Le règne de Jean-Marc Udriot se terminera en 2026

Jean-Marc Udriot a pris sa décision: il ne se représentera pas aux élections de 2026. Après 20 ans de règne, il arrêtera la politique communale.  | DR

Leysin
L’emblématique syndic de l’Entente depuis 2006 et député PLR ne se représentera pas aux prochaines élections. Tous s’accordent pour dire qu’il ne sera pas simple à remplacer.

Le coup de tonnerre a résonné le 12 décembre au Conseil communal. Certains proches en étaient avertis, d’autres en ont été surpris, même dans son propre camp, malgré la rumeur qui bruissait depuis un certain temps. Après vingt ans de Syndicature, et vingt-cinq de Municipalité au total, le syndic, Jean-Marc Udriot, a annoncé qu’il ne se présentera pas aux prochaines élections de 2026. «Comme à chaque fin de législature, je me suis posé la question, admet-il au téléphone. Cette fois, c’est le moment. J’avais 38 ans quand j’ai commencé, j’en aurai 62 quand j’arrêterai. Il faut laisser la place à d’autres.»

Il admet qu’une «multitude de réflexions» l’ont traversé cette fois. «La première étant la raisonnabilité de la durée du mandat. Il m’en coûte, je suis un passionné, j’aime cette fonction. Certains auraient voulu que je continue et sont déçus, cela fait partie du jeu. Mais quand on se rend compte que sur les 42 employés communaux, il n’y en a que deux que vous n’avez pas engagés et que de nouveaux chefs de service, de jeunes Leysenouds, entrent en fonction, vous vous dites que c’est l’heure.»

Bien plus qu’un syndic

C’est peu dire qu’une page se tournera à Leysin, où l’édile est bien plus qu’un politicien. Ancien hôtelier, président du Conseil d’administration de Télé Leysin-Les Mosses-La Lécherette, société dont il fut également directeur de 2011 à 2022, Jean-Marc Udriot est un «fédérateur» (le terme revient souvent au fil des appels), notamment dans ces Alpes vaudoises appelées à se moderniser et à se réinventer. Réussir à le croiser pour une interview relève parfois de l’exploit au vu de son emploi du temps.

Si certains saluent cette capacité à être sur tous les fronts, d’autres ont pu lui reprocher un mélange des genres confinant parfois au conflit d’intérêts. «Il a fait énormément de choses incroyables pour la commune, c’est une sacrée force de propositions, mais il est un peu devenu un goulet d’étranglement, analyse un fin connaisseur de Leysin. C’est peut-être le bon moment pour partir, et c’est une décision courageuse. Il faut savoir s’arrêter.»

La critique des différentes casquettes l’agace et il ne l’a jamais considérée comme fondée. Du reste, il ne remet «a priori» pas en question ses engagements au Grand Conseil et pour ce monde des remontées mécaniques qui le passionne.

Un gros travailleur investi

Tant parmi ses proches que ses détracteurs, on s’accorde sur un fait: la Commune perdra une force de travail immense, un leader très investi et au vaste réseau. «C’est quelqu’un qui connaît très bien ses sujets, un très bon orateur, il y en a peu qui lui arrivent à la cheville, dit de lui Bertrand Chauvy, du Mouvement Indépendant Leysenoud. C’est un bon syndic, qui a toujours fait son travail, toujours essayé de trouver des solutions. Ce sera difficile de le remplacer.»

Du côté du Forum, qui regroupe différentes sensibilités de gauche, «on prend acte», par la voix de la cheffe de groupe, Nicole Gremaud. «Nous tenons à saluer son travail politique et son engagement. Bien entendu, nous avons parfois eu des vues divergentes, mais il faut reconnaître l’ampleur et l’impact de son action, les leviers qu’il a su activer pour Leysin. Son départ ouvre des perspectives nouvelles pour notre Commune et nous espérons que cette transition offre un nouvel élan à notre communauté. Cela va rebattre un peu les cartes.» D’autant que Daniel Nikles (Forum) a également annoncé son départ pour 2026.

Eric Barroud, qui était dans la confidence concernant la décision de son collègue de parti, ne se dit pas étonné. «Il a vingt ans de Syndicature derrière lui, il a fait le tour, explique ce proche du syndic. Il a toujours la flamme, mais il a décidé d’arrêter avant qu’elle ne s’éteigne. Il est comme Zurbriggen, il veut partir au plus haut. Il a par ailleurs 61 ans, il veut prendre soin de sa personne et de sa santé. Mais je suis sûr qu’il continuera d’être investi d’une manière ou d’une autre.»

Le Villardou Sergei Aschwanden, député PLR comme Jean-Marc Udriot, salue «un grand monsieur qui s’est impliqué corps et âme pour le tourisme des Alpes vaudoises». René Pavillard, conseiller communal leysenoud de l’Entente, est d’ailleurs convaincu qu’il continuera de s’impliquer pour la région. «Il reste notamment député. Si je suis étonné de son choix? Oui, du timing surtout: une année et demie avant les élections, c’est tôt. Je pensais aussi qu’il continuerait pour encadrer jusqu’au bout la réalisation du prolongement du train.»

Jean-Marc Udriot s’est en effet investi sans compter pour amener le tracé de l’Aigle-Leysin au départ de la télécabine et obtenir les 130 millions de crédits fédéraux débloqués en octobre dernier. Un projet phare qui s’imbrique dans plusieurs autres: deux funiculaires pour desservir la station, une nouvelle télécabine, un parking souterrain, un plan de mobilité global. «Mais le problème avec ces projets, c’est que vous n’en maîtrisez pas la temporalité», explique Jean-Marc Udriot.

«Le train fait partie de ces choses qui se sont développées à Leysin parce que c’est lui qui pilotait, reprend Eric Barroud. Il a toujours eu à cœur de convaincre et de comprendre ceux qui n’étaient pas d’accord avec lui. L’Entente aurait pu passer souvent en force au vu de sa majorité, mais il allait voir les autres partis. Si on ne le connaît pas, on le prend pour un rouleau compresseur, mais c’est un fédérateur. Ça va être compliqué d’arriver après ça.»

Jean-Marc Udriot entrevoit-il des successeurs potentiels? «Beaucoup trop tôt pour le dire. Il faudra déjà voir qui seront les coureurs sur la ligne.»