
Derrière leurs fours, les racleurs ont tout donné pour sustenter les nombreux gourmands. | F. Cella – Tamedia
«Vous êtes merveilleux! C’est juste incroyable», lâche, peu avant 22h, Vincent Claivaz au nom de l’équipe des organisateurs. Presque à bout de voix, le président de myexpo couvre à peine le brouhaha de la fête. Et le fort fumet du fameux fromage grillé qui s’impose dans la gigantesque halle. À l’annonce du nombre de personnes, officiellement constatées par notaire, il n’en faut pas plus pour que les gens lèvent les bras et montent sur les bancs.
L’effervescence était déjà palpable à l’ouverture, quatre heures plus tôt. Il faut dire que l’événement avait été mis sur pied, en réponse au record du monde de raclette, clamé il y a quelques mois côté français. L’appel, répercuté par tous les fournisseurs de fromages locaux, par toute la filière des partenaires et sponsors, mais aussi véhiculé par le site romand de vente en ligne Qoqa, a ainsi dépassé les attentes.
Pour ramener la performance «à la maison», des groupes de tous les cantons romands, galvanisés, ont répondu présent. À voir les plaques sur le parking, même certains Savoyards. «Est-ce qu’il y a aussi des Américains ici ce soir?», lance l’animateur en clin d’œil à l’actualité. Silence soudain dans tous les blocs de la salle. Car le nombre est tel que les consommateurs ont été répartis par lettre et par secteur, l’organisation millimétrée, avec les numéros de place en gros sur les sets de table.
La raclette et pas la «raclonette»
Le ton était également donné, sans oublier les accessoires. Aux couleurs rouge et blanche du Valais, surtout, et un peu de la Suisse. «Ici, on mange la vraie raclette», décoche sur son tablier le «maître» Eddy Baillifard, star de la soirée, qui dédicace des chapeaux étoilés aux enfants et se prête volontiers aux selfies. Tout autour de la halle, les racleurs sont repérables à leurs casquettes, dont le logo biffe ostensiblement les lettres de la «raclonette» française.
Alors que les organisateurs espéraient trouver 200 bénévoles, ils ont été 160 de plus, rouges aussi derrière leurs fours à deux ou trois meules. Celui-ci racle avec un ski, cet autre avec son four à plaque de cuivre spéciale. Le secret pour une bonne raclette? Chaque racleur a le sien. Et celui de bien ravitailler les participants en fendant fait aussi partie de l’expérience.
À l’arrière du bâtiment de l’Expo, l’organisation est impressionnante. Depuis les camions frigorifiques, des serveurs s’activent avec leurs chariots roulants pour acheminer les sachets de patates sous vide sur tous les bords de la halle. Et les containers s’emplissent vite du fracas des innombrables bouteilles vides. Chemises à fleurs ou d’armailli, tenues originales ou parfois excentriques, dans la salle les participants sont «au taquet», chantant, ou faisant la Ola comme au foot ou au hockey.
«Pas une compétition»
À partir de 20h, pourtant, la consommation cale, malgré les appels de bras des racleurs, qui vantent la qualité et le terroir de leur fromage à la criée. Certains commencent alors à fonctionner pour plusieurs tables ou courent avec les restes de meule fondue d’un bout à l’autre de la salle. Puis, après la participation de la fanfare et des tambours locaux, c’est la confirmation du record: 4’893 personnes ont officiellement partagé ensemble la plus grande raclette du monde!
L’honneur est sauf. Et cette spécialité valaisanne revient à ses sources. «On est les champions, on est les champions», scandent les passionnés, huant au passage le record des
«2’500 personnes et des poussières» de la soirée française. Ceux-ci vont-ils répliquer? «On ne va pas leur demander de nous battre. Ce n’est pas une compétition», tranche Vincent Claivaz.
Afin d’assurer la sécurité électrique, tous ces fours allumés en même temps ont été regroupés par secteurs, avec des tableaux électriques indépendants. Au total, c’est une quantité de 815 demi-meules, soit 2’037 kilos, qui ont été fondues par les 361 racleurs. Quelque 1’200 kilos de pommes de terre ont été consommés en accompagnement, ainsi que 1’212 pots de cornichons et d’oignons. Parmi les 4’532 convives, cette soirée événement comptait 39% de Valaisans, 58% d’autres Romands, et 3% de participants venus de Suisse alémanique.
