Retour à Chiètres à fond la caisse

Garry et sa fille Cléo se sont lancés dans la Rincette… tête la première | P. Genet

Bex
Plus de 70 inscrites et inscrits ont permis de ressusciter la mythique épreuve qui a enflammé le secteur du Marais jusqu’en 1997. Mission accomplie pour le comité de la Rincette.

«C’est qui qui sent les freins? C’est nous? En tout cas, y’a un truc qui chauffe…» Mais c’est pas eux. Dans leur navette spatiale aux couleurs de Buzz L’Eclair, héros des studios Pixar, Kevin et Nicolas n’ont pas usé les gommes sur cette première manche de la journée. «On n’a pas freiné, zéro. Derrière, l’essieu est fixe; alors quand tu tournes, ça freine.» Et alors, cette descente? «Je sais pas à combien on allait… mais on allait!» Derrière les deux Bellerins qui attendent de se faire remorquer à l’arrivée au Grand Marais pour regagner le départ, Jérémiah et Georges, venus respectivement d’Aigle et Saxon, affichent un large sourire. «J’avais des craintes, nous glisse le pilote. Mais ça va beaucoup mieux que ce que je pensais…» 

Il est 10h15 et les bolides ont fait leurs premiers (re)tours de roue sur le mythique tracé de Chiètres. Il y a 27 ans, les membres de DévineKoi, l’association d’animation des Dévens, ont pu assister, ados, aux derniers élans d’une épreuve qui a occupé durant trois décennies le calendrier des amateurs suisses de caisses à savon (lire notre édition no 124 du 4 octobre 2023). Aujourd’hui quarantenaires, ils réalisent un rêve en réunissant quelque 72 pilotes de tout âge et une trentaine de véhicules sur un parcours, certes amputé de sa partie sommitale, mais qui n’en reste pas moins la porte ouverte à de belles pointes de vitesse. 

À toute berzingue!

«Je pense que je vais bouger mon Austral, parce que ça arrive vite…», sourit d’ailleurs François Kohli, du garage éponyme, partenaire de la manifestation. C’est que le SUV d’exposition se trouve en ligne de mire, dans la première courbe après l’arrivée… On remonte le parcours, croisant un public qui va grandissant, au cœur de la forêt de Chiètres. On entend des rumeurs. «Certains disent qu’ils atteindraient les 90 km/h… et à 5 centimètres du sol…» À l’époque, alors que l’épreuve était inscrite au Championnat romand de caisses à savon, la barre des 100 km/h était franchie, se souviennent des anciens. 

Un peu plus haut encore, on arrive à l’épingle, la fameuse, point chaud du parcours, le plus technique – c’est là que la course peut se gagner… ou se perdre. Vice-président de l’organisation, Clyde Francey a le sourire malgré quelques imprévus qui ont permis de tester la réactivité du comité le matin même de l’épreuve. Dossard sur le t-shirt, il communique avec les commissaires postés le long du tracé avant de pouvoir lancer les prochaines voitures, dont celle du comité. On l’apostrophe sur la descente que s’apprête à effectuer son collègue Michael Dupertuis, responsable sponsoring… et élu à l’Exécutif bellerin. «T’imagines si le municipal de la mobilité se plante? -Ouais, il passerait dans la Salière (ndlr: journal satirique de Bex), à coup sûr…» 

Car postal et jeunes champions

Les rires résonnent à peine qu’ils sont interrompus par une mélodie familière. Le car postal – «Bex, Frenières, Les Plans», lira-t-on plus tard – reproduit de main de maître par Christian Rapaz, local de l’étape. «Ça, c’est l’officiel, admire Jean-Michel, sac au dos. Le retraité est venu, chaise de camping en bandoulière, soutenir la famille. «C’est bien qu’il se passe quelque chose», se réjouit-il. 

Dans les paddocks, 150 mètres plus haut, Cédric, la quarantaine, tient un discours similaire. «Ça met de l’animation à Bex, c’est bien si ça peut redémarrer.» Le Bellerin est venu en curieux cette année. «Mon fils voulait participer, mais je n’ai pas trouvé de base pour la caisse à savon. Alors je viens chercher des idées pour l’an prochain.» 

Il reste admiratif devant le bolide vert no 33 piloté par Robin Gerber, 10 ans, de Fontaines-sur-Grandson. «Il va vite, et je comprends pourquoi: elle est lourde, cette caisse, et les roulements sont très bons. C’est une machine de compét’!» Le principal intéressé confirme. «Elle a été achetée comme ça», nous explique celui qui compte, malgré son jeune âge, déjà trois années d’expérience. «J’ai été champion du Trophée du Nord vaudois», dit fièrement celui qui remportera la catégorie enfants au terme de la journée. À ses côtés, Aïdan Pasquier, 11 ans, de Genève, a lui aussi déjà un peu de bouteille. Il a apprécié le tracé bellerin. «C’est un parcours technique, plus que celui de Champagne, par exemple.» 

Une manche du Championnat de Suisse dès 2025?

«Ça rebondit un peu parce que les pneus sont bien gonflés, mais on s’adapte, c’est nickel, sourit Steve, venu de Corbeyrier avec sa compagne, Stéphanie, de Noville. «C’est ma première course de caisses à savon, mais ce ne sera pas ma dernière, on se prend au jeu de la vitesse, je reviendrai», promet-elle déjà. Elle pourra se réjouir: le compte à rebours a officiellement commencé. «On a effectivement bien envie de refaire une édition l’an prochain», annonce d’ores et déjà le président du comité d’organisation Patrick Catillaz, qui en profite pour «remercier les nombreux bénévoles qui sont venus donner un coup de main». 

Et bonne surprise: cette deuxième édition pourrait bien être une des manches du Championnat de Suisse. «Les organisateurs nous ont approchés en ce sens dès l’épreuve terminée; on ne s’y attendait pas», se réjouit Patrick Catillaz. Rendez-vous est donc pris pour septembre 2025…

Résultats: www.vs-timing.ch/data/uploads/125/Resultats_officiels.pdf

Le site Internet de l’épreuve: rincette-bex.ch

GALERIE