
Escortées chaque mercredi par les Templiers, les deux jeunes filles ont retrouvé la confiance et le sourire. | R. Brousoz
Ils l’ont promis: ils reviendront chaque mercredi durant les prochaines semaines. Aussi certain que la mécanique de leurs bécanes est bien huilée, leur parole est solide. La preuve? Ils sont une quinzaine ce mercredi 4 décembre à 11h30, groupés comme la semaine précédente devant le centre Manor de Vevey. Blousons de cuir noir, barbes et crânes rasés pour certains: les Templiers occupent le terrain, comme ils le font plusieurs fois par semaine dans toute la Suisse romande, prenant sous leurs ailes les enfants victimes de harcèlement.
«On est là pour faire barrage», résume celui qu’on appelle «Fireman», responsable de l’intervention. D’habitude, ils ont plutôt affaire aux caïds des cours de récré. Mais cette fois, c’est dans une situation plus «compliquée et sensible» que ces bikers au grand cœur mettent les bottes. Celle d’une famille veveysanne, harcelée depuis plusieurs années par un individu. Malgré les multiples condamnations qui ont visé ce trentenaire – notamment pour un geste et des propos à caractère sexuel envers l’aînée de leurs deux filles – la famille vit encore dans la tourmente.
Un calvaire qui n’en finit pas
«Il porte un bracelet électronique, car il n’a pas le droit de s’approcher à moins de 500 mètres de notre domicile et de l’arrêt de bus de la ligne 202», explique le papa. «Mais cela ne l’empêche pas d’être là tous les mercredis au restaurant Manora, où nous avons l’habitude de manger avec nos filles avant leur cours de chant. Malgré nos plaintes, rien n’a été mis en place», soupire-t-il. Dans cette situation sans issue, l’idée d’appeler les Templiers à la rescousse est alors apparue. «C’était un peu le dernier recours que nous avions.»
Un appel qui a été entendu. «Nous avons été touchés par la détresse de cette famille et de leurs filles, qui n’ont pas trop d’aide», raconte Fireman. Et le Gruyérien, actif dans le domaine des transports, d’ajouter: «On a signé pour ça et on le fait avec plaisir.» Venus bénévolement de Fribourg, Genève, Leysin ou encore d’Aigle, tous ont consacré leur pause de midi à l’action du jour. Le plan? Accompagner la famille au restaurant pour faire bloc autour d’elle.
Garder la tête froide
Disséminés devant l’entrée de la «Placette», les motards sont aux aguets. Il faut dire que l’intervention de la semaine passée a été un peu mouvementée. «Lorsqu’il nous a approchés, l’individu nous a agressés verbalement et menacés», relate Fireman. Mais les têtes sont restées froides. Si la situation devait dégénérer, les Templiers feraient appel à la police et assureraient la sécurité de leurs protégés jusqu’à son arrivée. «Nous ne sommes pas des justiciers. Notre rôle est de former un rempart contre la violence.»
Templières elles aussi
Il est 12h15. Les deux filles du couple arrivent aux abords du centre commercial. Elles ont été escortées depuis leur sortie de l’école par leur «parrain» et leur «marraine». Des anges gardiens en blousons noirs que leurs parents peuvent contacter à tous moments, et qui ont la possibilité d’intervenir en moins d’une trentaine de minutes.
C’est que désormais, les deux fillettes sont des «Templières juniors». Elles ont reçu chacune un survêtement à capuche orné des couleurs des Templiers et de leur logo assorti de la devise «Post tenebras lux» (ndlr: Après les ténèbres, la lumière). Et de fait, sur le visage des deux enfants, les sourires sont lumineux. «On se sent plus en sécurité, et on est très fières de nous!», affirment «Gaïa» et «Athena», d’après les deux «road names» qu’elles se sont choisis.
Passant tout sauf inaperçu, le cortège noir prend joyeusement la direction du restaurant. Ce mercredi-là, l’homme que redoute la famille ne sera pas vu dans les parages. Un signe, peut-être, que le vrombissement de la solidarité l’en a dissuadé.
