Du poulet, des frites, de l’absinthe et pas de chichis

À 31 ans, Méziane, la nouvelle âme de la pinte corsiérane, veut insuffler de la bonne franquette à l’établissement, pour que le client se sente «comme à la maison».  | R. Brousoz

Corsier-sur-Vevey
Après un an et demi de rénovation, la Pinte du Châtelard a rallumé ses fourneaux en juillet. Rencontre avec son nouveau patron, qui cultive sérieusement la décontraction.

«Là on est en pleine période de chasse, on est bien occupés! Tiens, ce soir, j’ai une réservation pour une tablée de quinze personnes.» Rouverte depuis à peine trois mois, la Pinte du Châtelard à Corsier-sur-Vevey ne désemplit pas, à en croire son nouveau patron. Du mardi au dimanche, ce sont quelque 40 couverts que Méziane et sa petite équipe envoient à chaque service ou presque.
Un établissement qui revient joyeusement à la vie – qui en déborde même – après une quinzaine de mois de travaux de réfection. Ce qui n’était pas gagné, quand on se souvient que le premier projet municipal avait été refusé par le Conseil communal car jugé trop cher. «Pour deux voix seulement !», s’anime encore le municipal Pierre-André Debétaz, qui a porté ce dossier à bout de bras. Et qui aujourd’hui lâche un petit «ouf» de soulagement.
Au final, deux millions de francs auront servi à donner un nouveau souffle à ce pittoresque bâtiment communal datant de 1780 environ, tout en préservant son âme de vieille taverne vaudoise, avec poutres apparentes et parquet. Principale nouveauté qui frappera les habitués d’alors: les niveaux ont été repensés. On ne monte plus pour accéder à la salle, mais on descend, pour se retrouver dans un vaste espace lumineux donnant sur une terrasse-jardin.

Merci la police!
«Je suis tombé amoureux de l’endroit en 2021, quand je postulais pour la place de chef, raconte Méziane. Mais c’était trop tard, le restaurant allait fermer en vue des travaux. Alors j’ai laissé tomber. Et c’est en discutant par hasard avec un policier de proximité juste devant que j’ai appris qu’il y avait un nouvel appel à projet.» Une occasion que le Corsalin, alors second de cuisine à l’Auberge de l’Onde de Saint-Saphorin, ne voulait pas laisser passer.
Sur les murs fraîchement repeints tirant sur le vert émeraude, les vieux miroirs côtoient des affiches publicitaires d’un autre siècle. «Ma compagne et moi avons chiné toute la décoration.» Comme cette fontaine à absinthe, qui dépasse la fonction d’ornement si l’on en croit les verres et les cuillères percées qui attendent au bar. De l’antique qui côtoie du groovy, à entendre les haut-parleurs qui distillent les chansons de Matthieu Chedid.

Poulet braisé et rillettes du Cotentin
Et puis à gauche, sitôt la porte franchie, trône l’ardoise, dont les propositions se veulent simples, changeantes et à base de produits locaux. «C’est comme à la maison», aime à répéter le trentenaire, qui a également officié durant quatre ans comme bras droit du chef au Baron Tavernier de Chexbres. Le plat phare de la carte? Poulet-frites. Oui mais attention, on parle d’un poulet en cocotte. «Nous le faisons mariner à la bière, avant de le désosser et de le braiser.» Et les frites sont maison. Tout comme le pain d’ailleurs, que le tenancier prépare chaque matin.
Pour aguicher les papilles en entrée, ce père de deux petits garçons mise sur les valeurs familiales, avec le «graissin de Mamie Monique». «C’est une rillette de porc à l’échalote dont la recette vient de ma grand-mère.» Un plat typique de son Cotentin natal, lui qui a quitté Cherbourg en 2011 après sa formation de cuisinier pour venir faire les saisons d’hiver en Valais.
À la Pinte, il y a l’assiette, mais il y a aussi le verre. Et dans ce dernier, rien n’est versé au hasard. Ancien collègue du sommelier Jérôme Aké Béda, le maître des lieux propose une carte de 120 références pour tous les goûts. Un rayon de son cellier s’est même vu baptisé «La Cave de tonton». «Pour la plupart, ce sont des ovnis introuvables», promet le patron.

Pas de prise de tête
Fort d’un bail de 10 ans signé avec la Commune, Méziane fourmille de projets pour la prochaine belle saison, côté jardin notamment. Mais pour l’heure, il s’agit de prendre encore ses marques. Tout en profitant de cette ambiance de village qu’il affectionne. «Il n’y a pas de prise de tête, les clients sont tranquilles», apprécie-t-il.
Une décontraction que lui-même et son équipe s’attachent à faire régner autant que la qualité. «Le client ne peut pas être détendu si le serveur est tendu», conclut-il en nous raccompagnant à la porte. La prochaine fois, on pensera à prendre nos pantoufles.


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