
Il était 12h45 lorsque l’huissier Michel Blum a affiché les résultats au pilier public de Veytaux. | R. Brousoz
Quand ça veut pas, ça veut pas. Plus de 63 ans après avoir refusé de se fondre dans ce qui est devenu la Ville de Montreux, la Commune de Veytaux choisit à nouveau de tracer sa propre route. Dimanche, sa population a rejeté la convention de fusion qui devait la lier à sa grande voisine. Un «non» lâché du bout des lèvres, puisque les voix opposées se sont élevées à 208, contre 196 favorables.
«Je suis soulagé que la raison l’ait emporté sur la fiction», souriait Jean-François Pilet, fer de lance des anti-fusion, au moment de l’annonce des résultats. À douze voix près, lui et son Association «1843 Veytaux-Chillon» auraient été les perdants du jour. Ce qui a fait pencher la balance, selon lui? «Nous avons fait une campagne qui se voulait objective, étayée avec des chiffres connus. Ce sont des éléments qui ont payé, estime-t-il. Je ne comprends pas comment on pouvait, comme les pro-fusion, affirmer que les finances communales vont mal.»
À la santé de la Vallée de Joux!
Chez les partisans de ce mariage, le sourire était aussi sur les visages, sans toutefois pouvoir rivaliser avec l’amertume. «On trinque à la fusion de la Vallée de Joux!», plaisantait l’un d’eux en levant son verre.
«Je suis évidemment déçu», confiait plus sérieusement Jean-Marc Emery, à la tête du mouvement pro-fusion «Veytaux-son-avenir». «On se retrouve avec 200 habitants qui ne pensent pas la même chose que les 200 autres, expose-t-il. Il va falloir que la Municipalité fasse un gros travail de réunion, ce qu’elle n’a pas fait jusqu’à présent.» Car selon cet ancien municipal, la douzaine de voix ayant fait la différence sont de la responsabilité de l’Exécutif. «Ne serait-ce que par son opposition déclarée à la fusion. Elle n’avait pas ce rôle à jouer.»
«Notre Commune va bien»
La syndique Christine Chevalley, justement, avait le triomphe modeste. «Jusqu’au dernier moment, on a senti que la population était partagée. Je ne vais pas vous dire que ça me déplaît que cela penche finalement vers le non», lâchait l’édile au téléphone, qui tient à souligner la participation importante aux urnes dans sa commune, à savoir 59,5%: «Ça me réjouit sincèrement.»
Quant aux inquiétudes liées à l’état des finances veytausiennes, Christine Chevalley se veut rassurante: «Ça a été relevé dans la convention de fusion, les deux Communes n’ont pas besoin l’une de l’autre pour vivre. Je ne sais pas ce qui va se passer dans 5 ou 10 ans, mais on ne peut pas dire que Veytaux va mal. On va même plutôt bien.»
Vers des démissions en cascade?
Il n’empêche, le résultat du scrutin pourrait avoir de sérieuses conséquences politiques, puisque 29 des 35 conseillers communaux actuels sont issus d’une liste pro-fusion.
Faut-il s’attendre à une cascade de démissions au sein du corps délibérant?
«Il faudra assister à la prochaine séance (ndlr: lundi 4 novembre) pour le savoir», répond Jean-Marc Emery, qui siège lui-même dans l’hémicycle. «Mais c’est vrai que notre présence n’a plus vraiment de sens aujourd’hui.»
Du côté de Montreux, la rupture des fiançailles ne fâche visiblement pas, même si le projet de fusion y a été plébiscité à plus 83%. La participation, elle, y est moins chaleureuse, puisqu’un citoyen sur trois a voté. «Je suis fier du résultat de Montreux, qui montre que notre population a une grande ouverture», réagit son syndic Olivier Gfeller. «Que ce soit oui ou non, il n’y aurait pas eu d’incidence, poursuit l’édile. Les autorités et l’administration montreusiennes ont répondu à la demande de la population veytausienne, qui a souhaité en 2018 l’élaboration de cette convention.» Tout de même, les relations entre les deux voisines vont-elles changer à la suite de ce verdict, et notamment dans les collaborations qui existent au niveau de certains services? «Jusqu’à présent, Montreux faisait preuve d’une certaine bienveillance à l’égard de Veytaux, en imaginant qu’un jour il y aurait une fusion. J’ignore si l’état d’esprit va changer. Mais on doit continuer à travailler avec pragmatisme dans l’intérêt des deux Communes», conclut le syndic montreusien.
