« En connaissant cinq plantes, on peut déjà faire beaucoup »

D’avril à octobre, Michaël Berthoud et Marie Mellioret animent chaque week-end des ateliers en pleine nature.  | DR

Blonay
Aux Pléiades, Michaël Berthoud et Marie Mellioret initient les curieux à l’art de la cueillette sauvage et aux multiples usages des plantes locales.

Ils sont de ceux qui ont conservé leur émerveillement d’enfant. Ceux dont une lueur vive scintille dans leurs yeux lorsqu’ils partagent leur passion, tellement ils sont mus par celle-ci. Pour Michaël Berthoud et Marie Mellioret, ce sont les plantes. Ou plus précisément, les plantes sauvages. 

Ces végétaux, souvent considérés à tort comme des mauvaises herbes et négligés, se révèlent être une véritable mine d’or pour ce couple d’amoureux de la nature. «Chaque jour, j’ai besoin d’une dose immense d’émerveillement, et la nature regorge de beauté sans qu’on ait quoi que ce soit à faire», confie Marie Mellioret, alors qu’elle savoure une tisane maison à base de camomille, de fleurs de sureau et d’ortie, cueillies ce printemps. 

Nichés dans leur chalet dans les hauteurs des Pléiades, Marie, 43 ans, fleuriste designer et art-thérapeute de formation, et Michaël, 36 ans, environnementaliste et formateur en plantes sauvages, portent ensemble le projet «Cueilleurs sauvages». Il dispense les cours sur ces plantes, tandis qu’elle anime des ateliers d’art nature, incluant la vannerie sauvage, les impressions végétales ou encore la fabrication de cosmétiques naturels à partir de plantes du jardin. Ensemble, ils offrent une vision à 360 degrés des plantes de nos latitudes, explorant leurs usages culinaires, médicinaux et cosmétiques. 

Au-delà des frontières

Marie est initiée aux vertus des plantes dès son jeune âge par son père, alors qu’ils vivent à la campagne. Michaël, lui, grandit en milieu urbain et n’hérite pas d’une telle transmission. Son histoire avec la cueillette sauvage commence à 19 ans lors d’un camp scout. Un moniteur, blessé, utilise du plantain fraîchement cueilli pour soigner sa plaie, révélant à Michaël ses propriétés cicatrisantes. C’est l’étincelle chez le jeune scout. Il se précipite pour acquérir son premier livre sur le sujet et se forme de manière autodidacte. 

Michaël consolidera ensuite ses connaissances lors d’un Master en biogéosciences, option sol et végétation avant de lancer son site «Cueilleurs sauvages» en 2016. «À cette époque, je sortais de mes études. J’étais au chômage et à aucun moment je n’avais imaginé vivre de cette passion. C’était impensable», se souvient-il. Depuis, Marie s’est greffée à son projet initial et le duo vit aujourd’hui entièrement de ses activités. Plus de 2’500 personnes ont bénéficié de leurs connaissances. De Suisse, mais aussi du sud de la France ou d’Allemagne. «C’est un réel honneur que les gens viennent à nous, ça nous touche profondément.»

Des trésors sous nos pieds

Lors de la cueillette sauvage, toutes sortes de végétaux qui poussent sans l’intervention de l’humain sont récoltés: racines, fruits, feuilles, champignons, etc. Autrefois répandue et vitale en Europe, cette pratique s’est estompée avec l’essor de l’industrialisation, l’agriculture moderne et la sédentarisation. 

«La cueillette sauvage reste une nécessité dans de nombreux pays moins industrialisés. Elle permet à des millions de personnes de survivre, note Michaël Berthoud. Quand les temps sont durs, les plantes sauvages sont les ressources vers lesquelles on se tourne. Cela a été le cas par exemple au Kosovo dans les années 90. Lors des guerres, les habitants sont retournés dans la forêt pour pallier les pénuries alimentaires.»

Parmi les plantes qu’il aime faire découvrir, Michaël privilégie les espèces communes, comme le pissenlit, le plantain ou l’ortie. «Elles se trouvent partout et poussent en abondance. En connaissant cinq plantes, on peut déjà faire beaucoup. Le pissenlit, par exemple, ne se limite pas à la salade de dent-de-lion: on peut en faire du sirop, du vin, des biscuits, mais aussi des décoctions médicinales ou des macérats huileux pour éclaircir la peau.» 

Ces savoirs sont consignés dans son ouvrage «54 plantes sauvages comestibles de Suisse romande et France voisine», paru en 2021. Il est préfacé par la cheffe étoilée Anne-Sophie Pic, avec qui Michaël Berthoud collabore, afin de déployer de nouvelles saveurs à base de plantes sauvages à la carte.

cueilleurs-sauvages.ch

 

GALERIE