
L’ouvrage, sous lequel passe la ligne du Simplon, doit être restauré afin de garantir la sécurité des trains. | R. Brousoz
Des barrières ceinturant la terrasse, des panneaux «interdit d’accès» et des rubalises condamnant l’escalier menant au lac… Depuis début février, l’Esplanade du Grand Hôtel, à Territet, apparaît comme une zone sinistrée. Plus possible en effet de poser le pied sur cet espace long de 120 mètres, sous lequel passent les trains de la ligne du Simplon.
Et c’est justement à la demande des CFF que cette mesure a été instaurée. En cause? La vétusté préoccupante de cette structure, dont la construction remonte au début du 20e siècle. «Il s’agit en effet d’un ouvrage en fin de vie, ce que nous avons pu déceler à temps lors de nos contrôles préventifs réguliers», explique Jean-Philippe Schmidt, porte-parole des CFF.
L’état de l’esplanade fait craindre pour la sécurité des trains. Une pièce pourrait par exemple se détacher de la voûte et tomber sur les rails. «Jusqu’à présent, il n’y a pas eu d’incident, précise le communicant. Mais c’est justement pour éviter tout souci que nous avons demandé cette restriction d’accès. L’ouvrage a besoin d’un assainissement pour pouvoir continuer à être conforme.»
«Une mauvaise surprise»
Des travaux qui sont visiblement encore loin de démarrer. Car si la parcelle où est édifiée l’esplanade appartient aux CFF, l’entretien de l’ouvrage est du ressort d’un propriétaire privé. En l’occurrence, la société immobilière e-mob, installée à Vionnaz. Lorsqu’en 2021, cette dernière a racheté le bâtiment voisin de l’ancien Audiorama à la Ville de Montreux, elle a en effet hérité de ce que qu’on appelle une «charge foncière d’entretien» concernant l’esplanade. Une obligation datant de 1981 déjà.
Responsable du dossier au sein d’e-mob, Christian Carrard parle d’une «mauvaise surprise». «Lors de la transaction, il n’a jamais été évoqué qu’un courrier des CFF nous parviendrait quelques années plus tard pour nous demander de rénover l’esplanade.» Selon lui, les travaux à prévoir ne sont pas conséquents, mais «colossaux». «Il s’agit d’une facture à plusieurs centaines de milliers de francs.»
Des discussions sont en cours depuis un an et demi par avocats interposés. «Il ne s’agit pas de fuir nos responsabilités, reprend Christian Carrard. Mais nous cherchons à comprendre la situation, afin de déterminer qui doit assumer quoi.»
Pour ajouter une couche de complexité à la situation, il faut encore préciser que l’usage de l’espace situé sur l’esplanade est réservé à la Ville. C’est une convention de 1984 qui l’autorise en effet à «utiliser la terrasse pour y aménager un parc public». Une particularité qui incite davantage la société e-mob à tirer la situation au clair dans un contexte juridique «très complexe».
Un bras de fer qui devrait durer
Du côté de la Commune, on suit de près la situation. «Nous avons écrit aux CFF le 31 janvier dernier, afin de connaître leurs intentions par rapport à ces travaux d’assainissement», indique Florian Chiaradia, municipal chargé des équipements publics. «Nous espérons que le dossier puisse avancer, poursuit-il. L’esplanade est un élément important du patrimoine Belle Époque de Territet et cette situation dévalorise l’image de la localité.»
Le bras de fer devrait donc encore durer. Mais il n’est pas impossible que la nécessité d’une sécurisation rapide l’emporte sur les tractations. «Si le propriétaire concerné ne réalise pas ce chantier, nous serons peut-être forcés de procéder à des travaux d’assainissement urgents», prévient le porte-parole des CFF Jean-Philippe Schmidt.

Vivant dans un immeuble donnant sur l’Esplanade de Territet, Yvan Welte pourrait prétendre au titre d’ange-gardien de l’ouvrage historique. «En 2011, lorsqu’il était question de la démolir et d’en reconstruire une nouvelle pour laisser passer les trains à deux étages, c’est moi qui ai alerté l’Office fédéral de la culture», raconte ce physicien à la retraite et conseiller communal Montreux Libre. Résultat, les CFF ont été contraints de changer leurs plans et d’abaisser plutôt les rails. Pour lui, la récente interdiction d’accès demandée par les CFF est un bon signe. «Cela signifie qu’il va enfin se passer quelque chose», se réjouit-il. «J’espère juste qu’elle ne sera pas démontée pour être remplacée par quelque chose de semblable à la nouvelle passerelle de Chillon», conclut-il. L’esplanade est classée en note 2 au recensement architectural du canton de Vaud.
Vivant dans un immeuble voisin, Yvon Welte veille depuis longtemps sur l’esplanade. | R. Brousoz
