
Jeunes et moins jeunes ont partagé leur expérience et expertise sur la question de la transition à l’âge adulte. | L. Menétrey
Droit de vote, déclaration d’impôt, entrée en boîte de nuit ou encore achat d’alcool… À 18 ans, de nouveaux droits et libertés s’ouvrent soudainement. Mais cette étape charnière s’accompagne aussi de responsabilités. Mardi 3 mars à Clarens, la Maison de quartier Jaman 8 a réuni sept intervenants pour réfléchir à cette transition à l’âge adulte, entre engagement citoyen, nouvelles obligations et défis psychologiques. Organisée à l’approche des élections du 8 mars, la table ronde «18 ans, et après?» a été lancée par le groupe «La Voix de la Diversité», en collaboration avec la Commune de Montreux et le Bureau cantonal pour l’intégration des étrangers et la prévention du racisme.
Parmi les neuf membres du collectif, Dritë Asllani, 21 ans, y est engagée depuis ses 14 ans. «Il faut considérer la diversité dans son sens large, ça ne se réduit pas à notre origine. Il y a notamment les différents parcours ou les handicaps. Je bégaie depuis toute petite, c’est ma diversité à moi.» Selon Vjosa Gërvalla, fondatrice du collectif, ces trajectoires sont une richesse. «Ces jeunes apportent un plus de par leur différence et doivent se sentir légitimes à impacter la société.»
Pour Dritë Asllani, la transition à la majorité s’est déroulée relativement sereinement, grâce à l’accompagnement de sa famille et du collectif. «Nous avions toutes les ressources nécessaires. Mais ce n’est pas le cas de tous les jeunes», souligne l’étudiante en sciences politiques.
Se sentir considéré
Sur le terrain, Julien Parisod plaide pour une meilleure considération de la jeunesse. «Il y a un grand problème de confiance, il faut la leur accorder. Si on les considère, ils s’impliqueront plus sérieusement dans la société, car ils y verront une vraie utilité.» Les jeunes qu’accompagne ce travailleur social hors les murs à la Ville de Montreux ont souvent d’autres priorités que la participation citoyenne. «On ne devient apte à voter qu’une fois qu’on a un emploi et un logement», insiste Julien Parisod.
Lorena Morais, présidente du Conseil des jeunes de Vevey, illustre ce besoin de considération. «Pourquoi devrais-je voter alors qu’on ne pense pas à moi?» Titulaire d’un CFC, elle confie avoir rapidement dû assumer ses responsabilités en entrant jeune dans le monde du travail. À 22 ans, elle a fondé ce Conseil et milite pour l’égalité des chances. «Je suis la preuve vivante qu’être d’origine étrangère n’équivaut pas à ne pas s’impliquer citoyennement.»
Une transition fragile
Cette entrée dans l’âge adulte peut être une période sensible au niveau psychologique. «La santé mentale est particulièrement vulnérable dans ces phases de transition», confirme Alexia Fournier Fall, coordinatrice de la commission de prévention et de promotion de la santé au GRSP (Groupement des services de santé publique). Également représentante de
santépsy.ch, cette spécialiste rappelle notamment que le développement cérébral se fait jusqu’à 25 ans. «On est adulte sur le papier, mais en termes de maturation du cerveau, pas totalement.» Pour mieux accompagner cette étape, Fabienne Saugy, cheffe de projets Enfance & Jeunesse à Lausanne Région, travaille actuellement sur l’élaboration d’un guide rassemblant les informations essentielles.
La municipale montreusienne de la cohésion sociale, familles et jeunesse a de son côté relevé la qualité de ces échanges intergénérationnels. «On leur envoie un courrier le jour de leurs 18 ans, mais on se rend compte que ce n’est pas suffisant», reconnaissait Jacqueline Pellet à l’issue des discussions. De quoi faire germer de futures initiatives communales? «Les autorités sollicitent de plus en plus la population par des démarches participatives. Nous devrions faire de même à l’avenir avec les jeunes.»
