
Chaque semaine, l’association Anacare, qui collabore avec la Fondation Table Suisse, réceptionne cinq tonnes de surplus alimentaires pour les redistribuer aux personnes dans le besoin (image d’illustration).
| ATS – Keystone
Été comme hiver, quatre fois par semaine, les bénévoles sont fidèles au poste. Pourtant, la distribution des invendus alimentaires sur la Riviera a connu d’importants remous au cours de l’année écoulée. Basée à Vevey, l’association Anacare – qui vient en aide à 600 familles dans la région – a porté plainte contre son ancien responsable en janvier 2026. Les motifs? Vol et abus de confiance.
Exclu de l’association en novembre 2025, l’homme est suspecté de malversations financières par son comité. Les soupçons tournent principalement autour d’une participation de 3 francs, que les bénéficiaires doivent verser pour pouvoir remplir leur panier.
Cette taxe a été introduite en juillet 2025. «Elle a été validée par le comité sur proposition de notre ancien responsable», explique Nicolas Moullet, membre du comité d’Anacare. «D’après lui, cette participation devait permettre de couvrir une partie des frais opérationnels, dont notre nouveau loyer.» À cette époque, l’association quittait en effet l’avenue Reller pour s’installer à la rue des Bosquets.
«Pas les montants attendus»
Les choses ont commencé à se gâter en octobre 2025, lorsque l’ancien responsable s’est mis en retrait. «Du jour au lendemain, on ne l’a plus revu», se souvient Patrick Montoliu, un autre membre du comité. «Il nous a expliqué qu’il avait des problèmes de santé.» Au pied levé, le comité reprend alors l’encaissement de cette taxe de 3 francs.
Selon leurs calculs, l’obole doit normalement assurer une rentrée de quelque 3’000 francs par mois à l’association. «Or, nous nous sommes aperçus que les montants de juillet à septembre 2025 ne correspondaient pas à ce qui était attendu», relève Nicolas Moullet.
Trois mois de loyers impayés
En novembre 2025, autre mauvaise surprise: l’association découvre que les trois premiers loyers de son nouveau local n’ont pas été payés. «Notre ancien responsable nous avait pourtant assuré que – d’entente avec le propriétaire – ces trois premiers mois seraient gratuits.» Au vu de la situation, Anacare doit déménager «en urgence» en janvier 2026.
L’entité trouve alors refuge à l’église évangélique de la Passerelle, également à Vevey, où elle est encore hébergée. «À ce moment, nous devions 25’900 francs de loyers impayés à notre ancien bailleur. Le remboursement est toujours en cours et sera terminé d’ici à la fin de cette année.»
De l’argent venu des communes
De 2024 à 2026, Anacare a bénéficié de 85’000 francs d’aides publiques, par le biais de versements annuels venus de l’Association régionale d’action sociale Riviera (ARAS). Des suspicions pèsent-elles aussi sur ces montants? «Non, affirme Nicolas Moullet, nous pouvons assurer qu’aucun argent public n’a été détourné. Une partie de cette somme a servi à couvrir des frais de fonctionnement, ainsi que le salaire d’une personne qui a travaillé pour l’association l’année passée.»
Président de l’ARAS, le municipal montreusien Romain Pilloud indique que la confiance est toujours de mise. «Pour bénéficier de notre soutien, il a toujours été exigé d’Anacare qu’elle fournisse des documents comme les budgets, comptes ou rapports. À ce niveau-là, aucun souci n’a été constaté de notre côté. Et malgré ce qui s’est passé à l’interne, nous voyons que des mesures ont été prises et que leur budget tient la route.» Et de souligner le rôle «important» de l’association. «Si nous cessions notre soutien, nous ne serions pas loin de la condamner.»
Pas de vol, mais des «erreurs»
Invité à réagir, l’ancien responsable d’Anacare reconnaît des «erreurs» – telles que des factures ou des amendes non payées – qu’il met sur le compte d’un épuisement. «Je me suis consacré à cette cause pendant six ans, 12 à 13 heures par jour sans vacances. C’était devenu trop. En août 2025, face à l’ampleur du travail lié au déménagement, tout a basculé, j’ai fait un gros burn-out. J’ai réussi à tenir jusqu’à mi-octobre, et puis j’ai complètement craqué. Je ne pouvais plus parler à personne.»
Concernant la fameuse taxe de 3 francs, il réfute les soupçons de malversations. «Je n’ai pas volé d’argent, assure-t-il. Lorsque j’avais la responsabilité de cette caisse, j’ai payé des factures qui étaient ouvertes. La seule chose qu’on peut me reprocher, c’est d’avoir favorisé un créancier en particulier à hauteur de 7’500 francs.» L’homme, qui indique aller mieux, dit présenter ses excuses pour ses erreurs, mais regrette «le manque de tolérance du comité à son égard».
«Aucun accord oral»
Quant à la question des trois mois de loyers «gratuits», il donne aussi sa version: «Juste avant mon burn-out, j’ai obtenu de Nestlé un soutien financier équivalant à 15’000 francs, ce qui représente plus de trois mois de loyer. Je devais le formaliser par mail, mais vu mon état, je n’ai pas pu le faire. J’ai pourtant dit au comité de contacter l’entreprise…»
La multinationale, elle, a une version sensiblement différente. «Nous avons soutenu Anacare de différentes manières au fil des années», indique une porte-parole de Nestlé. «Lorsque la question d’une aide financière a été évoquée, nous avons demandé à recevoir davantage d’informations par écrit, afin d’examiner la demande, comme nous le faisons avec toutes les organisations que nous soutenons. En revanche, aucun engagement de soutien n’a été pris oralement.»
Un local et des bénévoles à trouver
Aujourd’hui, le comité de l’association déclare avoir «tourné la page» de son ancien membre. «Nous lui avions délégué beaucoup de choses, si bien qu’il a fini par se rendre indispensable, constatent ses membres avec le recul. «Le fonctionnement de l’association a certes été mis en péril par une mauvaise gestion de sa part, mais aujourd’hui la situation s’est stabilisée. Et ce, grâce au soutien de nos partenaires et à l’engagement de nos membres et bénévoles.» Dans sa tâche, Anacare est notamment épaulée par l’association Partage Riviera.
La justice se penchera-t-elle plus en détail sur cette affaire? «Le Ministère public a demandé que de premières investigations policières soient effectuées, afin de pouvoir décider de la suite à donner à cette plainte pénale», indique son porte-parole Vincent Derouand. Rappelons qu’à ce stade, l’ancien responsable d’Anacare bénéficie de la présomption d’innocence.
Actuellement, l’association doit faire face à d’autres défis. «Notre principal problème, c’est que l’on risque de ne plus avoir de local d’ici à la fin de l’année», s’inquiète le comité. «Malgré nos appels du pied à différentes communes, aucune lumière ne s’est allumée. À force, nous nous épuisons. Nous lançons donc un appel pour trouver un site sur du long terme, mais aussi des bénévoles intéressés à s’investir.»
Et de relever que, malgré ces turbulences, les distributions de surplus alimentaires ont – à l’exception d’une seule fois – toujours été assurées.
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