
Malgré le retrait de la Police cantonale et du Ministère public, l’ASR veut toujours regrouper sous un même toit ses services administratifs et une partie des services opérationnels. | J. Masson
«La Police cantonale et le Ministère public quittent le projet de la Maison de la sécurité.» Glissée en amorce de la dernière séance du Conseil communal veveysan au début du mois d’octobre, l’information n’a suscité qu’un léger acquiescement de la part de l’assemblée délibérante. La cause de ce retrait? Une décision «politique», qui n’aurait aucun «impact financier, mais davantage organisationnel».
Contactée, la Police cantonale vaudoise indique avoir rejoint ce projet sur la base de «critères précis», «en premier lieu la proximité avec la population». «Or, le site désormais envisagé (voir encadré) est éloigné des centres-villes et ne répond plus à ces critères», précise sa directrice de la communication, Olivia Cutruzzolà.
Un choix qui «ne remet pas en cause» la collaboration avec l’Association Sécurité Riviera (ASR). «Nos deux organisations restent décidées à renforcer leurs synergies sur les sites existants, dans l’intérêt de la sécurité de la région», soulignent les forces de l’ordre vaudoises.
Cette décision entraîne aussi le départ du Ministère public, puisque la pertinence du regroupement de l’ensemble des acteurs de la chaîne pénale devient caduque. «Sur tous les sites qu’ils occupent, les Ministères publics d’arrondissement sont connexes aux locaux de la gendarmerie», explique Vincent Derouand. «Cette proximité ne pouvant plus exister avec la renonciation de la Police cantonale à ce projet, s’ajoutant à un choix d’emplacement décentralisé, le collège des procureurs a donc revu sa position», poursuit le responsable communication du Ministère public.
Un emplacement contesté
«Nous regrettons ces choix opérés par ces deux institutions, mais cela ne modifie en rien notre volonté de poursuivre le projet, dont nous demeurons convaincus de la pertinence et de la nécessité opérationnelle», réagit Sébastien Piu, directeur adjoint de l’ASR.
Si cette dernière partage aussi le souhait d’une police proche de la population, «force est toutefois de constater que nos visions s’avèrent divergentes quant à la manière de mettre en œuvre cette proximité au profit du citoyen», continue-t-il. Et de rappeler que le projet prévoit non seulement l’implantation d’une Maison de la sécurité publique, mais aussi celle de plusieurs autres sites, tant dans les zones urbaines – avec notamment un nouveau poste de police à Montreux – que périurbaines.
Lors de sa séance intercommunale du 24 septembre, le Comité de direction avait d’ailleurs été très clair sur ce point. «Le projet de la Maison de la sécurité se poursuit. La décision de la Police cantonale et du Ministère public ne remet en cause ni les besoins de notre association ni la pertinence du site et du dispositif régional envisagés.»
Pour la présidente du Conseil intercommunal, la concentration des différents services de l’ASR sous un même toit reste pertinente pour la région. «Si le Canton a d’autres prérogatives, ce n’est pas de notre ressort et cela ne représente pas un échec, abonde Susanne Lauber Fürst. Au contraire, l’ASR est pionnière avec cette initiative.»
Un partenariat avec l’ECA
Pour rappel, l’ASR devra quitter ses locaux actuels de Clarens à l’horizon 2033-2034, car le propriétaire de la parcelle prévoit d’y développer un projet immobilier. Le retrait cantonal ne semble pas avoir de conséquences financières, selon l’association. «L’impact est pratiquement nul, vu notamment que la Police cantonale et le Ministère public auraient vraisemblablement été locataires de leurs propres locaux», souligne Sébastien Piu.
Par ailleurs, le projet peut compter sur un partenariat avec l’ECA. «Son implication conforte la pertinence et la justification du site retenu et constitue également un élément important sur le plan financier», a précisé en séance intercommunale le président du CODIR, Bernard Degex.
À l’horizon 2030-2035, le projet d’une nouvelle «Maison de la sécurité publique» vise à réunir sous un même toit une grande partie des services de l’ASR (police, ambulance, défense contre l’incendie et secours, protection civile et administration générale) tout en maintenant son dispositif sécuritaire régional. «Les études que nous avons commandées ont démontré que le site de Pré-au-Blanc (ndlr: près de la sortie d’autoroute A9) est de loin le plus adapté, notamment sur plusieurs points comme le temps d’intervention pour l’ensemble de nos services sécuritaires», remarque Sébastien Piu. Selon le calendrier du projet, son plan d’affectation doit être déposé durant le premier semestre 2027.
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