
À gauche : Gabriela Kämpf, Municipale chargée de la cohésion sociale | C. Dervey – 24 heures.
À droite : Yvan Luccarini, Syndic |Tamedia
C’est une bombe politique. La rupture de collégialité d’Yvan Luccarini au sujet de la pose de caméras de vidéosurveillance dynamite un débat déjà hautement émotionnel. Stratégie ou choix politique, cette décision interroge, alors que le syndic siège au sein d’une Municipalité qui penche largement du côté de son bord politique.
Sur sept élus, cinq sont issus de la gauche de l’échiquier politique, dont deux de Décroissance alternatives (da.), soit le syndic et sa collègue Gabriela Kämpf. Faut-il en déduire qu’il y a une crise au sein du gouvernement, ou une scission politique entre les «Kämpfistes» et les «Luccarinistes»?
«Dans une Municipalité plurielle, les désaccords font partie du fonctionnement démocratique. Parler de crise ou de clans sur un seul dossier serait réducteur, réagit Gabriela Kämpf. Notre engagement commun pour une société plus juste reste intact. Je refuse ici la logique de conflit.» Si l’édile comprend que cet outil de vidéosurveillance puisse interroger, elle rappelle «qu’à ce jour, aucune alternative de compétence communale n’a été mise sur la table pour soutenir la police dans la lutte contre le deal de rue et les infractions dans ce secteur».
«Pas par gaieté de cœur»
Aussi fracassante qu’elle soit, la rupture de collégialité annoncée la semaine dernière ne présage pas d’une crise politique pour autant. Selon plusieurs membres de Décroissance alternatives, le principe que l’«on peut être d’accord de ne pas être d’accord» prime.
De là à soutenir une rupture de collégialité? «Un tel processus ne se fait pas par gaieté de cœur, mais par conviction, nuance Alain Gonthier. Cela ne provoque pas une scission politique pour autant. Chaque élu a le droit d’avoir ses opinions et de les défendre.» Le co-président de Décroissance alternatives souligne que le refus de la vidéosurveillance est une position ancienne et constante de son groupe, qui a unanimement voté contre le projet lors du Conseil communal du 27 mars dernier.
Conseillère communale et députée, Élodie Lopez (da.) relativise la portée d’une rupture de collégialité. «Déjà lors du vote au Conseil communal, je n’étais pas convaincue de la pertinence d’un tel investissement dans un dispositif de vidéosurveillance, tel que proposé dans le préavis. En revanche, je salue l’approche globale des quatre piliers de ce texte.»
À noter que les conclusions du rapport de minorité sur ce dossier supprimaient l’installation du dispositif de vidéosurveillance, mais elles avaient maintenu les dépenses relatives à la pérennisation du travail social de proximité au budget 2026, et souhaitaient prévoir un crédit pour la rénovation de l’éclairage.
«À quoi il joue?»
Du côté du parti socialiste veveysan, la réaction est plus virulente. «Nous sommes estomaqués, relève son président Cédric Bussy. Cette rupture de collégialité est une marque d’irrespect pour sa fonction de municipal, mais aussi de syndic. L’on ne peut que regretter qu’il exprime son refus qu’à l’aboutissement d’un long processus politique, entrepris depuis le début de la législature et auquel il a été pleinement intégré.»
La présidente du groupe PLR Sandra Marques s’inquiète elle du dégât d’image et de la méfiance risquant d’émerger de cette situation. «Pour le premier magistrat de la Ville, on peut se demander à quoi il joue, surtout qu’il ne s’est pas manifesté avant l’aval du Conseil sur le sujet.»
La Municipalité dit avoir pris acte de la décision individuelle du syndic. Les autres membres de l’Exécutif réaffirment leur soutien au projet et leur engagement en faveur de ces mesures sécuritaires, sociales et infrastructurelles. Au vu des ces premiers éléments, la campagne politique démarre fort. Le scrutin populaire est quant à lui prévu le dimanche 29 juin.
Rompant avec la posture de la Municipalité à ce sujet, Yvan Luccarini annonce son désaccord sur l’installation de 44 caméras dans le secteur de la gare. Interrogé sur Radio Chablais jeudi dernier, ce dernier dit avoir toujours exprimé sa réserve à l’interne du gouvernement. Il lui était dès lors impossible de maintenir cette retenue dès le moment où la question a été posée devant le peuple. Selon l’édile, ce dispositif de surveillance de l’espace public amènerait la Commune «à engager des moyens financiers disproportionnés pour une mesure inefficace». Il invite donc la population à refuser le préavis soumis lors de la prochaine votation communale. S’il ne nie pas le sentiment d’insécurité lié au trafic de drogues dans les rues, il estime que l’expérience d’autres Villes ayant installé des caméras dans l’espace public «suffit à avoir de sérieux doutes quant à l’efficacité de cette mesure en matière de lutte contre le deal. La probable dispersion de cette activité illégale peut même avoir un effet contre-productif».
