
Le Moulin-Neuf au centre d’Aigle a abrité des minoteries jusqu’en 1984. | C. Dervey – 24 heures
Jeudi dernier, une délégation de la Ville d’Aigle accompagnée d’un expert de l’Etablissement cantonal d’assurance (ECA) est venue visiter une nouvelle fois le périmètre du Moulin-Neuf qui compte bâtiments et cours. Ce cœur de ville a abrité des minoteries jusqu’en 1984. 6 ans plus tard, le complexe a été acquis par le conseiller juridique aiglon Charles-Pascal Ghiringhelli. Dans un des bâtiments, une quinzaine d’artistes, artisans, associations notamment y crée, joue, se réunit. Aucun n’y vit, les baux ne le permettent pas.
Dans cet espace ouvert à la création, un litige oppose le propriétaire à l’ECA et à la Commune (voir édition 175, 16 octobre 2024). Depuis 2012 déjà, ces deux derniers, rapport d’expert en main, exigent du propriétaire qu’il mette son bien en conformité aux mesures anti-incendie. Charles-Pascal Ghiringhelli a mené des travaux, mais jugé insuffisants. Lassé par divers allers-retours et ping-pong juridique, la Ville a menacé de fermer le bâtiment, voire de procéder à une expulsion des locataires.
Un dernier délai a été accordé à jeudi dernier, par décision municipale, à laquelle le propriétaire a fait recours. La Cour de droit administratif et public (CDAP) du Tribunal cantonal a admis partiellement ledit recours dans le sens de ne pas expulser les locataires. Accordant un effet suspensif, elle a estimé que le principe de proportionnalité n’était pas respecté. Une décision sur le fond sera rendue prochainement.
«Dans un premier temps, nous avons toujours dit que la fermeture du bâtiment ne serait exigée qu’en dernier recours. Nous tenons à ce que les artisans et artistes qui créent dans ce lieu génial en plein centre-ville puissent encore le faire. Les autorités sont toutefois tenues de faire respecter les normes de protection incendie, afin de protéger les locataires du Moulin-Neuf, ainsi que les habitations et habitants alentour», déclare Cynthia Roulin, cheffe du Service patrimoine bâti et environnement urbain de la Ville.
Départ envisagé
La visite inquiétait forcément les locataires, dont quelques-uns avaient déjà fait leurs cartons, tentant de trouver un nouveau local. «Lors de cette dernière, certains locataires pensant qu’ils seraient expulsés par les autorités étaient très angoissés. Nous leur avons bien dit qu’ils ne partiraient pas et que, dans tous les cas, des solutions alternatives seraient cherchées», poursuit la responsable.
«Je suis extrêmement soulagé. Et c’est à l’évidence le sentiment qui prédomine», lance un locataire. «J’ai un projet important en cours. Je vais pouvoir ainsi m’y consacrer plus sereinement», dit un autre qui assure que «la Municipalité nous a promis un délai de 6 mois». Mais un troisième, douché, veut anticiper et «cherche activement une solution de repli, un local, pour ne pas se retrouver le bec dans l’eau». Selon une autre source, une grande majorité ira ensemble à l’Asloca (association suisse des locataires) pour connaître ses droits et savoir comment réagir à l’avenir.
Le propriétaire s’est dit «satisfait de la décision de justice quant à l’effet suspensif de la fermeture du bâtiment, notamment après avoir considéré une série d’aménagements déjà réalisée en matière de sécurité. La visite s’est bien déroulée, chaque local a pu être visité. Pour la suite, la Commune et le propriétaire conviendront d’une liste de travaux à entreprendre dans un délai court, à définir ensemble, afin de permettre aux locataires de poursuivre leurs activités».
Pas d’accès pompier
Outre de nombreux manquements, la délégation municipale a constaté «que les accès pompiers ne sont toujours pas assurés pour accéder au bâtiment, la cour du Moulin-Neuf étant réservée à un parking. Les autorités ont pris acte que toutes les mesures n’ont pas été réalisées, dit encore Cynthia Roulin avant de préciser qu’un compte rendu sera transmis au Tribunal cantonal. «Nous attendons donc désormais une décision du tribunal, pour aller de l’avant dans ce dossier de mise en sécurité du bâtiment.»
