Un «McDo» au centre du «Velâdzo»

Le «franchisé» McDonald’s Stéphane Dagan et son gérant Antoine Fortuné ont ouvert leur restaurant le 26 décembre dernier.  | L. Grabet

Restauration
Il y a désormais une antenne du géant américain à Châtel-Saint-Denis. Il s’agit du premier du district, et cela ne fait pas que des heureux. Reportage.

Châtel-Saint-Denis tient son «McDo». D’ici à l’an prochain, la bourgade qui aime se définir comme une «ville à la campagne» devrait passer la barre des 10’000 habitants, elle qui en compte actuellement 8’900. La récente installation dans le nouveau quartier «Velâdzo», attenant à la gare routière et ferroviaire des Transports publics fribourgeois (TPF), d’un McDonald’s vient surligner ce boom démographique. L’omniprésente enseigne de restauration rapide américaine a ouvert à l’emporter depuis le 26 décembre. Et une salle de 72 places assises permettra d’y manger sur place dès le 23 janvier. Le restaurant s’étend sur 450 m² et compte une terrasse de 50 places, le tout étant loué aux TPF.

«Le jour de l’ouverture, nous avons attiré 600 clients», se réjouit Stéphane Dagan. Le dynamique «franchisé» de 56 ans a déjà géré l’enseigne de Saint-Laurent à Lausanne en 2015, puis celle de la Tour-de-Trême (FR) en 2017. Cela faisait sept ans qu’il traquait un emplacement sur Châtel-St-Denis. «Le quartier de la gare est presque idéal, même s’il ne permet pas d’avoir un ‘’drive’’», relève le quinquagénaire. Lequel espère attirer des clients jusqu’à Oron. Jusque-là, les Châtelois amateurs de Big Mac et autres McFlurry devaient se déplacer jusqu’à Bulle ou Vevey.

Création d’emplois

Le syndic Charles Ducrot voit cette arrivée d’un bon œil. «Cet endroit aura aussi un côté social pour nos jeunes, et c’est globalement bon pour le rayonnement de notre région, notamment car cela y crée de l’emploi», explique l’élu du Centre de 62 ans. Le restaurant de Châtel emploie déjà une trentaine de locaux et en embauchera bientôt dix de plus. La plupart travaillent à temps partiel. Seuls les six managers sont à temps plein. L’enseigne a aussi réussi à attirer en ville les livreurs de Uber Eats, autre multinationale américaine spécialisée, elle, dans le service de livraison.

Installé juste en face du nouveau fast-food, l’on trouve notamment le «Comptoir des Saveurs» de Philippe Cervera. Le truculent boucher-charcutier de 53 ans vend ici beaucoup de pizzas et de hamburgers maison aux élèves du cycle d’orientation et de l’école Montessori . Mais il n’a pas peur de l’arrivée de la chaîne, capable pourtant de produire jusqu’à 400 burgers à l’heure. «Le monde attire le monde. Le McDonald’s nous amène même déjà de nouveaux clients, constate-t-il. Et puis nous restons dans un canton rural, où les gamins distinguent parfaitement une viande artisanale d’une viande industrielle.»

Des commerçants déçus

«Cela faisait 30 ans que McDonald’s essayait sans succès de s’implanter chez nous, maugrée l’un de ses clients. À une époque, il voulait s’installer près de l’ancienne gare et une pétition avait circulé! Car ici, on n’aime pas beaucoup la malbouffe.» Outre l’implantation de la chaîne américaine, le quartier «Velâdzo» compte aussi une filiale Denner, Lidl, une pharmacie Benu. L’ouverture d’un restaurant de sushis est pour bientôt. «On se retrouve face à de grandes chaînes et à de la nourriture standardisée, comme à peu près n’importe où ailleurs dans le monde… Cela ne me semble pas vraiment en adéquation avec le concept de base de notre quartier, dont le nom en patois fribourgeois, signifie <village>», déplore Philippe Cervera.

Toujours dans les bâtiments de la nouvelle gare, quelques pas plus loin, le couple à la tête de la Crêperie & Cie abonde. Le jour de l’ouverture du McDonald’s, Céline Remechido a noté une baisse de fréquentation dans son établissement. «On espère que cette arrivée ne constitue pas une menace. Elle nous a même motivés à passer nous aussi à la livraison à domicile via Uber Eats», expliquent les co-gérants. Lesquels y gagneront de potentiels nouveaux clients, moyennant cependant 30% de commission.

Globalement, les commerçants du quartier sont déçus. Les TPF leur avaient parlé de 8’000 passages par jour et d’horaires libres. Finalement, la fréquentation est bien moindre et les horaires plus restreints. L’échoppe locale de kebabs a d’ailleurs même fini par mettre la clé sous la porte le printemps passé.

"Le McDonald’s nous amène même déjà de nouveaux clients!”

Philippe Cervera, Le Comptoir des Saveurs

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