Une trentaine de pesticides détectés chez les écoliers

Au total, 36 pesticides ont été détectés dans les échantillons prélevés chez les écoliers de Chamoson, Saxon et Salquenen.  | L. Fortunati

Valais
Mardi dernier, l’Institut tropical et de santé publique suisse présentait les conclusions de son étude sur l’exposition aux pesticides de 200 enfants. Les résultats sont préoccupants, mais pas alarmants.

Mesure de la capacité pulmonaire avec un spiromètre, prélèvement d’urine, relevé de la taille et du poids: plus de 200 écoliers de Chamoson, Saxon et Salquenen ont pris part à une panoplie d’analyses scientifiques. Le but de cet examen? Détecter la présence de pesticides dans leur organisme et les potentiels impacts sur leur santé respiratoire.

Cette étude mandatée par le Service de la santé publique du canton du Valais en 2023 a été menée par l’Institut tropical et de santé publique suisse (Swiss TPH). Elle s’est déroulée en quatre phases réparties entre les périodes sans traitements particuliers et celles de pulvérisation.

De par leur âge et leur constitution, mais surtout de par leur localisation à proximité de zones agricoles et viticoles, les écoliers sont une population vulnérable. Durant cette étude, ils ont également porté un bracelet en silicone, afin de déterminer leur exposition aux produits phytosanitaires.

Exposition marquée

«Quand je suis arrivé au Conseil d’État, les débats entre agriculteurs, vignerons et riverains étaient explosifs. Il y avait une difficulté à créer un dialogue. Notre stratégie a été de rendre cela factuel, plutôt qu’émotionnel. Il fallait donc une étude scientifique», expliquait Mathias Reynard.

Ses résultats sont à nuancer selon le président du gouvernement valaisan: «Il n’y a pas de lien direct massif qui pousserait à prendre des mesures drastiques.» Cependant, l’exposition globale aux pesticides s’est révélée significative: sur les 83 substances recherchées, 36 ont été détectées. Certains enfants présentaient des traces de près d’une trentaine d’entre elles. «De légères modifications de la fonction pulmonaire sont apparues pour certains pesticides», ajoutait Samuel Fuhrimann, chercheur chez Swiss TPH.

Autre point préoccupant: une petite poignée de pesticides pourtant interdits en Suisse a été détectée. «Nous ne savons pas d’où ils proviennent, il sera donc nécessaire de renforcer les contrôles et d’en assurer le suivi.» Selon le chef du Département de la santé, des affaires sociales et de la cuture, toutes les substances identifiées ne proviennent pas uniquement de l’agriculture, mais notamment d’autres acteurs, comme des produits utilisés pour l’entretien des pelouses de terrains de football. Dès lors, il appelle à une sensibilisation de l’ensemble des acteurs de la région, pas uniquement des agriculteurs, «qui font leur travail du mieux possible».

Sensibiliser davantage

«Cette étude est pionnière. Elle servira de référence en Suisse, voire même en Europe, car les données manquent actuellement», poursuivait Mathias Reynard. Si elle constitue une première étape importante, cette recherche se limite toutefois à l’évaluation de la santé respiratoire, sans aborder d’éventuels autres effets.

Le Conseil d’État valaisan a donc mis sur pied un groupe de travail interdépartemental pour recenser les mesures existantes, ainsi que pour en déterminer de nouvelles à mettre en place. Il s’agira principalement d’améliorer la sensibilisation à la population et au sein des formations d’agriculture.

«C’est une question de santé publique qui doit devenir un vrai sujet politique et de société, appuyait encore le président du gouvernement valaisan. Nous avons déjà fait notre part en déboursant 300’000 francs, mais nous ne pouvons pas régler cela seuls. Il appartient désormais à la Confédération de mener une étude d’ampleur.»

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