Valérie et sa maison sur le lac

Valérie Dini s’est installée sur son voilier le Tardif il y a deux ans. Elle dit y avoir trouvé la sérénité qu’elle recherchait.  | R. Brousoz

Au fil de l’eau
Dans ce quatrième épisode de notre série estivale, cap au port de la Pichette. Depuis deux ans, cette quinquagénaire vit été comme hiver dans son petit bateau. Un quotidien parfois spartiate, mais qu’elle et son chat Gauguin ne quitteraient pour rien au monde.

«Entre marins, on se tutoie!», lance-t-elle en nous accueillant sur son bateau. Pas sûr qu’en s’étant déjà cogné trois fois la tête contre la bôme – la barre horizontale au bas de la grande voile – on mérite ce qualificatif. Mais bon, va pour le tutoiement. 

Nous voilà donc à bord du Tardif, le voilier de Valérie Dini. «J’y habite depuis deux ans», dit la propriétaire de l’embarcation basée au port de La Pichette Est. La navigatrice de 56 ans fait partie de cette poignée de gens vivant littéralement sur les flots. Son esquif? Un «Écume de mer» datant de 1973, qu’elle a acquis il y a une quinzaine d’années. «Je l’ai eu sur le tard, comme son précédent propriétaire. D’où son nom!» 

Une maison-cockpit qu’elle occupe avec son chat Gauguin, paisible matou de 18 ans. «On avait besoin d’un territoire à nous deux, coupé de toute énergie rapide», explique la capitaine aux multiples tatouages, que la vie a fait passer par Charrat, Vouvry et Aigle. En clair, le duo a troqué la frénésie du monde pour le cliquetis tranquille des mâts. 

«Mon seul voisin, c’est un héron», s’amuse Valérie, ajoutant avoir enfin trouvé la sérénité. «J’ai toujours eu une vie difficile», glisse celle qui a été vendeuse, auxiliaire de santé ou même tireuse de cartes. «J’ai élevé mon fils seule et vécu dans une grande pauvreté. Ici, je me rééquilibre. Et puis je vois plein de gens différents et toujours de bonne humeur!» 

Si le quotidien à bord paraît doux en été, il est un peu plus rugueux en hiver. Mais elle s’en accommode. «Il faut accepter d’avoir moins de confort.» Grâce à un petit chauffage au diesel, la température intérieure reste à 24 degrés. Un chaud cocon dont elle s’extrait pour aller cuisiner ses repas au club-house de la Société nautique. La douche? «Je profite de celles de la piscine de Corseaux-Plage, où je vais souvent nager.» 

Du lac à l’océan?

Les bateaux ont toujours accompagné sa vie. «Petite, quand j’allais chez ma grand-mère à Bordeaux, je dessinais ceux que je voyais passer sur la Garonne», se souvient-elle. La patronne du Tardif n’exclut pas de prendre le large sur les océans. «J’y pense pour le jour où mon chat ne sera plus de ce monde.» De futures aventures dont les tempêtes hivernales lui donnent déjà un avant-goût. «Dans ces moments, le bateau bouge beaucoup. Je n’ai qu’à fermer les yeux et je rêve que je suis en pleine mer.»  

Mais pour l’heure, son horizon est rempli de baignades, de virées sur le Léman au soleil couchant et de rencontres avec ses potes navigateurs. Sans oublier, bien sûr, les vacances avec ses deux petits-enfants de 6 et 3 ans. Sur l’eau, évidemment!