
L’enduro est l’équivalent du motocross, mais en version beaucoup plus longue et sur plusieurs terrains. «En motocross, on part en peloton et les courses durent 20 à 25 minutes. L’enduro, c’est plutôt comme en cyclisme: une succession de contre-la-montre, appelés spéciales, de 3 à 6 km. Au total, on fait jusqu’à 180 km de course par jour. Et sur la piste, on se bat contre soi-même et pas contre les autres, explique Achille Borloz. La veille de la compétition, on essaie de mémoriser au mieux le parcours, un peu comme le font les skieurs d’élites.»
Espoir de son sport, le Blonaysan de 22 ans a fini 9e du dernier championnat suisse. «Dans notre catégorie Inter, nous sommes une quinzaine de concurrents. Et à titre plus large dans la discipline, on est près de 80 pilotes âgés de 18…. à plus de 60 ans! Eux, ce sont des vrais malades. On se voit toute l’année et on fait ça pour le plaisir sans se prendre le chou, poursuit-il. Il y a aussi une super ambiance entre nous, mais vu l’investissement en temps et en argent, on est de moins en moins nombreux… C’est un peu dommage.»
À l’exception des deux manches sur la place d’armes de Bure dans le Jura, les sept autres courses du championnat suisse de la saison écoulée ont eu lieu à l’étranger: six dans le Nord-Est de la France et une dans le Trentin en Italie.
Le motard qui a grandi à Saint-Martin a repris la route le week-end dernier pour lancer sa saison 2026. Direction Faulx, juste en dessus de Nancy, où il a terminé 9e sur 11 pilotes dans la catgorie Inter, et 43e sur 548 concurrents classés, toutes catégories confondues. «Ça a été assez difficile de me mettre dans la course, car c’est ici que je me suis blessé l’an dernier, relève le Blonaysan. J’étais aussi un peu tendu, car on a eu de la neige le samedi. C’était un peu délicat à rouler.»
La deuxième course se déroulera ce week-end, à Vouziers près de Verdun. «Il faut se remettre dans le jus, mais je compte bien y faire un meilleur résultat», annonce Achille Borloz.
De la boue et de la mécanique
En enduro, les concurrents roulent de 6 à 8 heures par jour et les épreuves se déroulent sur des pistes très différentes. Les pilotes peuvent par exemple dépasser les 100 km/h sur des spéciales à plat, à travers des prés. Mais la plupart ont lieu sur des chemins souvent étroits et cabossés en forêt, mais aussi truffés d’obstacles, avec des cailloux, des racines et des troncs d’arbres. «On doit changer sans cesse de style de pilotage, c’est ce qui rend ce sport si fun», lance Achille.
La pluie, si fréquente dans le nord-est de la France, transforme souvent ces pistes en bourbiers pour ces forçats aux visages maculés, presque méconnaissables. «Par moments, on se demande ce qu’on fait là, quand, coincé dans la boue, on doit pousser cette moto de 120 kilos…» Une difficulté, quelle que soit la météo. «Que ça caille ou que le thermomètre frôle les 40 degrés, il faut y aller! Et croyez-moi, c’est déjà arrivé plus d’une fois, souffle le Blonaysan. On a aussi toujours avec nous une sacoche contenant des outils s’il faut réparer ou régler la suspension au milieu de nulle part. Après une journée, on dort bien. C’est du costaud physiquement!»
Un sport intense, on l’aura compris. Achille peut heureusement compter sur ses parents pour ce qui est des trajets. Thierry, directeur administratif au CHUV et mordu de ce sport depuis toujours, conduit une Fiat Ducato avec deux KTM à bord. «Il est à la fois mon chauffeur, mon mécanicien et mon psychologue dans les mauvais moments, témoigne Achille avec beaucoup de reconnaissance. On est très complices et y’a intérêt que cela continue comme ça pour de nombreuses années!»
Des parents qui ne se ménagent pas pour que leur fils puisse vivre à fond sa passion. «Je prends des congés pour l’accompagner, cela lui permet de dormir pendant les trajets et d’arriver reposé à ses compétitions. J’essaie de toujours rester positif et avec mon épouse, nous sommes aussi son principal sponsor», détaille Thierry. Et d’ajouter: «À 2 ans, Achille regardait déjà des vidéos de motocross, plutôt que des dessins animés. Il a toujours adoré ça!» Et l’histoire familiale ne s’arrête pas là. Louise, la petite sœur, a également suivi et roule déjà à 14 ans.
Entre douleurs et rêves
Mais il faut aussi le rappeler, les accidents peuvent arriver en enduro. Les côtes, les bras, les doigts… Achille a déjà eu quelques casses ces trois dernières années. En 2022, à Faulx, une chute en motocross lui a valu une grave commotion cérébrale. «Je n’en garde que quelques flashes, presque aucun souvenir. Après l’hôpital, j’ai dû rester deux semaines dans le noir complet à la maison, stores fermés, car dans ces moments, on est très sensible à la lumière.» Un coup d’arrêt qui ne l’a pas empêché d’enfourcher sa moto à peine remis. L’enduro est un sport à risques, on le sait et on fait avec!»
Des éléments à mettre en balance avec les bons côtés. Grâce à sa persévérance et ses résultats, Achille a été sélectionné l’année dernière pour les Six Days of Enduro de Bergame. Une course emblématique à laquelle il a participé en catégorie Club, avec deux autres Romands. Cette sorte de Woodstock de l’enduro a réuni près de 1’000 pilotes venus des quatre coins de la planète. Y compris des grands noms comme l’Espagnol Josep García, sept fois champion du monde. «J’ai eu la chance de le croiser plusieurs fois dans le paddock», se remémore le Vaudois, des étoiles plein les yeux.
Pour en arriver au niveau des meilleurs mondiaux, le chemin est encore très long. Achille Borloz ne vit pas de son sport et poursuit actuellement des études. Et devinez en quoi? En génie mécanique à l’École d’ingénieur d’Yverdon! En dehors du soutien de ses parents et d’un magasin de motos à Morges, c’est lui qui se débrouille pour réunir les quelque 40’000 francs nécessaires à sa saison. Il donne aussi régulièrement des cours de pilotage au CPRP (Centre pédagogique romand de pilotage), à Moudon. «C’est mon job d’étudiant. Mon plus jeune élève a 4 ans et demi et le plus âgé 70!», sourit Achille. Au vu de son parcours – deux titres de champion suisse en junior (2023) et en inter junior (2024) – il ne semble pas prêt à lâcher son guidon. «Oui, j’espère faire de la moto le plus longtemps possible, tant que j’aurai du plaisir!», conclut Achille.
