
La Municipalité veveysanne a refusé que ces visuels refassent leur apparition en janvier. | R. Brousoz
Elles sont apparues ces dernières semaines en plein cœur de Vevey. «Informez vos enfants avant que les dealers ne le fassent», prévient le texte sur l’une de ces affiches, installées à deux pas de la gare. En guise de signature, une simple adresse Internet: «nonaladrogue.ch». Dans un secteur hautement concerné par la problématique du trafic de drogue, le message ne sera sans doute pas passé inaperçu.
Rien ne permet de le détecter à première vue, et pourtant, ces affiches sont étroitement liées à l’Église de Scientologie. Derrière cette campagne, on trouve en effet l’association «Dites non à la drogue, oui à la vie». Basée à Bernex (GE), l’entité qui compte une soixantaine de membres se dit «indépendante». Mais elle ne cache pas être affiliée à la «Fondation pour un Monde sans Drogue», une structure internationale fondée en 2006 aux États-Unis, et qui est ouvertement «parrainée par l’Église de Scientologie et soutenue par les scientologues du monde entier». Voilà pour le contexte.
Ordre public à préserver
Cette nouvelle «campagne anti-drogue» dissimule-t-elle, comme certains le pensent, une tentative d’embrigadement? Il faut rappeler qu’en France, la scientologie est considérée par certains rapports parlementaires comme une secte. «La constitution suisse garantit la liberté d’expression, ce qui inclut le droit pour des groupes religieux de communiquer leurs idées ou convictions, à condition qu’il n’y ait pas de prosélytisme insistant», indique Manéli Farahmand, directrice du Centre intercantonal d’information sur les croyances (CIC).
«Malgré la diversité des règlements communaux, on observe un peu partout que la diffusion des croyances religieuses est en général autorisée sur le domaine public, pour autant que l’ordre public soit préservé.» En clair, le message ne doit ni inciter à la haine ou à la discrimination, ni susciter des réactions négatives de la part de la population.
«Truffées de fausses informations»
«Notre association n’ayant aucun but religieux, nous ne faisons pas de prosélytisme», assure Patrice Bösiger, responsable des relations publiques pour «Dites non à la drogue, oui à la vie». «Par contre, poursuit-il, nous espérons bien rendre la population attentive aux dangers des drogues et la soutenir dans sa lutte contre le deal de rue.» Et d’ajouter: «Nos brochures, vidéos et conférences (ndlr: des matériaux «didactiques» fournis par l’Église de Scientologie) sont basées sur une documentation vérifiée et illustrée par des exemples vécus.»
Une affirmation qui fait bondir Camille Robert, co-secrétaire du Groupement romand d’études des addictions (GREA). «Cette association ne fait pas du tout partie du réseau professionnel des addictions en Suisse. De ce que nous pouvons lire de leur communication, leurs positions sont opposées aux nôtres. Pire encore, leurs brochures intitulées <La vérité sur…> (ndlr: le cannabis, la cocaïne, etc.) sont truffées de fausses informations et les sources ne sont jamais mentionnées. L’expérience et la recherche montrent qu’on ne fait pas de prévention efficace en suscitant la peur.»
Autorisation pas renouvelée
Comme l’a relevé 24 heures, les Transports lausannois ont récemment retiré les visuels de cette même association car jugés prosélytes. À Vevey, les quatre affiches autorisées sur le domaine public n’ont suscité aucune plainte de la population. Elles devaient être recouvertes en ce début de semaine.
«La Municipalité a décidé de ne pas accepter une nouvelle demande de campagne de ce type en janvier prochain, et ce en raison du lien avec la scientologie», indique Raphaël Delessert, responsable communication de la Ville d’Images. Un lien dont l’Exécutif n’avait pas connaissance avant notre interpellation. «La Société Générale d’Affichage agit dans le cadre d’une concession avec la Ville, précise-t-il. Cette dernière ne maîtrise que ses propres campagnes d’affichage.»
