
Non-candidat à la Municipalité, Rémy Fischer a finalement accepté de se remettre en selle et de mettre certains projets entre parenthèses, notamment un tour de deux mois à vélo. | K. Di Matteo
Le 10 mars dernier, Rémy Fischer a attendu jusqu’à 11h59 en espérant qu’un candidat de dernière minute puisse lui éviter de reprendre du service à la Municipalité d’Ormont-Dessous. Rien n’y a fait: à une minute du délai, il manquait toujours un nom pour compléter le nouveau quintet de l’Exécutif et éviter à la Commune une quête improbable et des frais pour organiser un deuxième tour. Il s’est donc inscrit sur la liste pour finaliser une élection tacite.
«J’avais d’abord annoncé ne pas me représenter, au vu de ma retraite anticipée et de mes cours de formation de garde forestier que j’ai accepté de donner au Mont-sur-Lausanne, explique ce grand sportif de 63 ans. J’avais même planifié un projet à vélo de deux mois pour rallier les Pyrénées… Ma foi, il attendra, je ne pouvais pas les laisser tomber. Heureusement que les enfants sont grands et que j’ai une douce moitié…»
Syndic en prime, mais deux ans seulement
Le beau geste du municipal, deux législatures à son actif dont l’actuelle, a été passablement motivé par la situation tendue au sein du collège. Avec la démission sur fond de litige de deux membres de la Municipalité ces derniers mois – d’abord Marcel Borloz au 31 décembre, puis celle, fracassante, de la syndique Gretel Ginier, alors qu’elle était déjà candidate – Rémy Fischer a été sollicité pour jouer les pompiers. «Mon rôle sera de ramener un peu de sérénité et de boucler certains gros dossiers gérés par les deux démissionnaires.»
Rémy Fischer a même franchi un pas supplémentaire dans le dévouement. «J’ai d’ores et déjà accepté de reprendre la syndicature.» L’élu a toutefois fixé une condition: «J’aurai 65 ans dans deux ans, c’est le laps de temps que je me laisse pour boucler ce qui doit l’être et mettre le pied à l’étrier aux nouveaux.» Ne craint-il pas qu’on lui demande tout de même de rempiler une fois de plus? «Aucune chance, j’ai déjà gonflé les pneus du vélo», plaisante-t-il.
«C’est dans mon ADN»
Deux autres cas analogues ont été enregistrés dans le Chablais, notamment à Corbeyrier, où un cinquième larron manquait aussi à l’appel. «J’avais vraiment envie d’arrêter, admet le municipal Steve Dind, 50 ans. J’ai passé de 70 à 100% dans mon poste de responsable de la sécurité à l’Opéra de Lausanne et je voulais me consacrer à mes activités de montagne. Mais c’est dans mon ADN: on ne laisse personne dans la mouise! Ce n’est pas pour rien que j’ai trois bips à côté de mon lit: celui de la colonne de secours, des pompiers et du job.»
Comme Rémy Fischer, il a toutefois posé une condition: «Déplacer la séance de Municipalité hebdomadaire à 17h30. Si elle était maintenue en début d’après-midi, ce serait ingérable avec mon emploi. Je peux aussi dire merci à mon épouse d’être si compréhensive.»
«Une suite logique»
Patrick Grobéty n’a pour sa part jamais été municipal jusqu’ici, mais il affiche près de 30 ans de Conseil communal au compteur à Ormont-Dessus, une quarantaine comme hôtelier et une vingtaine au comité de l’Office du tourisme, dont il a repris la direction il y a deux ans. «Il manquait une personne, je suis à la retraite, je me suis lancé, explique-t-il. Au vu de mon engagement toutes ces années, ce n’est pas un effort, mais une continuité, l’occasion d’amener ma vision du tourisme notamment, un secteur qui, comme la politique, nécessite du bon sens et de la tolérance.»
Quand on lui a assuré qu’il était l’homme de la situation, il a tout de même pris le temps de la réflexion. «J’ai demandé conseil à mon frère Philippe, qui a été syndic ici. Après avoir entendu son avis, je me suis convaincu de me lancer.»
