106 ans et toujours l’œil émerveillé

Pierre Schmidlin a soufflé ses 106 bougies, bon pied bon œil, le jeudi 8 janvier, chaleureusement entouré de ses proches.
 | D. Schmidlin

Montreux
Né le 8 janvier 1920, Pierre Schmidlin est le témoin d’un siècle de bouleversements. Doyen vaudois et deuxième homme le plus âgé de Suisse, il incarne une existence enracinée dans la simplicité, l’amour de ses proches et le lien à la nature.

C’est dans la villa familiale dominant le lac que Pierre Schmidlin a soufflé ses 106 bougies, en présence de ses proches et de la Commune de Montreux, représentée par la déléguée municipale Maryse Dedominici. Né à La Tour-de-Peilz en 1920, il appartient à une génération façonnée par une Europe en lente reconstruction. Dans un monde encore groggy, il apprend tôt à travailler et à observer. De retour d’internat dans les Grisons, il travaille dès ses 16 ans à L’Aiglon, la fabrique de chocolat familiale à Villeneuve. Ce n’est qu’après une longue vie professionnelle qu’il prendra sa retraite à 86 ans, presque à regret. 

À l’évocation de son enfance, des images lui reviennent, comme ces premiers moments de ski à six ans aux Pléiades, campé sur des douves de tonneaux. «En 1926, il n’y avait pas de <tire-flemmes>, il fallait remonter à pied.» Quant aux impressionnants zeppelins qui glissaient alors dans le ciel, toute l’école sortait pour les observer. «Il y avait aussi la draisine avec laquelle j’allais chercher le pain pour maman à la boulangerie. Et j’aimais bien grimper aux arbres.» Épris de hauteur, il n’aura de cesse de se jucher sur des promontoires; jusqu’à 77 ans, il montait encore sur le toit pour enlever les feuilles dans les chéneaux.

Autre souvenir marquant: à 24 ans, alors qu’il faisait son service militaire comme téléphoniste, il a été témoin, en juillet 1944, de l’incendie de Saint-Gingolph par les nazis et de l’évacuation des réfugiés français vers le Valais.

Un siècle de simplicité

Très proche de la nature, il pratiquait la randonnée, l’escalade et le scoutisme. Puis vient Madeleine, avec qui il partagera 74 ans de vie commune, jusqu’à son décès en 2020. La perte d’un enfant à la naissance, en 1949, a été une épreuve pour le couple. Malgré cela, il a su avancer en acceptant les situations, sans s’endurcir.

Contemplatif, Pierre l’a toujours été. «L’été, sur la terrasse, s’il y a une mésange qui se pose, un lézard qui trottine, il s’interrompt de manger, évoque son fils Denis. Et le temps se suspend.» Doté d’un caractère doux, il habite chaque moment qui passe, dans une inclination tranquille vers le silence, à l’écoute de la beauté de la nature.

Son secret de longévité? «Ni tabac, ni alcool, pas fait la foire», sourit le centenaire. «J’ai toujours eu une vie tranquille, simple, avec une ligne de conduite.» Son fils relève: «Il a un esprit zen, toujours positif. De bon matin, il lui arrive de chanter du yodel, voire d’esquisser quelques pas de danse en compagnie d’une joyeuse infirmière.»

Un mot pour les jeunes générations? «Ne pas se compliquer la vie, être optimiste, s’adapter aux situations et ne pas se laisser happer par le matérialisme.» À 106 ans, par sa présence calme et souriante, Pierre Schmidlin témoigne de l’évidente simplicité d’être là. Certes, il a vu le monde changer énormément, mais il a traversé ce siècle avec la légèreté d’un gamin qui grimpe à un arbre. Toujours avec étonnement, et en s’émerveillant avec joie de l’instant présent.