
«Les Passagers de Vent». Une foule en migration réalisée il y a vingt ans… et toujours actuelle. | C. Aymon
Christine Aymon est une artiste rare. De celles dont l’âme, flottant au-dessus du monde, nous en conte les abîmes et les élans avec une lucidité confinant au sublime. À 70 ans passés et avec plus d’un demi-siècle de carrière derrière elle – un superbe livre-objet, «L’œil sur le seuil», célébrait ce cap en 2021 – la plasticienne de Vérossaz n’a rien perdu de la pertinence de son regard sur notre humanité.
Depuis trois ans, de son nid d’aigle dominant la plaine où elle vit avec son mari Lilo, enseignant à la retraite et musicien, elle peaufine une exposition-fleuve qui mêlera dès fin août, sur 1’200 mètres carrés et deux lieux – l’Espace culturel Condor à Courfaivre et la Galerie du Passage à Moutier – pas moins de 160 œuvres, entre installations monumentales, immersives et participatives, sculptures, peintures, dessins et audiovisuel.
Le visiteur au centre du tableau
De figurines de quelques centimètres à un impressionnant arbre reconstitué de 6,50 mètres, l’artiste qui a fait du bois le matériau privilégié de sa narration racontera dans le Jura sept chapitres d’une histoire – la nôtre – allant du merveilleux de l’enfance au questionnement sur le futur possible. «L’art pour moi doit être un chemin intérieur, il doit interroger, nous dit-elle. L’art, c’est un cadeau que la personne se fait à elle-même. Moi, je propose, et après les gens sont responsables de ce qu’ils vont recevoir ou ne pas recevoir.»
Chez Christine Aymon, le visiteur est ainsi partie prenante de l’œuvre, qu’il habite, traverse, nourrit, y apposant son ressenti et son vécu en temps réel. «J’aime que l’espace de l’exposition devienne tableau et que les gens y participent; l’ensemble est un théâtre.» À l’ancienne usine Condor, qui regroupera les six premiers chapitres de cette double exposition sous le titre «Promenons-nous dans les bois…», les visiteurs interviendront ainsi directement sur un dessin au sol, peignant une fresque géante – des personnages dans les vagues, qui courent. «Cette tache de couleur grandira, débordera; et tu pourras changer le monde, en recomposer ce que tu veux.»
Au chevet de notre époque
Car Christine Aymon n’aime rien tant qu’ouvrir en grand l’éventail des interprétations possibles, oscillant dans son travail entre moments de poésie naïve et instants plus sombres, où se mêlent bouleversements intimes, guerres et défis sociaux. «Sous l’influence du climat et des conflits, nous assistons à une intensification, voire un retour de mouvement, de transhumance humaine, explique-t-elle dans une fiche de présentation de sa future exposition. De chasseurs-cueilleurs à sédentaires, nous sommes appelés à bouger à nouveau. Les installations que je propose obligent au déplacement, racontent symboliquement et physiquement, à travers notre corps et notre âme, ces parcours, ces errances, ces espoirs humains.»
En phase avec son époque, la plasticienne d’origine genevoise – elle y née et y a reçu son diplôme de l’École supérieure d’art visuel – revisite continuellement son propre travail, mettant ou remettant en scène ses personnages atemporels qui sont devenus l’une de ses marques de fabrique et qui vibrent, à l’image des marbres de Rodin, d’une impressionnante pulsion de vie. Ainsi, parmi tant d’autres, des «Passagers de Vent», groupe en mouvement réalisés en 2004-2005 pour «des histoires de migrants», explique-t-elle. Une œuvre dans laquelle «certains ont vu des anges, d’autres Auschwitz». Encore une fois, Christine Aymon aime que chacun se fasse son propre chemin à travers ses œuvres. «Je déteste les gens qui croient avoir la vérité et te l’assènent.»
Quid de sa vérité, justement? «Je suis une fausse pessimiste, sourit-elle presque imperceptiblement. Tout ça, c’est comme de la mauvaise herbe: tu te fais aplatir, mais ça repousse quand même. Ça va toujours vers la lumière.» Et comme elle le souligne, si le propos se teinte de politique et d’écologie, «l’exposition, elle, reste un acte poétique».
Double exposition du 23 août au 19 octobre 2025. «Promenons-nous dans les bois…», Espace culturel Condor, Courfaivre (JU),
vernissage le 23 août dès 17h. «Sauvage intérieur», Galerie du Passage, Moutier; vernissage le 22 août dès 18h30.
Le réalisateur montheysan Christian Berrut documente cette exposition, avant et pendant sa tenue.
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