
L’Aiglon Cédric Stadler, président des producteurs suisses de champignons de culture, appelle à une régulation du marché pour soutenir la branche face à la concurrence étrangère. | S. Nemeth
Dans les locaux de Stadler Champidistribution SA, à Aigle, la présentation de Cédric Stadler, jeudi dernier, avait un petit air de déjà-entendu. En janvier 2025, le président de l’Union suisse des producteurs de champignons (USPC) avait tenu à peu près le même discours pour défendre une filière en difficulté. L’Aiglon annonçait à l’époque une opération de lobbying auprès de tous les relais potentiels, à Berne et ailleurs, afin de faire entendre la voix de l’association. Une année et demie plus tard, le constat est amer. «Nous n’avons pas obtenu de résultat. Nous sommes un Petit Poucet de l’agriculture suisse», regrette celui qui dirige la dernière entreprise romande du secteur.
Ce dernier se dit par ailleurs «frustré» en voyant les soutiens accordés à d’autres secteurs agricoles. «Le champignon suisse n’a droit à aucune aide à l’investissement, aucun paiement direct, aucun effort n’est consenti pour faire baisser les importations… Pire, la seule contribution que nous touchions de l’Office fédéral de l’agriculture, une aide au marketing pour mieux faire connaître nos produits, a été diminuée.» Un signal qui l’inquiète en prévision de la Politique agricole 2030.
Des chiffres parlants
Sur les graphiques projetés, la hausse des importations apparaît comme manifeste. «Le déclic a été l’arrivée sur le marché de Lidl et Aldi, reprend le président de l’USPC. Migros et Coop n’achetaient que du local, mais ont fini par proposer des champignons étrangers, avec pour conséquence des baisses de nos prix pour être concurrentiels, alors que nos coûts, eux, ne baissent pas, bien au contraire», ajoute Cédric Stadler.
Autre problème, le Suisse n’est pas addict aux champignons. La consommation stagne, avec 1,54 kg par habitant par année, contre plus de 29 en Chine… Culturel? «En tous les cas, nous devons insister sur les vertus du champignon et rappeler qu’il ne sert pas qu’à agrémenter des sauces en période fraîche. En carpaccio ou sur le grill, l’été, c’est parfait!», lance Cédric Stadler dans un sourire. La suggestion n’a toutefois rien d’anodin: la canicule des derniers mois aurait entraîné une baisse de 30 à 40% des ventes.
Sans surprise, enfin, le porte-monnaie est un facteur de décision croissant. L’inflation et les crises internationales ont produit leurs effets et, immanquablement, favorisé le champignon d’importation moins onéreux (essentiellement de Pologne).
Innover et avancer
Malgré la situation, Cédric Stadler reste optimiste. Le salut, il en est convaincu, passe par l’évolution de l’outil de production et la baisse des coûts. Un exemple parmi d’autres: l’utilisation de l’intelligence artificielle pour la sélection des champignons ou la gestion de l’environnement des cultures assistée par ordinateur «au % d’humidité près».
En parcourant les halles, le patron insiste sur les aménagements consentis pour mécaniser la préparation des centaines de mètres linéaires de mycéliums sur lesquels éclosent les champignons et, par conséquent, diminuer le travail à la main. «Les entreprises qui n’ont pas investi dans ce type d’installations n’existent plus.»
Toutefois, ces efforts ne vaudront rien sans une régulation étatique pour freiner les importations, estime-t-il. Pour Grégory Devaud, syndic d’Aigle, agriculteur lui-même et invité à s’exprimer jeudi: «Sans parler de protectionnisme pur et dur, des exemples montrent que des mécanismes existent pour éviter une concurrence déloyale. Pour cela, il faut des règles précises. C’est un travail de longue haleine.»
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