L’homme qui murmure à l’oreille des grands studios

Avant/après de séquences extraites de «Fallout». RISE est actuellement à pied d’oeuvre sur  «Outcome», le dernier film avec Keanu Reeves, à découvrir en avril sur Apple TV.   | Amazon Content Services LLC

Pully
Surnommé le «Swiss boy» de l’industrie cinématographique des effets visuels, Vincent Frei fête 25 ans de carrière, dont 10 au sein de RISE, l’une des plus importantes entreprises spécialisées d’Europe. Rencontre.

Tout a commencé avec «Astérix et Obélix: Mission Cléopâtre» (2002). Monument de la comédie française, ce film marque aussi un jalon dans la vie professionnelle du Pulliéran Vincent Frei. Alors jeune étudiant à l’ERAG (École romande d’arts graphiques) de Lausanne – rebaptisée Eracom dès les années 2000 – le Lausannois décroche un stage en postproduction sur cette comédie réalisée par Alain Chabat. 

Une première expérience «fondatrice» pour ce graphiste en herbe, qui prolonge son mandat chez Duran Duboi, studio français d’effets spéciaux ayant notamment travaillé sur «Le fabuleux destin d’Amélie Poulain». Des trois semaines initialement prévues, il finit par y travailler 6 mois. 

Assigné à la rotoscopie (ndlr: technique cinématographique et d’animation consistant à détourer ou redessiner image par image), cette tâche ingrate, mais formatrice, lui donne l’opportunité de tisser un réseau. «Je suis resté en contact avec toute mon équipe, dont la plupart ont migré à Londres, et au Canada par la suite. Certains se sont retrouvés chez Marvel, par exemple», relate-t-il.

«The Last of Us» sur sa liste

«Le réseau constitue la majeure partie de ta vie professionnelle.» Cette phrase de son paternel résonne encore à ses oreilles. «Aujourd’hui, je ne vis que grâce à mon carnet d’adresses!» Contenant plusieurs superviseurs à l’international, le sien est une vraie mine d’or.

Dernier exemple en date: «Je connaissais le superviseur d’effets visuels de la série <The Last of Us>. J’ai pu ainsi faciliter la relation entre RISE et le responsable technique.» Le studio européen a finalement travaillé sur les deux saisons de cette série américaine devenue iconique.

Pour les non-initiés, un superviseur d’effets visuels – VFX Supervisor – est le référent technique et artistique qui conçoit, planifie et supervise la création des effets spéciaux d’un film. En résumé: c’est un poste clé. De ceux qui sont parfois décorés par une statuette en or.

La parole aux concepteurs 

Fondé à Berlin en 2007, étendu ensuite à Cologne, Stuttgart, Munich et Londres, RISE est l’un des studios d’effets visuels les plus importants d’Europe. Aujourd’hui responsable des relations publiques, Vincent Frei a d’abord commencé par mettre les mains dans le cambouis numérique. 

Ses premiers rôles au cinéma? Le «compositing» – pilier des effets visuels. «C’est un boulot très intense, car nous sommes en bout de chaîne de la postproduction.» Nuits blanches ou semaines de 7 jours ne sont pas rares. Mais une satisfaction demeure, celle de voir à l’écran l’image «finale» réalisée entre autres par leurs soins.

Parallèlement à ses engagements, il lance «The Art of VFX», un site qui donne la parole aux concepteurs d’effets visuels et qui partage l’actualité de cet univers spécialisé. Une plateforme qu’il alimente depuis plus de 16 ans. «J’ai eu envie de partager tout ce que j’avais emmagasiné grâce aux magazines de niche que j’avais dénichés.»

Une fenêtre qui met en lumière le travail de ces concepteurs digitaux, qui a gagné en crédibilité au fil des ans. Jusqu’à devenir un site de référence pour le milieu. «Je suis devenu un journaliste spécialisé, malgré moi!» Dernier interview en date, celui de Frazer Churchill et Scott Puckett. Superviseur et producteur sur le blockbuster «Anaconda» (2025), ces derniers racontent notamment leur expérience et leur objectif créatif sur ce film. «Il y a une sorte de dédain de la culture populaire et ces artistes en sont des figures éminentes. Je m’échine à les mettre en lumière, car même si le film laisse à désirer, leur savoir-faire est incroyable.»

Il y a une sorte de dédain de la culture populaire, et ces artistes en sont des figures éminentes. Je m’échine à les mettre en lumière, car même si le film laisse à désirer, leur savoir-faire est incroyable”

Vinvent Frei Relations publiques, RISE.

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