
Blaise Hofmann, auteur de «Faire paysan», donnera une conférence à Granges le 27 février. Son prochain livre, «Le peintre célèbre du village voisin», sortira en mars. | M. Croizier
L’agriculture nourrit nos assiettes et façonne nos paysages. Pourtant, le lien entre ceux qui cultivent la terre et les consommateurs s’est fragilisé. Pour retisser cette relation, la Commission énergie et environnement de Granges a invité l’écrivain Blaise Hofmann, auteur de «Faire paysan» (Éditions Zoé, 2023), à donner une conférence intitulée «Réconcilier la fourche et la fourchette», à la salle de la Léchère.
Dans votre livre «Faire paysan», vous évoquez un fossé entre le monde agricole et la société urbaine. S’est-il réduit aujourd’hui?
– Depuis la sortie du livre, il y a deux ans, j’ai eu l’occasion de participer à de nombreuses rencontres, tables rondes et conférences. Cela m’a permis de constater qu’en Suisse, il y a encore de l’espoir, avec une curiosité des milieux urbains pour l’agriculture et, du côté des campagnes, une réelle envie de se raconter. Souvent, il suffit de mettre ces personnes en présence pour que le dialogue s’installe. J’espère que ce sera le cas à Granges et que des paysans de la région viendront enrichir la discussion.
Voyez-vous des progrès dans les échanges entre agriculteurs et responsables politiques?
– En 2024, le mouvement «Révolte agricole Suisse», initié par des jeunes, n’a pas abouti à des résultats concrets incroyables, mais il a permis aux médias et à la population de porter un regard différent sur l’agriculture. La parole a été donnée aux paysans et les discussions sont passées du théorique au réel. Ces deux dernières années ont fait progresser la compréhension et la reconnaissance du monde agricole. La situation est mûre, il ne reste plus qu’aux parlementaires de la Berne fédérale d’avoir le courage de s’attaquer aux problèmes systémiques d’importation et de grande distribution. Et aux consommateurs de faire coïncider leurs convictions et leurs habitudes d’achats.
Quels conseils donneriez-vous pour dialoguer avec les agriculteurs à titre individuel?
– Il suffit de se montrer curieux, de créer le contact et d’aller à la rencontre de ceux qui nous nourrissent. Pour faciliter le dialogue, il vaut mieux poser des questions ouvertes sur ce qu’ils font et comment ils produisent, plutôt qu’une question confrontante comme «Pourquoi vous n’êtes pas bio?», ce qui bloque la discussion. Les agriculteurs ont eux aussi un rôle à jouer. Ils peuvent être moins méfiants, moins réservés, accepter la critique et en profiter pour expliquer clairement leur métier. La critique est légitime, et raconter son travail permet de se faire entendre. Cette voix terrienne est précieuse et nécessaire.
Plus d’infos: «Réconcilier la fourche et la fourchette: une soirée autour de l’agriculture», Blaise Hofmann, 27 février à 19h, salle de la Léchère, Granges. Entrée libre.
