
«Recruter des talents, les loger et ensuite réussir à les garder sont devenus un exercice presque aussi compliqué que de trouver une place de parking à Montreux ou à Vevey en plein mois de juillet.» Le président de Promove Stéphane Pommaz introduit sur le ton de la boutade l’invité du petit-déjeuner de l’économie du printemps – un événement qui réunit des entrepreneurs des régions Riviera-Lavaux-Oron.
Le président du Conseil d’administration de Vaudoise Assurances Philippe Hebeisen rebondissait à la mi-mars sur l’actualité qui préoccupe les milieux économiques: la pénurie de main-d’œuvre qui pourrait advenir ces prochaines années.
Une situation qui, selon les projections d’Economiesuisse, pourrait d’autant plus se péjorer si l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions» est acceptée par le peuple le 14 juin prochain. La Fédération des entreprises suisses va jusqu’à la qualifier d’initiative du «chaos». Dans un contexte de «triangle des Bermudes des PME», l’ancien vice-président de la faîtière Philippe Hebeisen expose à son audience les enjeux de pénurie de main-d’œuvre, de migration et de marché du logement.
Un défi de taille
«Détrompez-vous, cette pénurie n’est pas un mythe, mais bien une réalité, insiste Philippe Hebeisen. Aujourd’hui déjà, notre société doit faire face à un énorme défi pour son économie. Le vieillissement de la population va s’accélérer et certaines de nos entreprises ont de la peine à recruter. C’est d’ailleurs l’une des principales préoccupations dans quasiment tous les secteurs économiques.»
Selon lui, cette situation ne résulte pas uniquement de l’évolution démographique, mais aussi des capacités d’innovation et de la bonne marche des affaires du tissu économique suisse. «Cette réussite implique davantage de besoins en personnel. Et l’époque a aussi changé. Nous sommes confrontés à une augmentation du temps partiel chez les jeunes hommes et davantage de départs en préretraite.»
Autant de sources d’inquiétude pour Philippe Hebeisen. «À moyen-long terme, la pénurie va s’aggraver structurellement si rien n’est fait.» Et de citer en exemple les projections de l’Union patronale Suisse et d’Economiesuisse. Selon ces deux faîtières, «l’offre de main-d’œuvre en Suisse devrait diminuer de 297’000 employés à temps plein d’ici à 2035, alors même que 163’000 employés supplémentaires seront nécessaires pour maintenir la prospérité de ces dernières années». Cela correspondrait donc à un manque de 460’000 employés à temps plein dans notre pays d’ici à 2035.
Trois pistes concrètes
Pour le combler, l’ancien vice-président d’Economiesuisse voit trois pistes principales: une meilleure utilisation de la main-d’œuvre nationale, une augmentation de la production et un accès facilité à la force de travail étrangère. Et de relever de nombreuses mesures à cet effet, comme une amélioration de l’offre de garde d’enfants à prix abordable et des horaires continus à l’école pour éviter les longues interruptions de travail. Ou encore de favoriser l’activité lucrative au-delà de l’âge de référence et rendre la retraite anticipée moins attractive. Sans oublier la préservation de la libre circulation des travailleurs avec l’Union européenne. «C’est assez simple, on doit pouvoir continuer d’employer à l’étranger sans retour au contingent», estime Philippe Hebeisen.
Dernier élément important, selon l’invité du jour: adapter l’offre en logements. «Elle ne suit plus la demande depuis les années 80. La Suisse est en retard et elle doit aujourd’hui faciliter la construction. Pour rappel, ce ne sont pas l’asile ou les clandestins qui font augmenter cette courbe de besoins, mais principalement les emplois sollicités par notre économie. Nous nous devons d’y répondre.»
