Les élus confirment: la Campagne Rossier doit rester verte

Une majorité du Conseil communal souhaite préserver cette colline, située à deux pas de La Doges et du manège de Villard.  | K. Di Matteo

La Tour-de-Peilz
Maintenir une zone de nature ou construire 50 logements? Le Conseil communal a confirmé sa décision de 2024. Au passage, les vainqueurs du jour dénoncent un «déni démocratique» et du «lobbying».

«C’est comme si une coopérative voulait s’implanter dans un parc public.» Pour la conseillère communale écologiste, Anouk Dandrieu, il faut favoriser l’inconstructibilité du secteur, afin de préserver ce poumon vert de la commune et de la Riviera. C’est cette vision qui l’a emporté mercredi 28 octobre.

Lors de cette séance, l’assemblée délibérante devait se prononcer sur deux visions radicalement opposées concernant l’aménagement de cette colline: soit le maintien du caractère non bâti du site, soit la construction de 45 à 50 logements, développés par la CODHA (ndlr: une coopérative d’habitations basée à Genève), répartis dans 12 à 15 grandes maisons villageoises. Une «urbanisation raisonnable», selon la Municipalité.

Dans son préavis, l’Exécutif estime que le projet permet de mettre sur le marché de nouveaux logements, dont certains seraient réservés à la population boélande et une partie qui serait à loyers abordables. Un argumentaire qui n’a pas convaincu le Vert Pierre Fontana, qui prévient du risque de «signer un chèque en blanc» en cas d’acceptation du préavis.

«Irrespect de nos institutions»

Le socialiste Jean-Yves Schmidhauser a, lui, dénoncé une ingérence dans le processus démocratique. «Alors que ce même Conseil avait voté en faveur d’une protection de cette zone (ndlr: postulat accepté le 15 mai 2024) et donné mandat à la Municipalité d’avancer dans cette direction, celle-ci change d’avis et nous soumet une nouvelle mouture, avec la construction de 45 à 50 logements. C’est de l’irrespect de nos institutions.»

Autre point litigieux: durant le travail de la commission, les propriétaires ont été invités pour y présenter leur projet d’intention, en compagnie d’un représentant de la coopérative intégrée au projet d’aménagement. «Ça s’appelle du lobbying, poursuit Jean-Yves Schmidhauser. La Municipalité s’assied sur le vote démocratique de ce Conseil. À nous de remettre l’église au milieu du village.»

Et de rappeler l’historique de ce plan partiel d’affectation. Car, ces dix dernières années, cette parcelle a déjà fait l’objet de deux tentatives de projets de plans d’affectation visant à autoriser la construction. Des préavis refusés au Conseil communal. «La protection de cette colline se joue maintenant», a insisté l’élu socialiste.

Une densification «qualitative»

La Municipalité se défend d’une attaque contre la démocratie. «C’est justement par respect de la démocratie que nous sommes revenus devant le Conseil communal, afin qu’il puisse se prononcer en toute connaissance de cause, a réagi le municipal Alessio Grutta. Le préavis de 2023 répondait à un postulat, dont la réponse n’est pas contraignante, et le nouveau projet d’intention des propriétaires, qui a sensiblement évolué, justifiait de solliciter à nouveau le Conseil.» Et de préciser encore que le préfet avait validé tant la légalité du préavis que l’invitation des propriétaires en commission, une pratique qui n’a d’ailleurs rien d’inédit pour la Municipalité.

Le camp PLR a réfuté le sentiment de lobbying. Jean-Jacques Duc a notamment vanté les plus-values sociales et environnementales du projet d’intention des propriétaires. Au programme de cette nouvelle version «plus modeste» figurent notamment plus de 2’000 m² aménagés pour de nouvelles promenades publiques, 6’000 m² dévolus à des terrains agricoles pour les collectivités publiques locales, ainsi que la renaturation du ruisseau du Gregnolet. «Qui dit mieux? Certainement pas le projet d’inconstructibilité qui va figer cette surface ad eternam», a déclaré Yves Rossier.

Après un vote à bulletins secrets, le préavis municipal a finalement été refusé par 47 voix (24 pour et 3 votes blancs). Malgré ce signal clair du Conseil communal de ne pas densifier cette parcelle, le chapitre est loin d’être clos. Le vote définitif sur l’avenir de ce poumon vert se jouera lors du dépôt du préavis sur le plan d’aménagement «En Villars Dessous», développé par le Service de l’urbanisme et qui a pour objectif de maintenir le caractère non bâti du site.

"Alors que ce même Conseil avait voté en faveur d’une protection de cette zone, la Municipalité change d’avis et nous soumet une nouvelle mouture, avec la construction de 50 logements"

Jean-Yves Schmidhauser, conseiller communal socialiste

"C’est justement par respect de la démocratie que nous avons convié les propriétaires, afin de garantir une transparence sur le sujet"

Alessio Grutta, Municipal chargé du dicastère Patrimoine, Energies & Sécurité

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