les spécialistes de s’y installer. En 2010, quand l’hôpital quitte Châtel-Saint-Denis, les Communes du district rachètent les murs pour 1 franc symbolique. Elles permettent ainsi à des généralistes d’y travailler pour conserver une offre médicale dynamique au cœur de la ville.

Au fil des années, les premiers spécialistes sont arrivés, grâce aux réseaux de soignants et de dirigeants. «Il y a eu un effet boule de neige. On vendait la Veveyse comme un lieu où il fait bon vivre, explique Renaud Gauderon. On a également su mettre en avant l’intérêt économique de s’installer ici. Le bassin de patientèle est en effet intéressant.»

Manque chronique de généralistes

Seule ombre au tableau, les médecins généralistes se font rares. Si le mal est national, une étude de la RTS datant de janvier 2024 montre que la Veveyse fait partie des régions les plus atteintes. Renaud Gauderon a lui-même constaté la difficulté à attirer de nouveaux médecins de famille. «Quand l’une des généralistes a quitté nos locaux, cela a pris environ quatre mois pour la remplacer.» Il n’y a pour l’heure pas de stratégie établie pour en attirer davantage.

Ils sont actuellement 14 médecins généralistes à être installés en Veveyse. Tous ne travaillent pas à 100%. Selon les recommandations de l’OMS et de l’OCDE, il faudrait au moins 22 généralistes à temps plein pour couvrir le district.

Organiser les soins en réseau

Le Réseau santé et social de la Veveyse (RSSV) compte aujourd’hui plus de 330 employés et dispose d’un budget de fonctionnement de 34 millions de francs. Outre la location des locaux à des médecins et autres professions du secteur des soins, le réseau couvre le fonctionnement des deux EMS, des soins à domicile, les services de consultation pour la petite enfance, le service des curatelles et le service social. Les Communes financent l’ensemble des frais hors soins, 70% des frais de soins à domicile et 55% des coûts de soins dans les EMS; le reste est à la charge du Canton.