
La Blonaysanne Amélie Héritier déplore la posture «défaitiste» du Canton. | DR
Première grillade de la saison: on débâche le grill et… surprise, un petit ballon en papier gris apparaît en-dessous. Il s’agit possiblement d’un nid «primaire» de frelons asiatiques. Premier réflexe? Rester prudent et garder une distance d’au moins 15 mètres. Deuxième réflexe, annoncer la découverte sur la plateforme www.frelonasiatique.ch. Et pas d’héroïsme: la destruction de la jeune colonie doit être réalisée par un spécialiste.
Plus qu’un réflexe, l’annonce des nids de Vespa velutina est devenue une obligation dans le canton de Vaud. Un arrêté en ce sens est entré en vigueur le 1er avril dernier. Le document stipule aussi que la destruction des nids primaires – constitués d’une nouvelle reine et de quelques ouvrières – est obligatoire. Les Communes sont désormais chargées de faire appliquer ces règles.
En juillet, les frelons déménagent vers les nids secondaires, où la colonie s’établit pour l’été. En forme de poire et pouvant atteindre un diamètre de 80 cm, ils sont principalement situés dans les arbres. Là aussi, leur signalement sur la plateforme en ligne est désormais obligatoire. Leur destruction l’est aussi, mais seulement lorsqu’un «intérêt sécuritaire et public est en jeu». C’est-à-dire s’ils sont par exemple situés sur une place publique, un parc de jeux, une piscine, une cour d’école, une garderie ou à proximité des hôpitaux et des EMS.
Un «défaitisme» cantonal?
Ce critère de restriction défini par le Canton passe mal auprès de la Fédération Vaudoise des Sociétés d’apiculture (FVA). «Cette disposition va très clairement à l’encontre de ce que nous souhaitions pour augmenter l’efficacité de la lutte», écrivait la faitière début avril. On rappellera que l’espèce invasive est un prédateur important non seulement pour l’abeille domestique, mais aussi pour d’autres pollinisateurs sauvages.
Apicultrice passionnée, la Blonaysanne Amélie Héritier se démène contre le frelon asiatique depuis plusieurs années. Un combat homérique dont elle est d’ailleurs devenue la figure de proue dans l’Est vaudois. «En limitant la destruction aux seuls nids qui seraient dangereux pour la population, le Canton semble considérer que le frelon asiatique est là et qu’il n’y a plus rien à faire», déplore-t-elle. Une forme, à ses yeux, de défaitisme. Et de pointer du doigt l’incohérence du message. «Pourquoi la population doit annoncer tous les nids, si seulement une partie sera éliminée?»
Loin de perdre espoir, c’est désormais sur la collaboration et le soutien des Communes des districts d’Aigle et de la Riviera-Pays-d’Enhaut qu’elle mise. «Nous leur avons envoyé un courrier pour leur proposer notre aide», explique la secrétaire de la Société d’apiculture des Alpes Vaudoises. «L’objectif serait de pouvoir coordonner la recherche et la destruction du plus grand nombre de nids possible.» En somme, créer une «bulle de résistance» dans l’Est vaudois.
Si elle espère que les Communes affecteront du personnel à cette lutte, sa petite escouade d’apiculteurs et de volontaires se tient prête pour assister les collectivités, hormis pour les nids situés sur les bâtiments, laissés aux professionnels.
Mille heures de chasse
Ces interventions seront désormais payantes, alors qu’il s’agissait jusqu’ici de bénévolat. «Fin 2025, nous étions désespérés par tout le boulot que l’on a fait sans que ce soit reconnu, explique-t-elle. Cette année, nous allons essayer de défrayer correctement nos volontaires.»
L’an dernier, près d’un millier d’heures ont été consacrées à la lutte contre le frelon asiatique dans ces deux districts. «Sur les 71 nids détruits, 64 l’ont été par nous», précise encore Amélie Héritier.
«Ça a commencé en octobre dernier. D’abord on en a vu un, puis deux, puis trois. Finalement, il y en avait entre 20 et 30 dans notre jardin», témoigne Marisa Gullo-Ott. À cause des frelons asiatiques, la Blonaysanne et sa famille n’ont pas vécu l’automne le plus serein. «Ils étaient attirés par la vigne qui borde le chemin de l’entrée.» Une situation que cette mère de trois enfants n’a pas prise à la légère. «La plus grande crainte, c’était la piqûre. Surtout que je suis allergique à celles des guêpes et des abeilles.» Face à cela, l’habitante s’est un peu sentie démunie. «Nous avons signalé leur présence sur la plateforme en ligne, mais on nous a répondu que rien ne serait fait, car il s’agissait d’individus isolés, et non d’un nid. On nous a dit de nous adresser au Canton. Tout le monde se relance la patate chaude, c’est sans doute le signe qu’ils sont dépassés.» Finalement, décision a été prise par la famille de couper les grappes de raisin. «Le problème risque bien de ressurgir cet automne», craint Marisa.
